La directrice du Conservatoire National de Musique François Mitterrand est une musicologue férue du patrimoine musical mauricien. Une passion que l’on ne peut départir de la personnalité de Claudie Ricaud en esquissant son portrait. Francis Thomé, et d’autres compositeurs mauriciens méconnus du grand public, reviennent comme un leitmotiv tout au long de cette rencontre faite dans l’auditorium éponyme. Autant que des échos de ses années d’études à Sydney.
Claudie Ricaud aime consacrer son temps à la recherche dans le domaine de la musique. Ce qui passionne particulièrement la musicologue, c’est l’histoire musicale de Maurice. Un terrain riche dans lequel apparaissent des noms comme Francis Thomé ou encore le compositeur Marcel Chastelier, dont on a répertorié plus de 250 oeuvres. Elle évoque également le ténor Édouard Berger qui, au cours du XIXe siècle, a chanté sur les grandes scènes parisiennes, avant de regagner Maurice. “Il avait, à la rue Saint Georges, une demeure qui était comme un conservatoire, et dans laquelle il donnait des cours de chant et de piano. Mais la maison a brûlé depuis.” Des informations que la musicologue a réunies au cours de ses recherches menées à travers des correspondances et des récits de voyages, ainsi qu’à travers les archives à Maurice et en France.
Claudie Ricaud fouille beaucoup dans les archives. Elle travaille actuellement à l’écriture d’un livre entièrement consacré à Francis Thomé. Une publication qui devrait être livrée vers juin. On y apprend que ce nom, de prime abord vague, désigne un Mauricien de naissance qui a fait carrière à Paris, vers la fin du XIXe. Presque toutes les oeuvres de ce compositeur (plus de 400) sont publiées aux Éditions Lemoine à Paris. “Il était très recherché, à la fois comme compositeur, pianiste hors pair et enseignant, dans le créneau pointu des concertistes dont il poursuivait la formation au-delà des techniques acquises au Conservatoire de Paris.”
Choix déterminant
On n’arrête pas Claudie Ricaud quand elle est lancée dans une discussion sur le patrimoine musical… jusqu’à en oublier que Scope est venu à sa rencontre pour parler d’elle, et pas seulement en tant que directrice du Conservatoire François Mitterrand qui, rappelons-le, célèbre cette année ses 25 ans d’existence.
Sans surprise, on apprend que Claudie Ricaud a baigné dans une ambiance musicale depuis l’enfance, avec une grand-mère qui, dans les années 1960, jouait du piano pratiquement toute la journée. Des morceaux de salon que la petite Claudie reproduisait. Quelques années et quelques cours de piano plus tard, arrive le choix des études qui détermineront sa carrière. “Je ne pouvais pas envisager autre chose que la musique parce que je la sentais fortement en moi et j’avais envie d’étudier le piano.” Évidemment, ce choix n’a pas tout de suite fait l’unanimité auprès de ses parents. Elle se retrouve finalement inscrite en littérature et linguistique, outre la musicologie. Et la Mauricienne réalise une double spécialisation à l’Université de Sydney. Dix années d’études !
C’est à Sydney que l’étudiante d’alors croise des chefs d’orchestre du monde entier et assiste à leurs répétitions, et elle en profite pour leur poser des questions. “C’est dans la réalité des choses et loin des salles de classe que j’ai aussi beaucoup appris. Je faisais pas mal de petits boulots d’étudiant à l’opéra de Sydney, dont j’ai même lavé le plancher. J’ai appris une certaine réalité, en fréquentant l’arrière-scène, qui m’a beaucoup apporté dans mon développement personnel.” Aussi a-t-elle côtoyé de grands instrumentistes et chefs d’orchestre, dont elle a pu apprécier l’humilité et la disponibilité. Caractéristiques des grands artistes.
Richesse culturelle
La Mauricienne rentre au pays de manière définitive en 1990. Le conservatoire François Mitterrand venait d’ouvrir ses portes, non pas à Quatre-Bornes, mais à l’emplacement actuel de l’École Hôtelière. La musicologue a d’abord dans l’idée d’entreprendre des recherches sur la musique de Maurice et celle de la région. Après un passage au MGI, elle se retrouve finalement enseignante au conservatoire. Et en 1993, quand le poste est déclaré vacant, elle postule en tant que directrice de l’établissement quatrebornais, qui a pris forme pratiquement sous ses yeux.
À la tête du Conservatoire National de Musique François Mitterrand depuis presque vingt ans, Claudie Ricaud a connu de grandes et des petites joies et a pu voir un certain nombre de jeunes prendre goût à l’étude de leur instrument, jusqu’à devenir des musiciens passionnés et ayant le niveau pour jouer avec des orchestres internationaux. Et comme musicologue, elle s’évertue à valoriser le patrimoine musical mauricien : une grande richesse de notre culture qui demeure largement méconnue du grand public. Claudie Ricaud en veut pour preuve une quadrille en date de 1840, dont le dernier mouvement est carrément écrit comme un séga. Un morceau qui devrait probablement faire partie du programme dédié aux compositeurs mauriciens du XVIIIe siècle, présenté ce vendredi 16 mars à l’Auditorium Francis Thomé à 18 h 30.