Cédric Lanappe est make-up artist. À 17 ans, sa passion est telle qu’il est déjà connu comme l’un des grands noms du maquillage.
C’est les vacances. En cet après-midi, d’aucuns l’auraient davantage vu avec une manette de console de jeux à la main ou sur un terrain de foot, comme d’autres adolescents de son âge. Et si on parlait plutôt football ? “Non, non ! Non merci. Très peu pour moi !”, rétorque-t-il dans un petit sourire orgueilleux. Cédric Lanappe n’en est pas moins passionné par ce qu’il fait.
Éclats.
La séance photo du matin l’a occupé pendant quelques bonnes heures. Celle qui se met en place pour l’après-midi durera plus longtemps que prévu, jusqu’au soir. Ce n’est pas lui qui s’en plaindra. “Là, je fais ce que j’aime.” Un nouveau coup d’oeil sur le visage de son amie Céline, un instant de réflexion, la lueur qui apparaît soudain dans ses yeux lui donne un air fébrile. L’occasion est tout indiquée pour qu’il sorte les diamants rouges et blancs qu’il a achetés il y a quelque temps pour la nouvelle expérience qu’il voulait tenter.
Le fond de teint posé, l’excès de poudre enlevé, quand Cédric Lanappe se met à l’oeuvre, ses gestes s’enchaînent de manière sûre et précise. Au fil des séances il a fini par apprendre à tirer profit du stress qui le titille toujours avant qu’il ne commence. Plus le défi est ambitieux, plus ses sens sont en alerte et mieux est le résultat. Il y a quelques semaines, il a géré avec brio la séance de maquillage des mannequins qui ont présenté les créations des étudiants au défilé de l’Université de Maurice. “Habituellement j’évite de me faire aider afin que le travail soit exactement comme moi je le souhaite.”
Prodige.
17 ans depuis une semaine, Cédric Lanappe n’est pas prétentieux quand il se dit “make-up artist.” Dans le giron de la mode locale, sa réputation s’est déjà mise en place et le petit prodige du maquillage ne peut que laisser libre champ à son instinct quand on le lui demande. “Je n’ai pas pris de cours. On ne m’a pas vraiment aidé.” C’est effectivement d’instinct qu’il travaille, selon les bases apprises dès l’enfance. À 6 ou 7 ans, il s’émerveillait devant les gestes que répétaient sa mère et ses tantes. Quand il a voulu s’y essayer, l’une d’elles lui a donné quelques précieux conseils. Et c’est tout naturellement sur son entourage qu’il a commencé son apprentissage.
Entre-temps, le visage de Céline prend de nouveaux éclats. Cédric a décidé de commencer par les yeux. Du rouge, de l’or, les couleurs choisies ne sont pas pour faire dans la discrétion. : “Récemment une amie m’a dit qu’elle avait vu la photo d’un de mes maquillages et qu’elle a tout de suite su que c’était de moi”, raconte-t-il. Au fur et à mesure, son style s’impose.
Pop-techno.
Cédric Lanappe aime la musique commerciale, le rythme et les couleurs vives. Dans son approche il s’assume entièrement en tant que maquilleur de la génération techno-pop. Dans les motifs dessinés, les lignes tracées, les accessoires posés et le mélange de couleurs proposé, rien n’est jamais trop osé. Surtout si l’ensemble n’est pas conventionnel. Passionné d’art et de dessin, Cédric Lanappe use de sa sensibilité artistique pour maquiller, avec ce constant besoin d’innover et de créer et pour ambition de “rendre encore plus belle la personne qui fait appel à moi.” Dans le portfolio qu’il enrichit sans cesse, de nouvelles photos de ses créations, les unes plus originales que les autres, Cédric Lanappe semblant s’imposer peu de limites quand il se met au travail.
Couleurs.
La patience de Céline a été payante. Les yeux fermés, elle se laisse faire tandis que Cédric jongle entre la vingtaine de pinceaux posés sur une table. Ses boîtes de maquillage lui offrent différentes couleurs dans plusieurs tons. Comme dans tout ce qu’il fait, le make-up artist est aussi méticuleux dans son choix de maquillage et de matériel. Il fait ici confiance aux grandes marques, quitte à dépenser un peu plus pour faire venir ses produits d’ailleurs. Le tout reste rangé dans la valise qu’il trimballe avec lui à chaque sortie. C’est en pratiquant et en se documentant qu’il a appris à identifier les produits les mieux adaptés à ses besoins.
Dans un an, Cédric Lanappe prendra part aux examens du HSC. L’année dernière, les préparatifs pour les examens du SC l’avaient un peu stressé. Dans ses études aussi, on comprend que cet élève du collège St Nicolas veut donner le meilleur de lui-même. Pour y arriver sans se sacrifier, il consacre généralement ses jours de semaine à ses études, gardant ses week-ends pour le maquillage.
Fantaisies.
Il faut ici dire que les week-ends de Cédric Lanappe sont particulièrement chargés. “Beaucoup de jeunes veulent aujourd’hui être mannequins ou photographes”, dit-il, et le contexte se prête à merveille à ses fantaisies. Il avait 13 ans lorsqu’une de ses amies a fait appel à lui pour son premier défilé. Angoissé, il s’était laissé tenter. Depuis, les choses se sont enchaînées. Défilés, séance de photo, fêtes, Cédric Lanappe trouve mille et une occasions pour se laisser aller à sa passion. Alors que le bouche-à-oreille contribue à sa renommée, il reçoit aussi des particuliers qui font appel à ses services pour de grandes occasions.
Partage.
Les petits diamants en plastique ont été posés au-dessus des sourcils de Céline. Cédric lui donne quelques petits coups de pinceaux sur les joues pour affiner ses traits et lui souffle délicatement sur le visage pour faire sécher la colle des faux cils. S’il n’en tenait qu’à lui, le travail ne serait jamais terminé, il y aurait toujours quelque chose à ajouter ou corriger. “Ce que je fais me plaît bien. Mais je me dis souvent que j’aurais pu mieux faire.” Ce sont les commentaires que lui font ses amis sur sa page Facebook qui l’aident à mieux jauger la pertinence de ses oeuvres, tandis qu’il reste à la recherche de la perfection. Pendant longtemps encore, le maquillage sera sa passion sauf si une vraie occasion en fait son métier. Pour l’instant, il envisage d’être enseignant.
Soutien.
Bermuda kaki bientôt tronqué contre des jeans, polo noir, Converse aux pieds et une mèche rebelle qui ne tient jamais en place, Cédric Lanappe est un adolescent comme les autres. Dans ce qu’il fait, l’avis de ses proches est important. Il voudra ainsi que sa mère voie le maquillage de Céline avant que l’on ne procède à la séance photo, sous l’oeil vigilant de Gilbert, son frère aîné. Sans l’appui de sa famille, Cédric Lanappe reconnaît qu’il n’aurait pas eu le même espace pour s’adonner à son art. Il y a d’abord eu la foi que les siens ont placée en lui quand il a commencé à montrer ses aptitudes pour le maquillage. Puis au collège, ce sont les amis qui sont venus l’encourager : “Étonnamment, les garçons aussi me soutiennent dans ce que je fais.”
 Et si d’emblée quelqu’un trouvait à redire sur ses choix, ce n’est pas lui qui en sortirait affecté. Loin de l’avoir enfermé dans un monde superflu, le maquillage lui permet sans cesse de vivre la vie avec intensité.