La mobilisation syndicale contre les amendements majeurs à la loi du travail proposés pour adoption à l’Assemblée nationale, demain, connaît depuis le week-end une nette intensification sur le terrain. L’objectif déclaré des principales organisations syndicales, dont la General Workers Federation/Joint Negotiating Panel de l’industrie sucrière, la Platform kont Laloi Travay Anti-Travayer est de faire échec coûte que coûte à « la loi scélérate anti-travailleurs » de Shakeel Mohamed avec de graves atteintes au droit de grève et à l’avenir du syndicalisme à Maurice. La GWF/JNP entame une intense campagne de lobbying auprès des parlementaires pour faire objection au ministre du Travail. De leur côté, les animateurs du front nouvellement créé, dont Atma Shanto, Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, ont sollicité et obtenu le soutien du leader de l’opposition, Paul Bérenger, et des parlementaires de l’opposition à leur cause. Les parlementaires de la majorité gouvernementale, qui se réunissent cet après-midi, pourraient être appelés à se prononcer sur le sort de ces amendements à l’Employment Relations Act et à l’Employment Rights Act.
Dans la conjoncture politique et avec la pression exercée par le mouvement syndical, tout semble indiquer qu’il ne faudra pas écarter le fait que le ministre Mohamed pourrait faire marche arrière en reportant à l’année prochaine l’adoption de ces amendements à la loi. Il ne reste que le Face Saving Device politique à trouver de la part du gouvernement pour présenter ce « recul ». Les dernières indications sont que le ministre du Travail en personne aurait déjà indiqué qu’il ne voyait « aucune urgence à faire adopter ces amendements à la loi du travail ».
Le monde syndical poursuit la mobilisation avec une manifestation des représentants des syndicats et autres fédérations syndicales demain à 11 h 30 devant l’hôtel du gouvernement, soit au moment où se déroulent les travaux parlementaires. De leur côté, les représentants de la GWF et du JNP ont fixé une échéance à demain matin avec une rencontre sollicitée auprès du Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour prendre connaissance officiellement de la position du gouvernement au sujet de la demande syndicale pour un retrait de ces amendements de l’ordre du jour de la séance parlementaire de demain.
En marge de cette initiative, la GWF/JNP a transmis à chaque parlementaire une correspondance explicitant les dangers que représentent les amendements pilotés par le ministre Mohamed pour les travailleurs. Cette fédération syndicale dénonce l’alignement du ministre du Travail sur les positions formulées précédemment par la Mauritius Sugar Producers’ Association (MSPA) et la Mauritius Employers’ Federation au sujet du droit de grève et autres droits fondamentaux des travailleurs dans le cadre du Collective Agreement.
Les dirigeants du Front Laloi Travay Anti-Travayer, qui ont eu une rencontre samedi avec Paul Bérenger et d’autres membres du MMM, organisent cet après-midi un forum à Rose-Hill sur les amendements prévus avec la participation annoncée du leader de l’opposition, des représentants du gouvernement et de la MEF aussi bien que des syndicalistes.
La principale appréhension dans le monde syndical est que « les amendements Mohamed signent irrémédiablement la mort des droits des 550 000 travailleurs du secteur privé ». Outre des restrictions dans l’exercice du droit de grève, l’initiative du ministre Mohamed porte de graves atteintes aux droits des salariés car dorénavant des travailleurs, qui sont non-syndiqués, seront habilités à négocier avec le patronat des Collective Agreements imposés sur les autres salariés de la compagnie. « Cela vaudra tout simplement l’arrêt de mort du mouvement syndical à Maurice », soutiennent à l’unisson les syndicalistes.
« The amendments amongst others are lethal to the very existence of trade union. It is a glaring fact that nothing has been spared to weaken workers through the undermining of trade unions. A group of individual workers has been given the same statutory power as a trade union, if not more », souligne le document de sensibilisation élaboré par la Platform Kont Laloi Travay Anti-Travayer, qui rejoint la GWF/JNP en dénonçant la « soumission du ministre Mohamed aux diktats du patronat ».
En ce qui concerne l’amendement avec des restrictions sur le droit de grève, la GWF/JNP, dans sa lettre aux parlementaires, réitère le fait que : « In its amendments in the Employment Relations Act, Shakeel Mohamed is bowing down to the MSPA and MEF pressure to quasi remove the minimal right to strike that exists in the law. A fundamental major restriction is being imposed to limit the report of labour disputes relating to wages and conditions of employment where a collective agreement is in force. Interdicting the reporting of labour disputes means interdicting any review of work conditions and industrial actions including legal strike. »
La Platform Kont Laloi Travay Anti-Travayer ajoute à ce même sujet que « this interference of the Minister of Labour will surely return to the days of the Industrial Relations Act when it was the Minister who had the sole right to decide whether a strike will be allowed. Wearing the hat of a conciliator will in no way mask the real role the Minister of Labour wants to play ».