Nitish Monebhurrun est de ces très rares Mauriciens qui vivent au Brésil où il enseigne le droit international. À l’occasion d’un séjour au pays natal, il a présenté une conférence à l’École de géopolitique, à l’Université des Mascareignes à Camp-Levieux, sur l’utilité d’un rapprochement entre Maurice et le Brésil. Comment en effet d’un point de vue purement tactique ignorer la septième économie mondiale, un pays du sud qui plus est, avec lequel nous partageons tant de similitudes culturelles ? À l’écouter, Maurice aurait tout à gagner en installant une représentation diplomatique mauricienne dans ce grand pays, idée évoquée pendant un temps… qui n’a pourtant pas connu de suite.
Maurice n’a pas de représentation diplomatique directe en Amérique Latine. Le responsable de l’école de géopolitique, Shafick Osman, l’a rappelé en préambule à l’exposé que Nitish Monebhurrun a présenté le 13 janvier aux invités à l’Université des Mascareignes, à Camp-Levieux. Cet immense « demi-continent » relève sur le plan diplomatique de l’ambassade mauricienne de Washington, dans une Amérique du Nord aux réalités très différentes… Évoqué à plusieurs reprises depuis 2005 par le ministre des affaires étrangères Arvin Boolell, le projet d’ambassade au Brésil, voire en Argentine, semble être tombé aux oubliettes depuis.
Nitish Monebhurrun fait remarquer qu’historiquement les liens entre Maurice et le Brésil tiennent a priori à peu de choses, avant tout à la botanique. Un officier portugais capturé par des Français puis relâché ensuite a emporté des graines et plants de palmiers et divers arbres à épices au Brésil, qui explique qu’encore aujourd’hui, de nombreux arbres du jardin botanique de Rio soient originaires de notre pays. Inversement, des officiers britanniques ont amené ici de plantes brésiliennes, telles que le nénuphar géant…
Les premières relations commerciales entre le Brésil et Maurice auraient commencé en 1974 et demeurent aujourd’hui très timides même si l’on note une progression encourageante. Entre 2008 et 2012, nos échanges commerciaux auraient progressé de 76,5 %. Nous importons des conserves alimentaires, du coton, de l’huile de soja, des plastiques, du sucre raffiné et des chaussures, tandis que nous exporterions de la cire artificielle, des chemises, du caoutchouc… En 2013, des pourparlers ont été engagés pour un accord de coopération dans le secteur sportif, et Maurice fait partie des pays observateurs dans le monde lusophone, sans pour autant être lusophone toutefois.
À la question de savoir pourquoi un grand pays comme le Brésil s’intéresserait à notre si petit marché, Nitish Monebhurrun rappelle que ce géant entretient de nombreuses relations culturelles et diplomatiques avec des micro-États à travers le monde, en axant sa coopération sur les plans technique, éducatif et sportif, et fait par ailleurs partie des rares puissances à veiller à la cordialité de ses relations avec tous les membres de l’ONU.
Malgré l’éloignement géographique, Maurice aurait tactiquement tout intérêt à consolider ses liens avec le Brésil, cette superpuissance en devenir, actuellement septième économie mondiale, d’autant plus que nous sommes déjà proches des autres grandes puissances amies du Brésil… Vu du pays de Pelé, ce triple champion du monde de football célébré en être d’exception dans tous les clubs, Maurice demeure aujourd’hui une entité tout à fait méconnue. Le conférencier fait remarquer que neuf personnes sur dix, parmi celles qu’il rencontre, savent ne serait-ce que localiser notre île… Pourtant l’agence de coopération brésilienne dispose de nombreuses antennes dans les pays du continent africain, développant des programmes dans les secteurs agricoles, sanitaires, éducatif, énergétique (particulièrement pour les biocarburants), sportif, etc. Si les pays lusophones représentent 60 % de cette coopération, la présence du Brésil dans l’Afrique francophone ou anglophone ne cesse de se développer (Sénégal, Tanzanie, Maroc, Zimbabwe…).
Nitish Monebhurrun évoque notamment dans le domaine de la recherche, des programmes sur le développement agricole en zones semi-arides ou encore sur le plan médical la lutte anti-parasitaire et l’amélioration génétique appliqués à des programmes liés aux grandes maladies de notre époque (malaria, HIV, etc.). Ces accords de coopération peuvent être bi ou trilatéraux, en collaboration avec un pays tiers qui apporte par exemple des financements pour des formations ou aides techniques que le Brésil apporte. Parmi les nombreux atouts du Brésil, le conférencier identifie notamment le secteur des biocarburants où l’expertise technique a été particulièrement développée dans la production d’éthanol et d’une manière générale, dans la recherche agricole où ce pays recherche systématiquement la durabilité.
Le conférencier s’est ensuite appesanti sur l’atout que Maurice pourrait mettre en avant en se présentant comme destination touristique de choix… La classe moyenne se développant considérablement, de plus en plus de Brésiliens séjournent chez nous sans pour autant disposer d’éléments d’information et de guides en portugais conçus à leur intention. Nitish Monebhurrun fait aussi remarquer qu’une ligne aérienne via l’Afrique du Sud permet désormais de réduire le temps de trajet entre Maurice et le Brésil. Enfin, il signale qu’outre la proximité culturelle liée par exemple à la culture afro-américaine et à l’histoire coloniale qui peut constituer un terrain de partage, la coopération universitaire brésilienne s’ouvre considérablement sur le monde. Pour peu que comme Nitish Monebhurrun, ils franchissent la barrière linguistique en apprenant la langue de Gilberto Gil et de la bossa-nova, nos étudiants mauriciens pourraient trouver là un champ exploratoire des plus extraordinaire.