La position du leader du MSM et ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth par rapport à l’ICAC, suite à l’arrestation de l’ex-ministre de la Santé Maya Hanoomanjee, est devenue encore plus intenable. En effet, entre son tête-à-tête au plus haut sommet de l’État à la State House et ses consultations politiques en début de soirée avec le leader du MSM, le Premier ministre et leader de l’Alliance de l’Avenir Navin Ramgoolam a fait émettre un communiqué pour réitérer que l’ICAC doit pouvoir travailler « en toute indépendance et en toute sérénité ». Dans cette perspective, deux étapes au QG de l’ICAC prévues en fin de semaine, soit la poursuite de l’interrogatoire Under Caution de Maya Hanoomanjee et la convocation formelle du leader de l’opposition Paul Bérenger, revêtent toute leur importance.
Un autre développement, susceptible de baliser la voie de la sortie de crise après la démission en bloc de six ministres MSM mardi dernier, est le fait que d’ici la fin de la journée, la State House devra apporter des ajustements à la composition à la Public Service Commission (PSC) et la Disciplined Forces Service Commission (DFSC), reconstituée par les soins du président de la République sir Anerood Jugnauth. Ce dossier est l’un de ceux qui ont été évoqués lors de la réunion de 15 h, hier, convenue à la demande du président de la République.
Le timing des premiers commentaires publics du Premier ministre sur le départ des six ministres du MSM du gouvernement relève d’un calcul politique car il n’est intervenu qu’après la rencontre avec sir Anerood Jugnauth et avant celle avec Pravind Jugnauth, qui a attendu toute la journée un « call from the Prime Minister’s Office ». L’entourage politique du leader de l’Alliance de l’Avenir s’est fait un point d’honneur de souligner que les deux consultations ont été organisées à la demande de la State House et ensuite du leadership du MSM. Avant de se rendre au Réduit, le Premier ministre a eu des séances de travail avec Rashid Beebeejaun, PM adjoint et leader adjoint du Ptr, et Xavier-Luc Duval, leader du PMSD et VPM et ministre de l’Intégration sociale, pour passer en revue la situation et évaluer les différentes options pour la sortie de crise politique.
Dans un communiqué émis peu après 17 h, le Premier ministre prend à contre-pied les attaques des plus virulentes du leader du MSM à l’encontre de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) après l’arrestation de Maya Hanoomanjee le 22 juillet dernier. Comme pour répondre à la demande voilée du MSM pour une mise au pas de l’ICAC dans l’enquête sur l’affaire MedPoint, Navin Ramgoolam soutient que « j’ai eu l’occasion de l’affirmer à maintes reprises à l’Assemblée nationale et ailleurs, depuis le mois de mars dernier : l’ICAC doit pouvoir mener son travail en toute indépendance et en toute sérénité. Maurice a bâti sa réussite sur l’intégrité de ses institutions. Nous devons à tout prix préserver cet acquis pour l’avenir de notre pays. »
Ingérences
La rencontre avec Pravind Jugnauth n’interviendra que plus de 90 minutes après, soit en début de soirée. Jusqu’à la mi-journée, aucune des deux parties ne s’est aventurée pour des premiers commentaires sur le déroulement de ces consultations à l’exception de Showkutally Soodhun, qui aurait été reçu par le président de la République en fin de journée d’hier. L’ancien ministre de l’Industrie et président du MSM, qui avait prôné la ligne dure au lendemain de l’arrestation de Maya Hanoomanjee par l’ICAC pour des délits sous la Prevention of Corruption Act, laissait entendre à des proches dès la soirée d’hier que « tout allait rentrer dans l’ordre ».
Le scénario d’un retour du MSM au sein du conseil des ministres, sans Maya Hanoomanjee et même avec des responsabilités revues et corrigées pour les membres de ce partenaire de l’Alliance de l’Avenir, devrait donner de la voix et des muscles politiques à la minorité au sein du MSM ayant exprimé des réserves contre « l’idée d’un putsch politique » au sein du gouvernement. D’ailleurs, l’identité de ces parlementaires du MSM est connue dans le circuit politique avec des premières conjectures quant aux retombées d’une opération transfuges en cas d’un retrait du MSM du gouvernement.
Un autre point en litige, cette fois-ci opposant le Prime Minister’s Office et la State House, en l’occurrence la recomposition de la Public Service Commission et de la Disciplined Forces Services Commission, une des prérogatives du président de la République, a été abordé lors de la rencontre à la State House. Les protestations du PMSD quant à l’absence de représentation de la population générale au sein de la PSC ont figuré en bonne place dans l’argumentation développée par le Premier ministre pour faire comprendre au président de la République que « sa copie de la PSC et de la DFSC doit être revue ».
Ainsi, le face saving device, qui pourrait être confirmé en fin de journée, pourrait être la démission d’un des membres nouvellement nommés par sir Anerood Jugnauth pour faire la place à au moins un membre de la population générale sur la PSC, institution chargée du recrutement et de la promotion dans la fonction publique. Aucune indication n’était disponible à la mi-journée indiquant si la révision de la composition de la PSC allait compenser ou pas le “gender deficit” au sein de cette instance.
En dernière heure, Le Mauricien a appris que Vivekanund Sewraj avait soumis sa démission en tant que membre de la PSC en vue de faciliter la tâche de la présidence de la république avec une nouvelle nomination à la satisfaction du PMSD.
L’une des principales retombées, en attendant que le Ptr et le MSM ne décident de ce qu’ils vont faire de leur cohabitation au pouvoir, se fait sentir au niveau du QG de l’ICAC. Ce “vaccin politique” contre des ingérences administré par le chef du gouvernement intervient à 48 heures du retour de Maya Hanoomanjee à l’Interrogation Room pour la suite de son audition formelle. Est également prévue en fin de semaine la convocation formelle de l’ICAC à Paul Bérenger pour qu’il dévoile l’identité de ses sources, dont le nom d’un ministre, au sujet des directives pour un deuxième exercice d’évaluation.
Identité du ministre
Après trois séances préliminaires, l’ICAC devra aborder l’essentiel de son dossier d’accusation contre Maya Hanoomanjee. Le libellé de l’accusation retenue contre l’ancienne ministre de la Santé se lit comme suit : « Between the month of June 2010 and December 2010, the said Santi Bai Hanoomanjee, whilst being the Minister of Health and Quality of Life, embarked on a course of conduct whereby she, the said Santi Bai Hanoomanjee ensured that all measures were taken and directives were given for MedPoint Ltd to be favoured over other bidders and that the Bid Evaluation Committee would recommend MedPoint Ltd to the Central Procurement Board as the successful bidder for the acquisition of land and building for the setting up of the National Geriatric Hospital ».
Les limiers de l’ICAC s’attendent à voir l’ex-ministre de la Santé être plus explicite quand elle sera confrontée aux faits recueillis et recoupés lors de l’interrogatoire des fonctionnaires de la Santé, et pas seulement ceux qui ont été inculpés provisoirement, soit le Permanent Secretary Om Kumar Dabidin et les Principal Assistant Secretaries Jayraj Hauroo et Anil Kumar Utchanah, au sujet des directives reçues et des procédures établies.
La venue de Paul Bérenger à l’ICAC en fin de semaine, suite à la convocation formelle servie ces jours-ci, aura un aspect plus politique dans le scandale MedPoint. Après une première séance d’interrogatoire il y a une dizaine de jours, Paul Bérenger sera appelé à révéler à l’ICAC l’identité de ses sources ministérielles et professionnelles quant aux allégations au sujet des directives pour un nouvel exercice d’évaluation.
À ce jour, le Chief Government Valuer Yodhun Bissessur et le Dr Krishan Malhotra ont rejeté catégoriquement les allégations relatives à une ingérence du Premier ministre dans les procédures en vue de favoriser MedPoint.
L’identité du ministre qui aurait fait des confidences à ce sujet représente un élément déstabilisateur au sein du gouvernement. Ceux qui sont actuellement en faveur d’une réconciliation entre le Ptr et le MSM et qui oeuvrent par tous les moyens pour atteindre cet objectif, gardent leurs doigts croisés pour que cette source ministérielle ne provienne pas des rangs du MSM…