À 24 heures du référendum sur un éventuel retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (Brexit), avec le risque de conséquences incommensurables non seulement pour Maurice mais également pour les échanges commerciaux sur le plan international, un autre danger se précise sur le front de l’Union européenne (UE) et des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Les inquiétudes exprimées à deux reprises en moins d’une semaine au sujet de l’accord de partenariat de Cotonou, qui arrivera à échéance en 2020, se confirment. Le ministre de l’Agro-Industrie Mahen Seeruttun, et principal porte-parole du gouvernement sur le dossier UE/ACP, est allé dans le même sens en faisant part d’un désintérêt de plus en plus marquant de Bruxelles à l’égard des pays ACP.
Dans un premier temps, il s’est appuyé sur l’attitude de plus en plus indifférente de l’UE pour la conclusion de l’Accord de partenariat économique (APE) avec la région de l’Afrique australe, dont Maurice fait partie. Puis les interrogations notées lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des ACP en Papouasie Nouvelle-Guinée au début de ce mois. En principe, les négociations avec l’UE pour le renouvellement de l’Accord de Cotonou, arrivant à terme en 2020, devront démarrer en 2018.
Circonstance oblige pour les prochaines 24 heures, les yeux des opérateurs économiques et des autorités mauriciennes resteront rivés sur le déroulement du vote sur un éventuel divorce entre Londres et Bruxelles. En cas de vote en faveur du Brexit exprimé par les Britanniques, la face des échanges commerciaux ne sera plus la même en dépôts du fait qu’une période de transition de deux ans est prévue à cet effet. Des spécialistes de la question supputent des répercussions sur le taux de change des principales monnaies étrangères, avec un affaiblissement conséquent de l’euro et de la livre sterling pesant lourdement au sein de l’économie mauricienne, sans compter les effets néfastes sur le Market Access des exportations locales, notamment le textile et les conserves de thon, sur le marché britannique.
« Tout contrecoup au tableau de change de la roupie par rapport à l’euro et à la livre sterling aura des conséquences sur le montant des recettes d’exportations libellées dans ces deux devises. Le scénario de la crise de 2008 est encore vivant dans l’esprit des exportateurs mauriciens, sans compter que toute détérioration économique en Grande-Bretagne pourrait se traduire de manière défavorable sur les arrivées touristiques de ce pays », résume-t-on dans les milieux du secteur privé, qui suit de près l’évolution de la campagne pour le référendum de demain en Grande-Bretagne.
Néanmoins, si les Britanniques évitent le piège du Brexit et votent en faveur du maintien au sein de l’UE, compte tenu de la dernière partie de campagne contre le Brexit, le pire pourrait être évité. Dans ce scénario, le Royaume-Uni n’aurait pas à renégocier de Market Access Agrements. Dans son édition d’hier, le Financial Times note qu’en cas de retrait de la Grande-Bretagne de l’UE, Londres pourrait se retrouver avec les options suivantes : « Sign a deal with the remaint 27 EU Members, come to an agreement with aboit 50 additional countries with which the EU has preferential deals, or all the remaining 161 members of the World Trade Organisation. »
« In the event of a British exit, all of these relationships would need to be re-established to maintain the same preferential access the UK currently enjoys via the EU. This would probably entail negotiations. Conducting multiple negotiations simultaneously would bring a further level of complexity », a fait comprendre récemment le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Roberto Azevedo. Dans le cas d’un “Remain Vote” demain, les relations commerciales et économiques entre la Grande-Bretagne et le groupe ACP auront été allégées d’un énorme poids. Mais le désintérêt de plus en plus croissant de l’UE à l’égard de ses partenaires économiques dans le cadre des relations Sud/Sud devient de plus en inquiétant. Intervenant lors de la Private Notice Question sur le Brexit la semaine dernière, Paul Bérenger avait levé le lièvre du danger accompagnant les négociations pour le renouvellement de l’Accord de Cotonou à partir de 2020.
De con côté, le ministre Seeruttun, qui avait représenté le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, au dernier sommet des ACP à Port Moresby, est venu donner raison au leader de l’opposition à l’effet que les conditions dans lesquelles se dérouleront ces négociations ne se présentent nullement à l’avantage des intérêts des pays ACP. Et si l’éventuel Brexit de demain vient se greffer à cette conjoncture, l’équation pourrait être plus compliquée et complexe.
L’enjeu de ces négociations à partir de 2018 pour le renouvellement de l’Accord de Cotonou s’annonce de taille, soit de garantir les acquis en vigueur. « The upcoming negotiation on a partnership framework with the EU after the expiry in 2020 of the ACP-EU Cotonou Partnership Agreement was a key concern of the ACP Group. In this regard, the Summit expressed its determinations to review and enhance the ACP –EU Partnership with a legally-binding document, building on the experience and gains obtained under the Cotonou Partnership Agreement », a déclaré le ministre à l’Assemblée nationale hier.
Au dernier sommet ACP de cette année, il a été décidé de « to jointly identify issues of common interest with the EU partners to ensure that the ACP-EU Cooperation takes into account the implementation of Sustainable Development Goals, the promotion of regional trade and integration, financing for development and other identified priorities ». En revanche, le véritable obstacle à surmonter concerne les prédispositions de l’UE à l’égard des ACP. À cet effet, le ministre Seeruttun a fait part des difficultés des pays ACP à comprendre les tactiques dilatoires de Bruxelles pour traduire de précédents engagements en matière d’Economic Partnership Agreements avec différentes régions d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
« With regard to the Economic Partnership Agreement with the EU, the ACP ? Summit observed that the EU was no longer showing a keen interest “vis à vis” the ACP countries, and in fact seeking new trading partners. Representatives of the different regional groups expressed concern that the EPAs were not functioning effectively and they were not deriving the benefits expected from the Agreement », poursuit le ministre de l’Agro-Industrie avant de faire état des difficultés rencontrées par les États membres de la région d’Afrique australe, dont Maurice, pour conclure cet accord de partenariat économique avec l’UE.
« On the Interim Economic Partnership Agreement signed by four of the eleven members of the Eastern and Southern Africa region to which Mauritius belongs, I voiced out our concern that the negotiations for a full and comprehensive EPA have been installed since 2011, following the condition imposed by the EU to the effect that negotiations would resume only if it receives market access offers from the other seven members which have not yet signed the Interim EPA », regrette le ministre, qui rappelle que lors d’une réunion mnistérielle régionale, en décembre 2015, il avait été décidé que « the four signatories of the Interim EPA should urgently proceed to negotiate the deepening and broadening of the Agreement and other ESA members can join in when they are ready ».
En dépit de cette résolution, aucun développement n’est intervenu sur le front de l’Economic Partnership Agreement of the Eastern and Southern Africa region. Pour les négociations sur le Successor Agreement à l’Accord de Cotonou, les perspectives s’annoncent encore plus compromises, Bruxelles étant déjà engagées dans des négociations pour des Free Trade Agrements avec des pays de l’Asie de l’Est, dont la Corée du Sud, le Vietnam, le Japon ou encore la Chine. Cette nouvelle donne ne faisait pas partie du jeu de cartes de l’UE lors des précédentes négociations avec les ACP.