Un constat de deadlock consommé a été dressé de manière formelle hier. Les consultations de la dernière chance d’hier après-midi sous la présidence du ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, n’ont pas permis de rapprocher les « positions braquées » affichées par la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) et le Joint Negotiating Panel (JNP) syndical, la grève dans l’industrie sucrière entamant ce matin son quatrième jour d’affilée. Les syndicalistes de l’industrie sucrière ont rejeté catégoriquement une proposition pour un arbitrage indépendant avec une solution proposée aux grévistes dans un délai maximal de deux mois. La MSPA maintient la ligne dure, ne faisant pas le déplacement à Victoria House, le siège du ministère du Travail et des Relations industrielles, pour cette séance de médiation de dernière heure. Pour Plantation House, la raison demeure « les demandes déraisonnables des syndicats des laboureurs et des artisans de l’industrie sucrière ».
À hier soir, la menace d’un recours à une demande d’injonction en Cour suprême de la part du gouvernement était toujours de mise, les autorités soutenant que la poursuite de cette action syndicale n’étant dans l’intérêt d’aucune partie. « Nous avons analysé tous les tenants et aboutissants de ce litige syndical. J’ai eu des échanges avec le JNP syndical, d’une part, et avec la MSPA d’autre part, pour les mettre au courant des problèmes d’ordre économique et que la poursuite de cette grève n’est dans l’intérêt de personne. Je dois constater que je me suis retrouvé en face de positions braquées de part et d’autre », a déclaré le ministre du Travail au Mauricien, tard hier après-midi.
« J’ai la nette impression que personne ne semble se préoccuper de l’intérêt du pays. Il y a une récolte sucrière à terminer avec des risques de pertes de Rs 3,5 milliards. Il y a également le sort de ces quelque 15 000 petits planteurs et tous ces opérateurs économiques, dont des chauffeurs de camion, qui dépendent économiquement du déroulement de cette récolte. La meilleure solution demeure l’arbitrage. J’ai proposé un arbitrage indépendant avec un délai pour proposer des « binding solutions » dans un délai de deux mois. Je n’arrive pas à comprendre le refus du JNP d’accepter cet arbitrage indépendant », poursuit-il.
Avec l’échec des négociations d’hier, la demande d’injonction a pour but de mettre un terme à la grève « dans l’intérêt du pays » et d’amener les deux parties à un arbitrage. « Nous suivons de près la situation et attendons la réaction des parties à cette proposition. Nous allons prévoir un délai raisonnable avant d’agir au moment voulu », a ajouté Shakeel Mohamed.
D’autre part, la réaction des syndicalistes du JNP à la sortie de la réunion a été des plus virulentes, notamment envers les patrons de la MSPA et le Premier ministre. Ashok Subron a évoqué « la mauvaise foi dont font preuve les membres de la MSPA » en refusant de reprendre les négociations. « Une fois de plus, le peuple est témoin que les patrons refusent la négociation en vue de trouver une solution à ce conflit. Malgré les millions amassés par les compagnies suite à la réforme sucrière, elles ne veulent toujours pas partager la richesse. Nous sommes d’autant plus déçus par la démarche du ministre Shakeel Mohamed. La dernière proposition en date, avec une hausse de 13 % étalée sur quatre ans et l’arbitrage, reflète exactement la position de la MSPA », déclare-t-il.
Le syndicaliste a également déploré que l’État n’accorde aucun soutien aux travailleurs face à la puissance que représentent les compagnies sucrières. « Leta pa pe mett tou so pwa en faver travayer », ajoute-t-il. D’ailleurs, l’information parue dans notre édition d’hier après-midi concernant une probable injonction pour mettre fin à la grève a été vue d’un mauvais oeil dans les milieux syndicaux. « Zot pe dir ki zot pa pe konpran ki pe ariv Ramgoolam. On se demande tous comment il peut oser avoir recours à une injonction pour mettre fin à la première grève légale depuis 1937 ? ».
Compte tenu des derniers développements, les dirigeants du JNP lancent un appel au Premier ministre à ne pas s’engager dans une telle voie. « Si Navin Ramgoolam adopte une telle position, c’est ce qu’il le fait avec l’accord de son allié Paul Bérenger. Cette démarche affaiblit énormément les travailleurs et fait le jeu de la MSPA. Nous demandons à Navin Ramgoolam de ne pas commettre la bêtise de loger une injonction en Cour suprême pour mettre fin à la grève », déclare Ashok Subron.
La réplique des syndicalistes et des grévistes devrait intervenir mercredi, avec une manifestation à Port-Louis devant le QG de la MSPA à la Plantation House ainsi que devant l’Hôtel du gouvernement, pour montrer leur désapprobation. En attendant, avec l’impasse confirmée à l’issue des négociations d’hier après-midi, la grève générale est maintenue jusqu’à nouvel ordre.
Du côté de la MSPA, on confirme, par le biais d’un communiqué émis hier après-midi, qu’une « invitation a été reçue pour une rencontre de conciliation au ministère du Travail, mais les membres de la MSPA ont fait savoir au ministère qu’ils ne s’y rendront pas, car ils ne pensent pas qu’un troisième round de conciliation pourrait parvenir à un résultat positif étant donné que les demandes du JNP restent toujours aussi déraisonnables ». Le patronat précise également que sa position n’a pas changé et qu’il prône toujours un recours à l’Employment Relations Tribunal.