Olivier Bancoult, leader du GRC : « Nous avons convoqué une assemblée dimanche pour discuter des propositions car il y a des conditions attachées que nous contestons »
Lalit : « Les Anglais tentent d’évincer le gouvernement mauricien sur le dossier des Chagos en ralliant un maximum de Chagossiens de leur côté »
La dernière initiative des Britanniques auprès des membres de la communauté chagossienne à Maurice et par extension à Londres, qui est perçue comme une réédition de la politique de « Divide and Rule » des Anglais, suscite de vives inquiétudes. À l’Hôtel du gouvernement, l’on ne cache pas le fait que la teneur des Consultation Documents portant sur le Resettlement de quelque 1 500 Chagossiens dans leur archipel natal est actuellement à l’étude, les autorités mauriciennes faisant comprendre leur position par le truchement d’une Note Verbale adressée par le ministère des Affaires étrangères. De son côté, le Groupement des Réfugiés des Chagos (GRC) a convoqué pour dimanche une assemblée générale de ses membres en vue de discuter de la question et également pour entériner le plan d’action à mettre à exécution. Lalit tire la sonnette d’alarme en mettant en garde les autorités contre la tactique des Anglais visant à évincer Maurice du dossier des Chagos en tentant de rallier dans la conjoncture un maximum de membres de la communauté des Chagossiens, dont les aînés avaient été forcés à l’exil il y a plus de 50 ans par ces mêmes Anglais.
Avec la décision des Britanniques de tenter le Forcing au sujet du projet de Resettlement des Chagossiens dans certaines îles de l’archipel, le gouvernement est tenu de réagir au vu des échéances que ce soit pour le processus de consultations lancé par les Britanniques auprès des Chagossiens et également la date-butoir de 2016 pour la reconduction du bail des Américains sur Diego-Garcia. À ce stade, l’Hôtel du gouvernement préfère mettre au point sa stratégie avant d’en faire état.
« Nous sommes en présence d’une série de Queries au sujet de la dernière démarche des Anglais auprès des Chagossiens. Nous étudions les implications et les répercussions de ces manigances et nous ferons connaître notre position sur cette question cruciale portant sur la souveraineté territoriale en temps et lieu », a fait comprendre en ce début de semaine une source autorisée à l’Hôtel du gouvernement sans vouloir révéler d’autres détails sur les prochaines étapes politiques et diplomatiques.
Interrogé à ce sujet, Olivier Bancoult, leader du Groupe des Réfugiés des Chagos, a confirmé être en présence d’une correspondance émanant du British Indian Ocean Territory (BIOT), instance non-reconnue par le gouvernement, au sujet des consultations sur le projet de retour des Chagossiens. « Nous avons pris la décision de tenir une assemblée générale dimanche au centre de Pointe-aux-Sables ; Nous allons discuter de toute la question car il y a des conditions, qui sont attachées à ce Resettlement, conditions que nous contestons », a-t-il dit sans apporter de précisions.
Des recoupements d’indications effectués par Le Mauricien indiquent que Londres a pris la décision de s’engager dans un processus de consultations directes avec les membres de la communauté des Chagos à Maurice et aux Seychelles sur un projet à l’essai de « management of a limited tourist industry in the outer islands » de l’archipel. Révélant les détails préliminaires de ce plan, le quotidien britannique, The Guardian, note que « the paper suggested plans to cater for increasing yacht visits, as neither commercial flights to the islands nor permanent infrastructure such as hotels will be permitted by the British authorities at the moment. The proposal suggests the return of up to 1,500 Chagossians and their descendants, as well as allowing tourists to visit the long-forbidden islands, which are home to a US military base on the main island of Diego Garcia, in what is now known as the British Indian Ocean Territory (BIOT). The lease of the American military base expires in 2016. »
Ces consultations devront permettre aux Britanniques d’effectuer un recensement du nombre de Chagossiens « attirés par cet appât » et de procéder à une évaluation des coûts de ce « Resettlement ». Les Chagossiens ont jusqu’au 27 octobre, du moins ceux se trouvant aux Seychelles, pour soumettre leurs commentaires sur ce projet de retour dans l’archipel, Londres faisant part de son intention officielle vers la fin de cette année ou au plus tard au début de 2016.
Réagissant à ces derniers développements, Alain Ah-Vee, de Lalit, soutient qu’il est temps pour le gouvernement d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. « Lalit dir li finn ler pu Leta Moris azir, e li irzan. Tu pu perdi dan enn pros lavenir, si guvernman pa resezi. Ler, li grav. Asterla, li kler ki guvernman britanik ek USA pe vini ar zot Plan B ki zot finn prepare depi lontan, si zot kwinse. E zordi zot kwinse-mem », ajoute Alain Ah Vee.
Poussant plus loin son analyse, Lalit maintient que « Guvernman britanik pe sey evins Leta Morisyin depi kestyon Diego ek Chagos, e li pu sey ris maximem manb Kominote Chagosyin ar li. Guvernman USA, li pe penetre sosyete Moris, atraver avoy FBI pu antrenn lapolis, atraver finans enn seri ONG pu fer zot kurbe divan Lokipasyon Militer USA dann enn parti teritwar Moris, donn laburs bonaveni, e zeneralman rant dan tu laspe Leta ek sosyete sivil ki posib, pu ki dimunn abitye ar prezans sivil ek militer enn fors lokipasyon. »
Alain Ah Vee avance que la dernière prise de position du leader de l’opposition est révélatrice de l’urgence de la situation. « Lider Lopozisyon, Paul Bérenger, pe fer apel pu Komite Parlmanter zwenn ; klerman li realize ki Guvernman pu responsab pu perdi Diego Garcia ek Chagos net, si li pa buz vit », dit-il. Lalit regrette qu’en quatre occasions depuis décembre de l’année dernière, le gouvernement avait été averti en vain au sujet des conséquences d’une absence d’actions politiques, diplomatiques et juridiques.