• « Kaya napa ti enn mandian ! Ce projet de “10 gram pou Kaya”, soit de demander Rs 20 à chaque Mauricien, c’est bafouer sa mémoire ! »

Le mois dernier, il s’était déplacé expressément de l’île sœur, qu’il habite pour des raisons de santé, et avait séjourné au bercail jusqu’à ce 12 mars. Renald Collet, frère aîné de Kaya, a poussé un coup de gueule avant de partir. Sujet de sa colère : « Diverses choses, notamment que nous, les frères et la sœur de Kaya, n’avons pas été inclus dans les activités marquant l’hommage national à mon frère décédé. Ainsi que ce projet de “10 gram pou Kaya”, soit l’idée de faire une quête pour demander à chaque Mauricien de contribuer à hauteur de Rs 20 et d’ériger une statue à sa mémoire : “Babylon net sa” ! »

« Kaya n’aurait jamais approuvé. Et d’ailleurs, moi non plus, je refuse catégoriquement que l’on fasse une telle chose en son nom. C’est tout simplement salir sa mémoire ! Au sein de la famille, avec mes deux frères et notre sœur, ainsi que la femme et les enfants de Kaya, nous ne sommes pas du tout d’accord avec ce projet. Nous ne soutenons aucunement cette démarche et je vais plus loin : je demande personnellement et au nom de la famille de Kaya aux Mauriciens de ne pas donner de contribution lorsqu’on viendra leur demander des sous pour ériger une statue ou un monument en hommage à mon frère. Nous vous demandons de boycotter ce projet ! »

La raison derrière ce coup de gueule de Renald Collet, artiste connu sur la scène avec son combo Rasineseggae : la campagne “10 gram pou Kaya”, démarrée le 21 février dernier dans le sillage des activités marquant les 20 ans de la disparition de l’artiste, mort pendant qu’il était en détention.

Renald Collet poursuit : « Même si nous ne sommes pas tous des adhérents de la philosophie rastafari au sein de la famille, alors que Kaya était rasta à part entière, nous ne pouvons faire de concessions et accepter que soit érigé en son nom et à sa mémoire une statue ou un monument : “Babylon net sa” ! »

Et pour ce qui est de demander Rs 20 à chaque Mauricien, « nous trouvons cette démarche humiliante, indigne et, surtout, qui bafoue la mémoire » de Kaya. « Li pa ti enn mandian ! »

Renald Collet renchérit : « De son vivant, mon frère n’a jamais emprunté un sou de qui que ce soit. Quand il était en prison, on a dû quémander de l’argent pour payer sa caution. Mais maintenant qu’il est mort, et dans les circonstances que l’on sait, vous voulez qu’on accepte qu’il y ait une quête en son nom ? Jamais de la vie ! »

Le leader de Rasinnseggae continue : « Cette affaire cause beaucoup de problèmes à la famille. Par exanp ena dimounn demann nou : “Ki, Kaya ti pe fim 10 gram kan li’nn mor ?” Il y a plein de mauvaises interprétations : on m’a même demandé, ces “10 gram-la, c’est quoi ça : de la cocaïne ? De l’héroïne ?” C’est très désagréable et dérangeant ! »

Notre interlocuteur rappelle : « Comme je suis l’aîné de la famille, Kaya, nos autres frères et notre sœur, et tout le monde, Véronique Topize et les enfants, entre autres, me considèrent avec beaucoup de respect. De son vivant, Kaya n’entreprenait rien sans me demander ma bénédiction au préalable. » De fait, soutient notre interlocuteur, « cette campagne qui a été proposée n’est pas du tout au goût de la famille et nous tenons ainsi à dire haut et fort notre désapprobation ».

Renald Collet n’en démord pas : « Inn fer enn bel tamtam lor nom Kaya sa lane-la pou mark vin-t-an so disparision. Mais à part l’expo au Blue Penny Museum, je n’ai apprécié aucune des activités proposées. Pire : je n’étais même pas au courant de la plupart d’entre elles ! »

Et de poursuivre : « Le jeudi 21 février, alors que je me dirigeais vers le musée du Caudan, des personnes m’ont interpellé pour me demander si j’allais jouer sur la scène du Port-Louis Waterfront ! C’est à ce moment que j’ai appris qu’un concert en hommage à Kaya s’y déroulait : je n’ai jamais été averti de la chose. » Cet “oubli” n’est pas unique, ajoute encore notre interlocuteur : « Mes frères, ma sœur et moi n’avons été invités dans aucune des activités organisées en mémoire de la disparition de Kaya. C’est blessant de nous traiter ainsi ! »

« Un vrai hommage bientôt ! »

Le frère aîné de Kaya réside depuis plusieurs années à La Réunion : « C’est pour des raisons de santé. Ma fille a la nationalité française, mais comme ce n’est pas indiqué pour moi de faire de longs trajets, à cause de mon cœur, j’ai opté pour l’île sœur. » Ce qui ne l’empêche pas d’être souvent à Maurice. « Et très bientôt, je compte organiser un vrai concert d’hommage à Kaya digne de ce nom. » Rappelons que Renald Collet a fait partie de Racinetatane et a joué aux côtés de Kaya pendant plusieurs années.