Il a prouvé qu’à 101 ans il était toujours capable de courir non pas pour le plaisir mais pour la bonne cause. Lui, c’est Fauja Singh, l’homme qu’on surnomme la tornade en turban. Ce Britannique d’origine indienne a été le premier centenaire à boucler un marathon à Toronto. À Maurice, il a participé au marathon de solidarité en vue de soutenir l’action de SOS Village d’Enfants. De lui on dira : « This man is not crazy, he only have a golden heart. » C’est l’impression qu’il nous a laissée hier lors d’une rencontre au magasin Omarjee à Bagatelle, où il a été reçu et où il s’est vu offrir des chaussures de sport Adidas.
Au physique frêle, mais élégant dans son costard cravate, Fauja Singh sourit, heureux de contribuer à soulager les nécessiteux. Et pour ce faire, il court. De marathon en marathon, qu’il a démarré à 80 ans, cela fait de lui l’homme le plus âgé à détenir des records du monde dans la catégorie vétéran des plus de 100 ans. Accompagné de son coach Harmander, qui est aussi son mentor, Fauja Singh a l’air serein.
Au magasin Omarjee à Bagatelle hier, il essayait ses nouvelles chaussures de sport, qu’il aime souples et confortables. Il nous décrit sa première visite à Maurice : « Cela me rappelle Penjab où j’ai vu le jour à Beas Pind. There is a lot of similarities, the scenery may be different, but the environment is warm. » Il poursuit : « I took up running as a new focusing in my life. » Il nous rappelle qu’il a couru le marathon Scotiabank Toronto Waterfront en un peu plus de huit heures, marquant ainsi une page de l’histoire sportive. Sa première course remonte à 89 ans, pour Bliss — association caritative pour les enfants prématurés —, la terminant en 6 h 54, il bat ainsi de 58 minutes le précédent record du monde. Récemment, il a établi le record du monde pour sa catégorie d’âge en courant le marathon du 16 octobre 2011 en 8 heures, 25 minutes et 16 secondes. Depuis, il ne compte plus les succès : l’homme est entré dans la légende.
Accomplir mon souhait
101 ans et toujours cette force de caractère, cette envie de se surpasser. Ce qui le motive ? À cela son coach répondra qu’il a vécu plein de drames, dont la mort d’un de ses fils de manière horrible à laquelle Fauja a assistée. Son coeur de père en a souffert, mais il s’est juré qu’il ne se laissera pas abattre. À la mort de son fils et de sa femme, Fauja Singh a décidé que sa vie serait une course indéfinie pour vaincre la mort. « J’ai accompli le souhait de toute ma vie en courant et en rendant les gens heureux. Je me maintiens aussi en bonne santé de cette façon. »
Quand il a couru le New York Marathon, il ignorait la différence entre mile et kilomètre. Graduellement, il s’est familiarisé au mode de la course à pied. Son coach Harmander explique « Get him a place in a marathon and he will run for charity. It was a real pleasure for me as a coach to assist him. When he came to me I ask him tell me first what you can do. I would make a judgment. And he replies : “You teach me how to run longer distances and I am determined to be a very good learner”. Je lui ai dit si tu t’engages dans cette voie Fauja, il faudra courir et les changements climatiques de chaque pays ne pourront pas s’adapter à toi. Car en tant que coach, en entraînement : we don’t like excuses. We practise the EE which means Eliminate Excuses. Fauja m’a seulement demandé : “Show me how to run fast”. »
Fier de son protégé, le coach Harmander décrit Fauja Singh comme une personne aimant converser, apprendre et qui semble curieux de tout ce qui l’entoure. « La seule chose que je lui ai demandée, c’est de ne pas courir en costard-cravate — on penserait qu’il s’est échappé d’un home ou de sa maison — mais de se mettre en survêtement pour la course. »
Fauja Singh précise pour sa part qu’il ne poursuit aucun but personnel quand il court. « Running helps me stay in shape. I don’t like eating too much but I do practise my yoga. » Ce père de six enfants qui lui ont donné 17 petits-enfants, a pour adage est : « I like to keep others happy and I don’t think I am old enough to stop running. J’encourage les personnes âgées à en faire autant et leur conseille de débuter d’abord par la marche et une fois que le corps s’est adapté, se trouver un bon coach, qui sera une âme soeur et un guide pendant la course. With God’s help, everything becomes possible. »