Dans la conjoncture politique et avec la pression exercée par le mouvement syndical, le ministre du Travail et des Relations industrielles a fini par reporter hier après-midi la deuxième lecture des amendements aux lois du travail à la rentrée parlementaire en 2013. Les animateurs de la General Workers Federation revendiquent pour leur part cette décision de Shakeel Mohamed de faire marche arrière compte tenu de leur mobilisation d’hier devant le Parlement alors qu’une séance s’y déroulait. La tension était montée d’un cran en face du Prime Minister’s Office avec l’intervention des plus musclées de la police pour l’arrestation de 21 manifestants, dont 20 animateurs de la GWF et du Joint Negotiating Panel de l’industrie sucrière.
Ce move du gouvernement est venu confirmer les informations du Mauricien dans son édition de lundi selon lesquelles il existait de fortes probabilités que Shakeel Mohamed se rétracte en reportant à l’année prochaine l’adoption de ces amendements aux deux lois du Travail, l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act. Toutefois, ce n’est que dans le courant de l’après-midi que cette décision a été entérinée par le ministre qui a gardé le suspense durant toute la première partie de journée au sujet de la deuxième lecture de l’ébauche au parlement hier.
Devant la forte opposition syndicale, le ministre du Travail a aussi enchaîné les consultations avec les représentants des travailleurs au cours de cette journée cruciale. Une première rencontre a ainsi eu lieu avec le Conseil des syndicats avant le coup d’envoi des travaux parlementaires. Une autre a ensuite suivi avec la Platform kont lalwa travay anti-travayer.
De leur côté, les animateurs de la General Workers Federation (GWF) et du Joint Negotiating Panel (JNP) de l’industrie sucrière étaient en mode sit-in devant l’assemblée nationale en attendant une déclaration publique de Shakeel Mohamed pour le retrait de ce projet de loi à la séance parlementaire du jour. Une vive tension était palpable avec les hauts gradés de la police présents sur le terrain avertissant, selon l’usage, les manifestants de l’illégalité de leur acte et ce, à trois reprises. Avec le refus des protestataires d’obtempérer, ordre a été donné de les arrêter. Cet exercice a nécessité l’intervention de la Criminal Investigation Division et de la Special Support Unit. Après cette opération des plus musclées en face du Prime Minister’s Office, 21 manifestants, dont Ashok Subron, Serge Jauffret, Devanand Ramjuttun, Alain Edouard, Stephan Gua et Jeff Lingaya, ont été embarqués aux Casernes Centrales avant d’être rejoints par l’avocat de la GWF, Me Rex Stephen.
Ce n’est qu’en début de soirée hier que les animateurs de la GWF et du JNP ont été libérés sur parole en attendant leur comparution en cour correctionnelle de Port-Louis prévue en ce début d’après-midi pour leur chef d’accusation provisoire. Au cours d’un point de presse hier soir, les dirigeants syndicaux ont d’emblée dénoncé la méthode utilisée par la police pour venir à bout de la situation.
« Nous condamnons la façon d’agir de la police qui a eu une lecture complètement inappropriée de la situation. Nous ne pouvons digérer le fait qu’on permette à des policiers en civil et portant des casques intégraux de faire preuve de violence contre les dirigeants syndicaux. Kouma bann hau-gradé kapav donn sa kalite lord-la ? Nous étions seulement assis en attendant la déclaration publique de Shakeel Mohamed pour annoncer le non vote du projet de loi », a déclaré Ashok Subron de la GWF.
Les dirigeants de la GWF et du JNP affirment toutefois que cette revendication de rue a poussé le ministre du Travail à faire marche arrière. « Il est clair que c’est la mobilisation syndicale de la GWF et du JNP qui est venue à bout de l’obstination de Shakeel Mohamed de défendre les capitalistes et les barons sucriers par le biais de ces amendements aux lois du travail. Cette action syndicale était des plus nobles et a été menée au nom des 550 000 travailleurs à Maurice. Tou dimounn ki lor mem position ki GWF, mem bann parlemanter y compri minis ! Me Shakeel Mohamed finn obstine pou pa pran enn stand piblik. C’est le refus du ministre qui a entraîné l’action pacifique devant le parlement », explique Ashok Subron.
Avec ce nouveau développement, des consultations entre Shakeel Mohamed et les syndicalistes seront engagées dans les meilleurs délais dès janvier 2013 avec initialement des contre-propositions syndicales sur certains articles du projet de loi. Le tandem GWF-JNP explique déjà que la priorité sera l’institution d’un Redundancy Board et le retrait de toutes provisions ayant trait avec le droit de grève ainsi que celles autorisant les travailleurs, non syndiqués à négocier avec le patronat des Collective Agreements, imposées sur les autres salariés de la compagnie.