Longtemps annoncé et attendu, le Suboxone est enfin arrivé. Depuis quelques jours, un premier groupe de patients a commencé le traitement, au grand soulagement des travailleurs sociaux, nommément Imran Dhanoo, directeur du Centre Idrice Goomany (CIG) et Cadress Rungen (Group A de Cassis/Lakaz A). Mais ces derniers expliquent qu’ils n’ont « jamais été avisés du démarrage du traitement… C’est comme si on a été délibérément “left out” ! » Ces travailleurs sociaux « regrettent qu’il en soit ainsi et que le ministère de la Santé nous traite de la sorte. Nous espérons, toutefois, que tout rentrera dans l’ordre. Parce que nous sommes des partenaires de l’État ».
« C’est ensemble que nous allons réussir », martèle Cadress Rungen. Le responsable du Groupe A de Cassis/Lakaz A déclare : « Je suis bien évidemment soulagé et content pour les centaines de patients qui attendent depuis plus de six mois, et leurs milliers de parents et proches, qui étaient dans l’expectative, comme eux ! Cela fait tellement longtemps qu’on nous a parlé du remplacement de la méthadone par le Suboxone et le Naltrexone. Mais on attendait sans rien voir venir concrètement… » Évoquant « la détresse et le désespoir de nombre de nos patients qui étaient découragés depuis l’annonce, mi-2015, de l’arrêt du traitement à la méthadone », il poursuit : « Ti high time ki enfin kumans tretma la ! » Ragini Rungen, également du Groupe A de Cassis/Lakaz A, souligne que « ces derniers mois, avec la suppression de la méthadone, sur 107 patients, seuls 6 étaient réguliers… Ils étaient trop découragés d’apprendre qu’ils ne bénéficieraient pas de la méthadone et comme les cachets de codéine phosphate, qui ne sont pas suffisamment puissants, étaient l’unique médicament, bon nombre sont retournés de droguer… »
Même écho du côté du Centre Idrice Goomany (CIG) de Plaine Verte : Imran Dhanoo, le directeur, se dit « extrêmement inquiet… Entre le 4 et le 11 janvier, nous avons recensé 25 nouveaux patients au centre. La moyenne d’âge est de 20 ans, car la majorité de ces nouveaux demandeurs de traitements, qui sont à 80 % des héroïnomanes, ont entre 17 et 24 ans ». Les deux directeurs de centres de traitements affirment que « la méthadone avait aidé considérablement à faire régresser le trafic de drogue, car le nombre de toxicomanes avait baissé. Gageons que le Suboxone aidera aussi… »
Cependant, font ressortir nos interlocuteurs, « nous ne comprenons pas pour quelle raison le ministère de la Santé nous a quasiment totalement mis à l’écart du démarrage du traitement au Suboxone ! » Les deux travailleurs sociaux rappellent que « nous sommes partenaires de l’État ! Pourquoi donc nous traite-on ainsi ? Qu’est-ce qu’on nous reproche ? » Cadress Rungen ajoute que « le Suboxone est un nouveau produit. Son protocole de dispensation implique donc de nouvelles donnes. Il nous faut assurer la formation de nos animateurs qui vont accompagner les patients… Pour cela, nous comptons bien évidemment sur le ministère de la Santé. Il faut savoir comment se préparer au « counselling » des patients, leur expliquer le « treatment literacy », c’est-à-dire les effets et répercussions du médicament sur leur santé, leur expliquer comment se font les prises, entre autres. Toutes ces informations sont importantes pour la bonne marche du traitement ».
Imran Dhanoo note que « bien que nous regrettions la disparition totale de la méthadone, car nous aurions préféré que les patients aient un éventail de choix, avec et la méthadone et le Suboxone et le Naltrexone, nous accueillons bien évidemment le démarrage du nouveau traitement ». Néanmoins, nuance pour sa part, le directeur du CIG, « cette mise à l’écart du ministère de la Santé est regrettable… Pourquoi nous traiter comme si nous étions des pestiférés ? Qu’avons-vous fait de mal pour mériter cela ? »
De plus, soutient notre interlocuteur, « ces commentaires que nous faisons seront interprétés comme si nous sommes des adversaires du ministère de la Santé… C’est très triste, car ce n’est pas là notre propos. Ce que nous voulons, avec une nouvelle année qui a commencé, c’est démarrer sur de nouvelles bases. Que tout le monde, ministère, patients et travailleurs sociaux, travaille ensemble pour le meilleur de notre pays ». Et dans le processus, précise-t-il, « il serait bon de ne pas oublier qu’il faut respecter tout un chacun… »
Imran Dhanoo et Cadress Rungen expliquent : « Nous avions eu des informations officieuses que le traitement du Suboxone allait commencer le lundi 11. Mais rien n’a été consigné par écrit. Or, lundi dernier, un officier de la Santé nous a avisé que le programme était reporté. Sans autre précision ». Puis, relatent nos interlocuteurs, « jeudi, nous avons appris par une tierce partie, donc, pas par le ministère de la Santé, que le traitement à base de Suboxone avait déjà commencé, que plusieurs patients avaient déjà été traités ». « We have been taken aback ! » soutient Imran Dhanoo. « Nous ne nous attendions pas à si peu d’égards ».
Cadress Rungen espère que « les choses iront mieux dans les prochains jours ou semaines. Par cela, je veux dire que le dialogue sera rétabli et que nous serons à nouveau partie prenante du projet ». Dans le même souffle, il souhaite que le service déjà offert soit décentralisé. « Nous avons appris que les premiers patients ont été dirigés vers l’hôpital de Mahébourg. Espérons que dans les prochaines semaines, le service sera décentralisé vers des régions comme Ste Croix ou Beau-Bassin. Cela afin de rendre plus accessible le traitement ».