Vous avez sans doute entendu parler de « pranic healing », technique que pratiquent un nombre grandissant d’individus à travers le monde, y compris à Maurice. Ici, le pranic healing est enseigné à travers la Pranic Healing Foundation, enregistrée comme une ONG et dont le siège se trouve à Vacoas. Qu’est-ce donc que ce « pranic healing » qui, selon le fondateur de sa version moderne, n’est ni une religion, ni une technique médicale, mais une méthode de guérison respectant les religions et la médecine et que chacun peut pratiquer en gardant sa foi originelle ? Pour obtenir des réponses aux questions concernant cette ancienne pratique que certains désignent aussi comme un nouveau mode de vie avec une forte dimension spirituelle, nous sommes allé à la rencontre de Daniel Gorginia, maître en pranic healing qui vient d’effectuer un court séjour à Maurice pour une série de conférences.
Pour commencer, il faut établir la différence entre le « pranic healing » — que l’on peut traduire en français par la « guérison pranique » — et le reiki, quoique ces deux techniques aient la même finalité : soigner grâce à l’énergie cosmique. Si le reiki se pratique par le toucher entre le soignant et le malade, par contre, dans le pranic healing on soigne en utilisant l’énergie, mais sans aucun contact physique entre celui qui dispense le soin et celui qui est soigné. Cela précisé, il faut aussi souligner qu’utiliser l’énergie ou le souffle vital qui circule dans la nature et dans les corps humains pour améliorer son fonctionnement est une pratique qui remonte à la nuit des temps. Elle est surtout présente en Asie où on la désigne sous différents noms. En Chine, on la désigne sous le nom de Chi, au Japon elle est appelée le Ki et dans la philosophie indienne on la désigne sous le nom de prana. En dépit des différentes manières de la pratiquer, cette pratique millénaire a pour objectif de « soulager les souffrances, d’apporter un calme mental, une paix intérieure et un bien-être en général ». Autrefois, pour soulager les souffrances du corps il fallait avoir recours a un initié, un « healer » qui avait appris à localiser et concentrer l’énergie de son propre corps avant de la transférer dans celui du malade pour le soigner en dirigeant cette énergie sur des points précis, comme en acupuncture. Mais pour arriver à cette capacité de transférer, il fallait d’abord que le healer apprenne a nettoyer son propre corps afin que l’énergie puisse circuler sans rencontrer d’obstacles. Pour devenir un healer et absorber le prana avant de la transférer à la personne qui en avait besoin, il fallait suivre les enseignements des anciens. Cette technique millénaire a été modernisée et codifiée au cours de la deuxième moitié du siècle dernier par celui que l’on désigne aujourd’hui comme le Grand Maître Choa Kok Sui. Il est né en 1952, aux Philippines, dans une famille de commerçants aisés, dont les ancêtres venaient de Chine. Si son père était un adepte de la religion protestante, sa mère était une bouddhiste dont un des proches suivait les enseignements du taoisme. C’est dans cette ambiance religieuse fervente, mais diversifiée que Choa Kok Sui fait toutes ses études dans des institutions catholiques. Il entreprend des études scientifiques qui le mèneront à l’obtention d’un diplôme en chimie, mais très tôt il entame un parcours spirituel en s’intéressant au yoga, à la méditation et lit quantité d’ouvrages spirituels et ésotériques sur le healing. Il fera aussi la connaissance d’un maître du tai-chi établi à Hong-Kong et d’un maître de Chi Kung résidant à Taiwan, mais qui avait fait ses études sous la supervision d’un moine bouddhiste. Après avoir médité sur ces différentes techniques millénaires pour soigner physiquement les corps et les avoir pratiqués, il décide d’y ajouter une dimension spirituelle, le tout dans une langue simple accessible au plus nombre. En effet, les techniques millénaires étaient expliqués par des « concept, des principes et des méthodes très difficiles à comprendre en raison des terminologies utilisées ». Pour éviter toute éventuelle confusion, celui qui va devenir le Grand Maître Choa Kok Sui précise que la technique millénaire qu’il a modernisée n’a pas la prétention de remplacer la médecine moderne, mais d’agir comme un complément ; que les healers ne sont pas des médecins, mais que des médecins peuvent devenir healers ; que les healers ne peuvent pas prescrire des traitements ou des médicaments ou se prononcer sur des traitements ou des médicaments prescrits par des médecins. Choa Kok Sui publie ses premiers ouvrages à la fin des années1980 du siècle dernier, qui prennent du temps pour trouver leur public. Mais petit à petit le nombre de lecteurs, de disciples et de pratiquants de la technique millénaire modernisée augmente. Le Maître organise les structures de son mouvement, définit la technique et impose des grades entre ceux qui étudient et ceux qui sont appelés à enseigner. La nouvelle technique s’établit d’abord aux Philippines, puis gagne les pays avoisinants avant de traverser les frontières et les océans pour devenir un mouvement international dont les principales institutions, fondées par Choa Kok Sui, sont installées aux Philippines. Mort « physiquement » en mars 2007, il a laissé en héritage les préceptes du « pranic healing » et de « l’arhatic yoga » à travers plus d’une vingtaine de livres qui ont été traduits dans plusieurs dizaines de langues.
Le pranic healing est introduit à Maurice il y a une quinzaine d’années par Vijay et Sangeeta Ragahven. Ce couple composé d’un Indien et d’une Mauricienne l’avait découvert en Inde où ils ont longtemps vécu. Le mouvement s’est développé à Maurice et plus tard ses adeptes ont crée la Pranic Healing Foundation qui compte aujourd’hui cinq mille adeptes à son quartier général à Vacoas et plusieurs centres de méditation à travers le pays. C’est dans le quartier général que Me Daniel Gorginia, surnommé Dany, vient régulièrement rencontrer les disciples mauriciens et donner des conférences. Ce citoyen philippin, qui exerce la profession d’avocat, a découvert Choa Kok Sui et le pranic healing moderne pendant ses études universitaires. « Quand j’étais à l’université pour mes études en droit, j’avais un ami qui ne ratait aucune réunion de pranic healing et disait à quel point cette technique avait changé sa vie. A force de l’écouter, j’ai voulu savoir de quoi il en retournait et je suis allé assister à une réunion. J’étais à un moment de ma vie où, sans trop le savoir, j’étais à la recherche d’une nouvelle orientation. Ce que j’ai entendu à la réunion m’a passionné, je suis allé chercher des livres pour en savoir plus, mais à l’époque, ces ouvrages étaient difficiles à trouver, mais j’ai poursuivi mes recherches et j’ai découvert que le pranic healing était ce que je recherchais, ce qui me convenait pour continuer. » Sous la férule de Choa Kok Sui il va passer du stade d’étudiant à celui d’enseignant et aidera le mouvement à se développer. Daniel Gorginia fait partie des huit premiers disciples de pranic healing, aujourd’hui disséminés de par le monde, à qui le Grand Maître a octroyé le titre de maître. Ces huit maîtres sont aujourd’hui responsables d’un des secteurs du pranic healing à travers le monde. Me Daniel Gorginia est responsable du secteur Afrique Asie, dont fait partie Maurice, où il vient régulièrement. On annonce le sujet de vos conférences à Maurice comme une ouverture, une découverte des rituels, symboles et grandes idées partagées par les religions majeures du monde : le christianisme, l’hindouisme et le bouddhisme. Est-ce que vous n’avez pas oublié l’islam dans cette liste des grandes religions du monde ? « Cette question m’a été posée par des personnes qui assistent à mes conférences à Maurice et ailleurs. Nous ne voulons pas exclure l’islam, tout comme nous n’excluons aucune religion ni aucune personne. Mais nous pensons qu’en raison du contexte actuel liant une minorité de musulmans au terrorisme, il est préférable de ne pas aborder le sujet pour éviter toute possible controverse. Vous le savez : nous ne sommes pas une nouvelle religion, mais une technique basée sur la recherche et la bonne utilisation des énergies qui sont en nous et dans la nature. Chacun est libre d’avoir et de pratiquer sa foi religieuse tout en apprenant à maîtriser les énergies. Ce n’est pas incompatible. D’ailleurs, comme vous le savez, je suis originaire des Philippines, dont les habitants sont très pieux, et je suis moi-même un catholique pratiquant. » Quel est le message que vous voudriez faire parvenir aux Mauriciens qui ignorent tout du pranic healing ? « Une des choses les plus intéressantes du pranic healing, c’est qu’il propose à chaque personne que la question intéresse de découvrir l’énergie qui circule dans son corps et dans la nature et de la canaliser pour bien l’utiliser afin de se soigner, si elle est malade, ou de se maintenir en bonne santé et d’améliorer sa vie. Cette technique permet de venir en aide aux autres, de trouver une solution à leurs problèmes et des les aider à devenir meilleurs. Ceux que cela intéresse sont invités à venir découvrir ce que nous proposons et, si cela leur convient, de venir apprendre avec nous comment maîtriser les énergies naturelles pour s’améliorer. C’est le point de départ ce que propose le pranic healing. Est-ce que le candidat éventuel a besoin de posséder certaines qualités de base pour devenir un soignant ? « Ce qui est bien dans le pranic healing c’est que, s’il le désire, le patient qui a bénéficié des bienfaits de l’énergie peut devenir, à son tour, un dispensateur d’énergie et aider les autres à se soigner en suivant les différentes étapes menant au titre de healer certifié. Mais il faut préciser qu’il faut, tout d’abord, avoir en soi la volonté de soigner une personne, de l’aider à améliorer son état de santé. Il faut ensuite apprendre les bases de la technique. Mais il faut préciser qu’il existe des personnes qui ont en elles une prédisposition pour pratiquer le healing et ces personnes-là apprennent et maîtrisent les techniques beaucoup plus vite que les autres. »