La démarche chaloupée, tout de noir vêtu, Jean-Claude Gaspard fera ses adieux à la scène locale samedi. « Mo ena 68 ans, mo lé kit la scène dan sa l’état là, pas en me faisant porter. » On sent dans sa voix une grande tristesse, le dernier salaam d’un ségatier qui a fait danser trois générations. La nostalgie de ses débuts en 1967 sur le stade de Rose-Hill interprétant lors d’un radiocrochet la chanson de Johnny Hallyday Cheveux longs et idées courtes. C’est aux côtés de deux de ses enfants, Denis-Claude et Mary-Jane, que Jean-Claude a laissé parler son coeur.
Jean-Claude Gaspard veut laisser à ses fans l’image d’un homme simple. Il a vécu modestement, sans mener un riche train de vie. « Donn mo papa enn dhallpouri, li assizé, li mange are où, heureux. Li pas bisin limousine, portable dernier cri, mon père aime le contact humain. C’est avec les gens sur la rue qu’il se sent le mieux », confie Mary-Jane Gaspard. Le trio fille, fils et père semble uni et Jean-Claude les couvre d’un regard attendrissant. « Ce sont les deux qui m’ont suivi. Mary-Jane faisait un essai sur une chanson Simplement camarad et l’enregistrement a été une réussite inattendue. Mary-Jane m’a suivi à l’hôtel, je chantais dans les cabarets et un jour, je lui ai dit de voler de ses propres ailes. Denis-Claude, lui, aime le séga, la musique, je ne peux qu’être fier de voir que deux de mes sept enfants m’ont suivi. » Jean-Claude Gaspard parle de son questionnement de la vie, et ira s’offrir à sa retraite le temps de vivre. « J’aimerais bien mettre de l’ambiance dans les pique-niques, mais c’est ma famille qui restera le centre de mes préoccupations. »
« Mo enn poète des mots »
De toutes ses ritournelles fredonnées, Jean-Claude Gaspard avoue aimer dhobi de classe. « Mo ti pe trouv dimounn laver dans la rivière et avec enn plume et enn papier mo fine écrir sa refrain là. C’est enn titre ki fine reste gravé dans l’histoire séga. Ce que j’ai peur, c’est que le public ne veuille plus de moi, c’est pourquoi j’ai préféré pour mes 50 ans de carrière quitter la scène en beauté. J’ai réussi à faire du séga un tourbillon d’émotions. » On se souvient aussi de la médaille du Certificate & Badge Of Honour que lui a décerné la reine dans les années 90. Et comment parvient-il à garder le rythme saccadé dans ses chansons et surtout des chansons à texte bien ficelées ? « Mo enn poète des mots, ena kroir mo gagn lé rhume, mais c’est are rythme qui mo fer dimounn bouzé. » À quand une autobiographie ? « Sedley Assonne fine cose lors mwa dans so livre Ségatier. » Il parlera aussi de sa rencontre avec Georges Moustaki, Jeanne Manson et C. Jérôme. Quand on lui parle de sa rencontre avec Lacmée, sa femme, il dira dans un large sourire : « De la même façon qui où pé interviewé mwa, tout fine passe par enn rencontre. Li pas chanté, mais line dibout touzours cote mwa et c’est so la force ek l’amour ki fine fer mwa arrive ziska là. »
Mary-Jane Gaspard ne peut s’empêcher de sourire en écoutant son père parler. « Papa, c’est notre force, il était sévère quand il le fallait et tendre à d’autres moments. Papa is an easy going man, li ena so propre personnalité et une grande dose de tolérance. Maman peut ne pas chanter, mais elle a su comme son prénom apporter cette touche d’esthétisme. Sa participation en tant que maman est fort louable. » Denis-Claude Gaspard dira que c’est son père qui l’a bercé par ses notes rythmées du séga. « Si papa a choisi de raccrocher en fêtant ses 50 ans de carrière, c’est qu’il sent qu’il a encore ce dynamisme à faire bouger son public pour une dernière fois. C’est une grande tristesse pour nous ses enfants de ne plus le voir faire de la scène après. » Denis-Claude raconte que c’est sur l’air de Banané et de Sa ki appel ou ena toupet qu’il a fait son choix de chanter. Au sein de la famille Gaspard, le rythme a toujours prévalu avec le grand-père Roger Augustin et l’oncle Roland. Parlant de son père Roger, Jean-Claude Gaspard affirme qu’il n’a jamais eu la chance de partager la scène avec lui. « Il m’a transmis son amour du séga et c’est ce que j’ai fait avec mes enfants. » Mary-Jane poursuit que samedi, son père aura droit à une belle photo de famille sur scène. « Il sera entouré de nous, de ses fans et des artistes jeunes comme Linzy, M. Love, System R. Il y aura aussi Marie-Josée Couronne, Robert Augustin, Ino Nakeed, Sylvio Louise, Mara. Le séga de papa bercera toujours des générations à venir. On va lancer samedi le nouvel album de la famille Gaspard. » Jean-Claude Gaspard, lui, ne veut pas de remix de ses tubes.
« Je veux garder l’authenticité de mes chansons, c’est ma mémoire à moi que je veux qu’on garde intact. » Avant de conclure : « Mo contan mo pays. Mo rêve, c’est profite l’instant présent. »