L’année 1945 est connue pour avoir été celle où trois cyclones, tous aussi violents l’un après l’autre et se succédant en l’espace de quatre mois, avaient affecté considérablement la vie des Mauriciens et l’économie du pays. Cela alors que, à cette époque une colonie de l’Empire britannique, l’île Maurice subissait déjà les effets économiques désastreux de la Seconde Guerre mondiale. Et pour rendre la situation encore plus dramatique et ajouter au découragement général, le pays était également en butte à une violente épidémie de poliomyélite qui devait être classée comme la plus intense jamais enregistrée auparavant à l’échelle de la planète.

Nos aïeux encore debout se souviennent toujours avec terreur de ces terribles moments. Selon Kissoonsingh Hazareesingh, responsable en ce temps-là du département de la sécurité sociale et auteur de The cyclones of 1945, « il était compréhensible que la succession rapide de trois cyclones majeurs couplée à l’épidémie ajouta aux privations, à la misère et aux difficultés découlant de la guerre. Les superstitieux commencèrent à imaginer toutes sortes d’autres calamités. Certains prédirent que les prochaines catastrophes seraient des inondations, puis un tremblement de terre et même que Maurice sombre sous la mer… ! »

« Mais », toujours selon Hazareesingh, « le découragement au sein de la population fut de courte durée. Autant que purent le permettre les efforts d’après-guerre, les promptes et vigoureuses mesures de reconstruction contribuèrent largement à faire reprendre courage au plus désespérés. » Des trois cyclones mémorables de 1945, le premier fut le plus dangereux. À l’époque, selon Hazareesingh, « la plupart des gens affirmaient n’avoir jamais vu un tel déchaînement de la nature, sauf peut-être ceux-là qui avaient atteint l’âge de raison quand le cyclone le plus meurtrier d’avril 1892 avait frappé le pays. Et ceux-là ne manquèrent pas de faire la comparaison. »

Public mal-informé à cause de la guerre

Quand ce premier cyclone de 1945 défera sur Maurice le 16 janvier, ce fut une surprise pour le grand public parce que, affirme Hazareesingh, en raison de la guerre, aucune nouvelle de son approche de l’île ne put être faite. Les autorités, elles, en étaient toutefois au courant et avaient pris les précautions d’usage. Les premiers signes du cyclone furent la formation d’une dépression atmosphérique loin au nord-est de Maurice. Mais, avec les moyens assez rudimentaires dont on disposait à cette période, cette dépression avait été détectée par des appareils d’enregistrement et, depuis l’observatoire placé au Jardin de Pamplemousses, aucun signe atmosphérique n’était visible. Le 15 janvier, cependant, les vents en rafale, la pluie et le ciel lourdement chargé ne permirent plus aucun doute qu’un gros cyclone menaçait. Dans l’après-midi du 16 janvier, le centre du cyclone était localisé cette fois au nord-nord-est de l’île. Les vents avaient atteint 45 à 50 milles à l’heure avec des rafales de 70-75 milles à l’heure (120,7 km/h).

Vers minuit, l’œil du cyclone entama son passage en plein sur Maurice à la vitesse de 10 milles à l’heure. Les vents se calmèrent et tout un chacun pensait que le cyclone s’était éloigné. Les gens quittèrent leurs abris pour venir en aide à ceux-là qui étaient dans le besoin. Mais dans l’ignorance de ce genre de phénomènes qui prévalaient à l’époque, d’autres durs moments étaient encore à vivre. L’œil du cyclone où règne en fait un grand calme ne faisait que passer. L’observatoire de Pamplemousses enregistra un vent de 5 à 10 milles à l’heure, tandis qu’à la station d’observation de Vacoas — à l’époque une station subsidiaire —, il n’y avait pas feuille qui bouge. Par contre, les vents recommençaient à augmenter d’intensité à Plaisance, dans le sud, soit 25 à 30 milles à l’heure.

Vers 2h du matin le 17 janvier, l’œil du cyclone ayant accompli sa traversée du pays, les vents se levèrent avec encore plus de violence qu’avant. Le cyclone de 1945 causa ses plus gros dégâts entre 2h et 9h le 17 janvier. Le baromètre chuta à 952 millibars et la plus forte rafale fut de l’ordre de 97 milles à l’heure (156,1 km/h). C’était beaucoup trop pour les infrastructures majoritairement recouvertes de tôles, de tuiles et de bardeaux. Des bâtiments et des usines (dont la sucrerie de Médine dans l’ouest) furent rasés, des arbres abattus et des cultures (canne à sucre et maïs) détruites.

Petit coup de vent avant l’ouragan Carol

Le pays se remettait à peine lorsque, le 2 février, survint un deuxième cyclone. Pour Kissoonsingh Hazareesingh, ce deuxième système releva plutôt de l’ordinaire auquel le pays était habitué. En fait, il causa plus de dégâts à Rodrigues avant de se rapprocher de Maurice. Et ce fut la partie sud du pays qui en souffrit le plus. À Plaisance, la pression atmosphérique était descendue à 968,6 millibars et la plus forte rafale tourna autour de 93 milles à l’heure (soit 149,7 km/h).

Comparé aux deux précédents, le troisième cyclone de l’année 1945 ne fut heureusement, en fin de compte, qu’un petit coup de vent. Il vint visiter Maurice en avril, soit vers la fin de la saison cyclonique. Il tint le pays en haleine à partir du 6 avril, se renforça dans l’après-midi du lendemain, mais le danger ne fut que de très courte durée. Les rafales maximales ne dépassèrent pas 77 milles à l’heure à Réduit, dans le centre de l’île.

À entendre nos arrière-arrière-grands parents raconter 1945, c’est sûr que ce fut une année terrifiante. Mais le pire était encore à venir quand, 15 ans après, l’ouragan Carol vint semer le désastre et faire une dizaine de morts (février 1960) et, quinze autres années après, ce fut l’inoubliable Gervaise.


22 décembre 1979

Le traumatisme de Claudette

S’il est un fait établi depuis très longtemps que février est de loin le mois le plus propice aux cyclones dangereux et autres fortes tempêtes tropicales en raison de l’écrasante chaleur et du réchauffement de la température de la mer, comme l’ont démontré Carol, Jenny, Gervaise et Hollanda, que ces phénomènes climatiques sévissent à Maurice également en décembre n’est pas du tout exceptionnel.

Comme en témoigne le livre Cyclones in Mauritius, œuvre que nous a légué M. Padya, ancien directeur général de la météo, en 250 ans d’histoire des cyclones, l’intense cyclone Cilida serait le 10e à s’être manifesté en décembre. Il est aussi, en fait, le 4e à avoir choisi l’approche de Noël pour nous apporter ses mauvais vents.

M. Padya est remonté jusqu’en 1727 pour retracer un violent cyclone sur Maurice un 23 décembre. Entrepôts, écoles, églises et maisons avaient été complètement détruits. Puis, il y eut Beryl (25 décembre 1961) et Bakoly (décembre 1984).

Toutefois, ces deux derniers nommés n’avaient jamais atteint l’intensité du cyclone Claudette. Ce cyclone frappa en pleine nuit, le 22 décembre 1979 (39 ans jour pour jour aujourd’hui) alors que de nombreux Mauriciens, négligeant le danger,  faisaient leurs achats de Noël. En sus des dégâts matériels conséquents à travers le pays, il y eut 6 morts et un début d’épidémie de malaria à Port-Louis, fort heureusement rapidement contenue.

Quatre ans après l’intense cyclone Gervaise, Claudette ajouta à la morosité ambiante générale et au traumatisme qui prévalaient dans le pays en cette fin des années 70, mais comme à chaque fois, l’île Maurice sut faire preuve de résilience et releva la tête.