Diana Heise ne pense pas son travail uniquement en termes d’images. Elle ne cesse de s’interroger sur la manière dont elle doit photographier ou filmer, sur les formes de diffusion et comment transformer l’image fixe de manière à prolonger le regard et privilégier l’écoute : regarder longuement et de manière répétitive, écouter encore et encore… Diana Heise est une îlienne. Elle est née dans le North Hero, une petite île sur la côte est des USA. Elle est à Maurice pour 9 mois dans le cadre d’un Fullbright Fellowship. Elle parle déjà le créole. Ce programme l’intéresse dans la mesure où il permet l’échange et la compréhension mutuelle.
Tout a commencé pour cette enseignante en photographie et vidéo au Kansas City Arts Institute lors d’un voyage à la Nouvelle Orléans. Elle faisait des recherches sur les communautés créoles à travers le monde et s’est aperçue que ces communautés sont liées à l’esclavage et l’engagisme et qu’elles avaient en commun la danse, la musique et la poésie pour transformer des situations d’oppression. Diana a commencé dès lors à s’interroger sur son métier de photographe. Elle cherche à créer des ambiances pour raconter des histoires et transmettre les connaissances du passé. Elle nous explique comment elle conçoit son séjour à Maurice : » Currently, I am living in Mauritius to explore dance, music, poetry, plays and the stories and traditions of escaped slaves and indentured servants. This project intends to illuminate the contemporary expression of these powerful traditions to learn from our collective past and carve paths for peace in the future. » Diana Heise croit fermement que les différentes formes d’art et les histoires transmises peuvent aider à transcender les souffrances du passé et aider à créer un monde meilleur. Dans sa volonté de montrer des histoires racontant le monde du passé et d’aujourd’hui, Diana utilise différents médiums comme  la photographie, la vidéo, la performance, le son. Son projet à Maurice mêlant différents médias n’est pas nouveau. Elle a réalisé dans le passé un montage vidéo sur les conséquences de la guerre sur les hommes. Elle est partie de l’histoire de son oncle qui a connu la guerre du Vietnam. Diana pense que la vidéo documentaire est un moyen extraordinaire parce que la narration, la manière de penser et d’aborder les choses est complètement différente et en même temps très proche de la photo. Elle dit que la photographie est un jeune médium par rapport au cinéma. Ce qui l’intéresse dans la photo c’est que l’instant capturé peut être examiné plusieurs fois. Le processus du regard humain et du cerveau est différent, dit-elle. La photographe résume ainsi le travail de la caméra : « The camera allows for the collection of actions in space and time, whether stopped through the poetry of the still image or the choreography of moving frames and sound. This process allows us to extend our ability to look and listen.  To look longer and repeatedly at a space, person or thing that would have only been a moment’s glance… »
La photographe ajoute qu’elle s’intéresse à capter et réorganiser l’espace et le temps. Mais elle pense qu’à chaque projet correspond une manière de montrer. Au fait quelle que soit la finalité du travail le but est de créer un lien entre le public et le réel. Diana dit qu’elle utilise le médium qui lui convient le mieux pour transmettre ses idées au public. L’écriture, la fabrication d’une bande-son, le cinéma permettent de situer un individu ou une chose dans un environnement. Diana parle de l’intérêt de se plonger dan la culture d’un pays et de l’importance de l’échange :  « This interaction, tied to artistic practice and research, gives me the time to be with and talk with people.  By being able to submerge myself into the community here, work on learning the languages and allow the environment to lead the way, this experience has been and continues to be life-changing, particularly expanding my ideas of the interaction between art, society and history. I also feel honored to be able to share some of my expertise with people here, such as with the Ravann project with ABAIM. »
Son séjour à Maurice sera l’occasion de réaliser un film sur la fabrication de la ravanne (après l’exposition de photographies à ABAIM) accompagné d’un manuel d’apprentissage. Diana nourrit aussi des projets d’écriture. Elle se penche actuellement sur une pièce de théâtre intitulée « Calibann », inspirée des versions de Césaire de de Virahsawmy. Elle a déjà réalisé une performance (Dir mwa, Dir nou, Kalibann) utilisant le personnage de Calibann comme symbole de la quête d’une société plus juste. « It is my aim to engage dialogues on peacemaking and healing as I believe deeply in the transformative powers of art making… » nous dit-elle.