Après Port-Louis, au tour de Curepipe de faire face au conflit entre marchands de rue et mairie. La décision du maire de les reloger a provoqué, au cours de la semaine dernière, la vive colère de ces derniers. Après avoir essuyé un refus devant la Cour suprême qui avait rejeté leur demande d’injonction, ces marchands ont assisté, impuissants et furieux, à la démolition de leurs étals et structures, jeudi et vendredi. Ils se sont regroupés vendredi après-midi devant la mairie dans le but d’exprimer leur désaccord contre la décision de la municipalité.
“Depi merkredi, nou pe pass mizer. Municipalite pe rass dipain dan nu la bous. Zot pouss nou san pense ki ena bann reperkision. Nou bann ti dimounn ki bizin trace zot la vie pu capave manze ek nu ena zenfan ek fami pu occupe. Kouma nu pu fer astere?” C’est la question que se pose Rajesh Bhungaloo, un marchand de rue de la ville lumière. Les faits remontent à mercredi lorsque la Cour suprême a donné son aval à la mairie pour aller de l’avant avec l’exercice de délogement des bâtiments Ramdin et Piton, à côté de la gare Ian Palach.
Un ordre de la Cour avait donc été émis afin que les marchands quittent les lieux jeudi, à partir 13h. Ces derniers, plus de soixante, n’ont ainsi été informés que 24 heures avant pour quitter les lieux. Ne l’entendant pas de cette oreille, ils ont manifesté leur colère devant la municipalité avant de tenter par tous les moyens de convaincre celle-ci de faire marche arrière. Une centaine de policiers ont fait une descente des lieux afin de calmer les esprits. Mais c’est impuissants et déçus, vendredi matin, que les marchands de rue ont assisté à la démolition de leurs échoppes.
“Grâce a bann ti dimoune kouma nou mem ki to pe okip plas lemaire zordi”
Colporteurs qu’ils refusent de nom, car leurs échoppes sont achalandées de compteurs du CEB et d’autres aménités.
“C’est grâce a bann ti dimoune kouma nou mem ki to pe okip plas lemer zordi ek aster la to pe servi la lwa pli for ek malere”, lancent les marchands à l’égard de Mario Bienvenu. Pour eux, la décision de la municipalité est injustifiée. “Avec les fêtes de fin d’année, nous avons déjà fait des provisions. Je ne comprends pas pourquoi les autorités ont pris cette décision quelques semaines avant les festivités en sachant que c’est une période propice pour nous”, s’insurge Sultan Gueas, un marchand de rue.
Les colporteurs expliquent qu’il y a eu abus de pouvoir de la part des autorités. Ils affirment que certains d’entre eux ont été brutalisés par les policiers qui étaient sur les lieux jeudi après-midi. “J’étais à côté de mon échoppe lorsque nous avons eu l’ordre d’évacuer les lieux. Avant même de comprendre ce qui se passait, j’ai reçu un coup de matraque sur la tête”, dit Rajesh Bhungaloo.
Dans leur détresse, les marchands de rue ont reçu un soutien de poids de la part de l’opposition, en la personne d’Ananda Rajoo qui devait déclarer à Week-End: “Je trouve que la décision du maire est injustifiée. Lors d’une réunion du Conseil, le maire avait rassuré que ces marchands seraient délogés une fois que le Forum  était rénové et opérationnel. De plus, je trouve cela inadmissible que le maire refuse de dialoguer avec tous les marchands. En tant que conseiller, je propose à la municipalité de les laisser opérer comme avant jusqu’au 15 janvier. Entre-temps, on aura eu le temps de mettre en place un comité de pilotage pour aménager le Forum afin de les accueillir dans de bonnes conditions et de développer des stratégies de marketing qui leur seront  bénéfiques et pour faire venir  en nombre les Curepipiens et d’autres clients d’ailleurs.”
Fort du soutien d’Ananda Rajoo, chef de file des mauves à la municipalité de Curepipe les marchands de rue se sont rendus à la mairie pour y rencontrer le maire. Ils se sont tous réunis le lendemain au bureau du maire afin de trouver un compromis. Mais Mario Bienvenu n’a souhaité rencontrer que le porte-parole des marchands de rue présents. Norjauhan Jauhangeer, vendeuse de vêtements, qui opère près de la pharmacie Noël depuis 13 ans, a été reçue à deux reprises dans le bureau du maire. Lors de la première rencontre, elle a demandé à ce dernier de reconsidérer sa décision en les laissant travailler au Square Bruce jusqu’à la fin de décembre. “Lemaire in explik mwa ki pena oken lot solution, ki nu bizin aksepte al travay Forum Forest-Side, sinon nou pa pou gagn lot lokasion pou al travay laba ankor”, a-t-elle lancé. Dans la foulée, elle a précisé que la municipalité a déjà tout prévu pour le relogement des marchands de rue. “Li promet nou li pou donn nou tou fasilités, ki li pou fer piblisite à traver bann media pou ki dimounn vinn dan Forum”, dit-elle.
 
Soutien de l’opposition
“Pena sime nou al travay dan sa trou-là”, criait un des marchands, malgré les promesses du maire. Face à l’incompréhension de ses collègues, Norjauhan Jauhangeer s’est emportée. “Ena bann ipokrit parmi nou kinn fini al ranpli form pou al travay dan Forum me ki pe manifeste ek nou en se moman”, fulmine-t-elle. Propos qui ont créé des remous parmi les autres marchands de rue. Ces derniers ont exigé que le maire s’explique sur ce détail.
Avant que la situation ne s’envenime, les policiers présents ont demandé aux marchands d’évacuer le bâtiment municipal. Une fois dehors, Norjauhan Jauhangeer a poursuivi son explication sur le déroulement de sa réunion avec le maire: “Li dire li fini pran so desizion, pena sime ki li revine en arryer”, dit-elle.
Sultan Gueas ainsi que d’autres marchands de rue ont condamné le manque de considération de plusieurs ministres. “C’est malheureux de voir le manque de soutien de la part des ministres. Ils se tournent vers la population uniquement en période de campagne électorale”, disent-ils.
Il est vrai que depuis le début de la crise curepipienne, le ministre Aimée, très présent sur le dossier des marchands de rue de Port-Louis, ne s’est pas manifesté malgré les demandes de certains membres de l’opposition, dont Steeve Obeegadoo, député de Curepipe à l’Assemblée nationale, mercredi dernier. Cehl Meeah s’était rendu à Curepipe pour les soutenir, et avait  demandé à la mairie de reconsidérer le cas de ces marchands:”Qu’il puisse exercer là où ils sont en décembre, et à partir de janvier, ils pourront se rendre au Forum.” A noter aussi le soutien surprise aux marchands de rue de la part du parti Malin de Raj Aubeeluck.