À la mi-journée, après un nouveau round de négociations avec les membres de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA), le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, laissait entendre que la possibilité de la signature d’un accord entre les deux principales parties, le patronat et les syndicats de l’industrie sucrière, était des plus réelles. Toutefois, de leur côté, les représentants du Joint Negotiating Panel syndical, qui ont rendez-vous au ministère du Travail en début d’après-midi, se tiennent prêts à toute éventualité et ont déjà prévu de démarrer la grève illimitée dans l’industrie sucrière le mardi 4 septembre.
Interrogé par Le Mauricien à la mi-journée, après la séance de travail de ce matin avec les responsables de l’industrie sucrière, le ministre du Travail affichait un mood optimiste. « Je suis optimiste quant à la possibilité de la signature d’un accord mettant un terme à la menace de grève dans l’industrie sucrière. La MSPA est revenue à de meilleurs sentiments au sujet des points en suspens. Les officiers du ministère procèdent à un Redrafting de l’accord », a-t-il soutenu.
« Je pense qu’il y a actuellement un seul point en suspens, soit la durée des négociations au niveau national. Mais tout cela doit se faire en prenant en considération les dispositions de la loi. Nous sommes dans la bonne direction… Nous travaillons aussi sur les points référés au NRB. Sans donner de détails je dirais qu’il faut respecter encore une fois les institutions. Moi en tant que ministre, j’ai un certain pouvoir institutionnel de référer des points au NRB. Et je ne compte pas enlever ces points en litige », affirme Shakeel Mohamed.
D’autre part, commentant les développements intervenus depuis mardi, Ashok Subron, un des animateurs du JNP, indique que « si jamais il y a un échec dans les négociations actuellement en cours, la date probable pour le début de la grève illimitée a été fixée au mardi 4 septembre, soit après le rassemblement syndical du 2. D’ailleurs, nous prévoyons que le vote des laboureurs de l’industrie sucrière se déroulera sur les propriétés sucrières du 21 au 26 août ».
Changement d’attitude
Au sein du JNP, l’on se félicite du changement d’attitude de la part du ministre du Travail. « Nous constatons que de plus en plus, le ministre du Travail s’aligne sur la position exprimée de manière forte dès le départ par les syndicats de l’industrie sucrière et soutenue par les partis politiques, y compris le gouvernement. Les négociations doivent se dérouler sur le plan national et il ne peut être question de dissolution de la MSPA tant que la réforme sucrière sera en cours d’exécution », déclare Ashok Subron.
En début d’après-midi, les détails disponibles étaient que les consultations entre les membres de la Mauritius Sugar Producers Association et le ministre Shakeel Mohamed ont débuté aux alentours de 10 h 30. Tout porte à croire que les points débattus lors de cette rencontre aient tourné autour de deux exigences patronales : les négociations nationales arrivent à terme fin 2013 et l’implication du NRB sur les 21 points en litige. D’ailleurs Cyril Mayer, président de la MSPA, a soutenu mardi lors d’un point de presse qu’à ce stade, les consultations avec le ministre du Travail ont connu des avancées positives et qu’il reste deux points sur lesquels les discussions butent. « Le premier point sur lequel les discussions avec le ministre butent à ce stade est que les membres de la MSPA tiennent absolument à ce que leur droit de négocier au niveau de chaque entreprise après les prochaines négociations de janvier 2013 figure dans les conditions pour débloquer la situation. Ce qui a été proposé jusqu’à présent ne reflète pas exactement cette idée et les membres de la MSPA tiennent à ce que ce principe y figure clairement », fait-on comprendre à la MSPA. Jean Li Yuen Fong, directeur de l’association, avait lui affirmé que dans les accords de 2010 entre la MSPA et le JNP, il n’existe aucune référence au fait que le ministre du Travail soumettrait au NRB, par la suite, les points non retenus pendant les négociations. « Les fonctions du NRB sont totalement incompatibles avec le principe de la négociation collective : le rôle du NRB est de déterminer les salaires minima à travers les Remuneration Orders (RO) dans les secteurs qui ne sont pas couverts par des accords collectifs. Quand il y a un accord collectif, il n’y a pas d’intervention du NRB. Nous pensons donc que référer des points non retenus au NRB à la suite de la signature d’un accord est contre le principe de la négociation collective. Aucun employeur ne signerait un “package” global s’il savait que ce même accord serait remis en question et possiblement modifié, quelques mois plus tard, à travers une autre instance », avait insisté Jean Li Yuen Fong mardi.
Permanence ou non
Entretemps, les syndicalistes confirment qu’ils ne seront pas présents demain à l’ERT même si l’instance juridique a accordé plus de temps au JNP pour se présenter afin de débattre de la permanence ou non de l’Interim Order. « Nous avons déjà communiqué au Tribunal les raisons pour lesquelles nous ne serons pas présents. D’ailleurs, avec notre conseil légal Me Rex Stephen, nous allons challenge juridiquement cet ordre en Ex-Parte ainsi que les vices de procédures », a souligné Ashok Subron, un des animateurs du JNP. Le syndicaliste affirme que ce conflit au sein de l’industrie sucrière, peu importe si les parties arrivent à un accord ou non aujourd’hui, démontre l’offensive patronale visant à remettre en question le droit de grève. « Cette volonté se manifeste par plusieurs indications : 1) le blocus de la MSPA devant la Commission de conciliation et médiation ; 2) l’initiative de la MSPA, soutenue par la MEF, d’avoir recours à des coulourable devices comme l’ordre en Ex-Parte pour nuire aux procédures d’une grève légale ; 3) le chantage du patronat de poursuivre les négociations au niveau national si nous abandons notre droit de grève. Et finalement nous jugeons révoltante la position de l’ERT d’émettre un Interim Order en Ex-Parte alors que la veille son président, Rashid Hossen, a exprimé son allergie à la liberté de droit de grève des travailleurs dans une interview parue dans un quotidien », poursuit Ashok Subron. Selon ce dernier, ces points susmentionnés, ainsi que l’initiative patronale de « bloquer » les amendements de l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act, justifient le rassemblement prévu au 2 septembre.
De son côté, lors de l’exercice médiatique en début de soirée mardi, Cyril Mayer, président de l’association patronale, a condamné l’attitude du JNP face aux dispositions légales et à l’ordre de l’ERT. « Le JNP a ignoré l’ordre de l’ERT pour que les préparatifs cessent en attendant que cette instance écoute les deux parties. De ce fait, pour les membres de la MSPA ce vote est illégal, d’autant plus que la CCM n’en a pas supervisé le processus » a-t-il fait comprendre à la presse. Les membres de la MSPA devaient indiquer que les compagnies sucrières n’ont d’autre choix que de s’organiser, chacune dans son entreprise, pour faire face à cet appel de grève en prenant des mesures pour réorganiser leurs opérations – aux champs et aux usines. « Il est dommage d’encourager les travailleurs dans une grève illégale et il faut souhaiter que le bon sens va prévaloir. Le ministre met beaucoup d’énergie dans ces discussions et nous espérons que nous trouverons une solution bientôt, plutôt que d’aller vers une tentative de grève illégale qui ne peut être qu’une lose/lose situation », soutient Cyril Mayer.