« Mes amis, la souffrance est temporaire mais la joie avec Dieu est éternelle. » C’est en ces mots que l’évêque de Maurice et archevêque de l’océan Indien a réconforté la foule de malades venue assister à une rencontre interreligieuse en l’église de Sainte-Croix hier. La célébration, organisée par le Conseil des Religions dans le cadre de la Journée mondiale des Religions, avait pour thème : l’espérance dans la souffrance. Autre moment marquant : le témoignage de Franck Hardy, un cancéreux ayant effectué un pèlerinage à travers l’île durant le mois de janvier, rencontrant et séjournant chez plusieurs malades de l’île en vue de compatir avec eux et leur apporter un instant d’amour.
En dépit d’un temps pluvieux hier, l’église de Sainte-Croix regorgeait de fidèles, toutes religions confondues, à l’occasion de cette rencontre interreligieuse. Parmi, beaucoup d’invalides, de handicapés mais aussi des personnes souffrant moralement à l’instar de ces trois personnes venues se confier plus tôt à Franck Hardy pour partager leurs peines. Anciens prisonniers, impliqués dans la drogue et la prostitution, la vie leur tend aujourd’hui une deuxième chance. Il y a aussi toutes ces personnes, qui comme le témoignera Franck Hardy, n’osent parler et « n’osent être libres ». D’où sa revendication du droit d’exister et de se tenir debout. « Je suis en vie. Nous sommes en vie, frères et soeurs malades. »
Avec des paroles consolatrices, Mgr Ian Ernest devait soutenir que « du moment où l’on a la foi, elle nous permet de faire face à la souffrance avec courage, dignité et espérance ». Dans la Bible, la souffrance, devait-il poursuivre, débute avec la désobéissance de l’être humain avec Dieu. « La souffrance est universelle. » Elle prend plusieurs formes : émotionnelle, physique et spirituelle. Ce qui cause la souffrance, selon l’évêque, c’est la pollution de la création par l’homme qui mène aux catastrophes naturelles ; la cruauté humaine dont un exemple se voit en Syrie où des enfants meurent à cause de la cruauté d’un dirigeant. Il y a par ailleurs des troubles familiaux entre époux et épouses, entre frères et soeurs avec souvent à la source, l’argent hérité qui divise la fratrie. Mgr Ernest a alors cité cette parole biblique : « Mon père et ma mère m’ont abandonné mais Dieu m’a recueilli. » Il devait rappeler aux malades que « Dieu a partagé notre souffrance à travers Jésus Christ. Il a dit : “Venez avec votre fardeau, je vous donnerai le repos” ». Selon lui, « le Christ est présent au milieu de nous. Il comprend notre souffrance ». Mgr Ernest a salué l’Association des Brancardiers qui soutiennent les malades.
Apportant son témoignage, Franck Hardy devait déclarer avoir eu trois naissances : une du ventre de sa mère, une autre à la mort de son fils et une troisième avec son cancer. Ayant subi plusieurs opérations et séances de chimiothérapie en cinq ans, ce Français ayant épousé une Mauricienne et résidant depuis quatorze ans dans le pays, a dit faire de sa maladie « un confident, un camarade ». Il a revendiqué la dignité et le respect face à la maladie. « Un jour, quelqu’un m’a dit que si j’ai un cancer, c’est que je le méritais. Je le remercie car grâce à lui, j’avance. » Il a parcouru 73 km à pied à la visite de malades toutes fois confondues à travers l’île : Grand-Baie, Poudre d’Or, l’hôpital Jeetoo, de Candos, de Brown Sequard. Il devait nommer les prénoms des personnes rencontrées, leur âge et leur type de souffrance. Les médecins lui ayant donné une dizaine à une quinzaine d’années à vivre, Franck Hardy s’est dit prêt de « profiter des écoutes des autres et de partager leur bonheur et leur souffrance ». Aux malades, il a dit : « Gardez le sourire et continuez à croire dans la vie. »
Auparavant, les membres des diverses religions représentées au sein du Conseil des Religions se sont chacun à leur tour exprimés sur la souffrance tout en s’appuyant sur des extraits des divers écrits sacrés. La pandita Pokraz et le pandit Ved Gopee ont prié pour que les malades aient du courage et de la force.