Ce qui frappe au premier abord, c’est l’accessibilité de Jamel Debbouze. À aucun moment, l’humoriste ne se la joue star. D’ailleurs, l’artiste n’oublie pas qu’il est un enfant des banlieues et c’est sa bonne humeur et son humour qu’il veut avant tout distiller aux autres. S’agissant des billets « already sold out » pour ses deux représentations — demain à 21 h au Centre Swami Vivekananda et samedi 16 mars —, Jamel se dit très touché par l’accueil chaleureux qu’on lui a réservé. « Je sens que je suis le bienvenu. Maurice, je reviens quand tu veux ! » La rencontre a eu lieu hier au Lux* Hotel, Grand-Gaube.
Invité à donner un avant-goût de son spectacle, il répondra tout de go : « Rien n’est gagné d’avance. Je dois d’abord ressentir l’envie du public. C’est encore plus touchant, vu que je me produis pour la première fois à Maurice, j’ai besoin de sentir les gens. Il y aura plein de surprises. Je parle un peu mauricien. Je sais que votre premier ministre, c’est Navin Ramgoolam et qu’il est très réceptif à notre humour. » Et de laisser échapper dans un large sourire : « Cela va être un grand moment. »
Jamel est attachant, convaincant, il taquine les journalistes, prend la pause devant l’objectif, signe volontiers autant d’autographes que vous lui demanderez pour votre famille. Revenant sur la dimension qu’il donne à ses spectacles, l’humoriste dira s’inspirer d’abord du pays hôte. « Je ne peux pas jouer deux fois le même spectacle. Il me faut débuter par une improvisation théâtrale. Pour Maurice, je prendrai d’abord la température locale. »
Sur scène, c’est la spontanéité qu’il affectionne, mais, admet-il, tout dépend de son humeur. Et, il y va de ses blagues ! Jamel raconte qu’à son arrivée à Maurice, un chauffeur lui a tout expliqué… « Cela démarre par les plaques d’immatriculation… On ne dit pas mandarine, mais tangerine. On ne prononce pas les “r” à Maurice et les Mauriciens sont très loquaces. Je pose mes questions et j’obtiens tout de suite des réponses. »
Au Lux* Hotel hier, c’est une conversation amicale que Jamel a partagée avec les journalistes, répondant à leurs questions, tantôt faisant des entourloupes, tantôt distillant quelques paroles drôles. Et lorsqu’il aborde son spectacle au titre prometteur « Tout sur Jamel », on a envie de le titiller pour savoir s’il évoquera son passage de l’ombre à la lumière, s’il parlera des choses intimes de sa vie. « C’est une façon de me rapprocher de moi. Il m’est arrivé des choses extraordinaires dans ma vie. J’ai été dans des contrées improbables. Quand j’évoque mon mariage, la naissance de mes deux enfants. Mon mariage, tiens donc… cela a été un bordel international. Un Marocain qui épouse une catholique, la mixité d’un couple, c’est toujours un sujet intéressant en 2013. »
Son rire sur scène sans stress ni trac, Jamel avoue ne pas avoir de recette. « Si je suis bien reçu, j’oublie tout le reste et je me lance. » De Jamel Comedy, il dira qu’il en avait marre d’être seul sur scène et qu’il voulait se retrouver avec d’autres talents. « C’est un moyen de progresser, d’être plus en confiance. Les comiques ont beaucoup de mal à évoluer quand la salle est éclairée et que le public les voit. Il faut dépasser cette peur et se surpasser. Comédien est un des métiers les plus faciles, il suffit de savoir raconter des histoires qui touchent. »
« Pa rod sikann »
Jamel confie sans détour qu’il peut rire de tout mais, insiste-t-il, « je n’aime pas vexer les gens. Comment tu dis charrier en Kreol, c’est ça… Pa rod sikann. Si ma blague blesse, j’arrête tout de suite. Car, dans l’humour, il y a aussi des sujets qui fâchent. Rire et faire rire, c’est un médicament formidable, cela m’a permis de surpasser plein de choses, moi qui ne suis ni grand, ni beau, ni fort. »
Son rire à lui, il le veut comme un message, un peu à la manière de Charlie Chaplin, son idole, qui, dit-il, a raconté la misère mieux que personne et cela sans dire un mot. « Le rire dans le silence, faut le faire et Charlie Chaplin l’a fait en étant présent dans toutes les maisons. » Jamel dira aussi que sa mère a été la première personne à le faire rire : « Cela m’a beaucoup marqué. On n’était pas riche. Quand on vit des choses graves dans la banlieue, on se contente de peu. Mon autre idole a été Smain, car il me ressemble. »
Parlant de la remarque du metteur en scène Jean-Luc Moreau qui l’a traité de “sale gosse”, Jamel est d’avis que parfois les choses peuvent être mal rapportées ou interprétées, car Jean-Luc Moreau, lui a envoyé un texto disant : « Tu restes une rencontre poétique et créative. » Poursuivant : « Il est toujours important pour les journalistes de vérifier leurs sources. L’info va vite, heureusement tout est ok. »
Son succès, il le doit aux bons choix qu’il a faits dans sa vie. « L’humour français est donné par les Marocains. L’intégration est véritablement en marche. »
À la question de savoir quel a été le plus beau compliment reçu de l’un de ses fans, Jamel hausse les sourcils et dit : « Vous connaissez Jean Marie Le Pen. C’est quand une dame de Montpellier m’a dit : “Vous m’avez donné envie de voter pour l’extrême droite.” »
Dans ce métier, confie Jamel, le plus dur est de faire rire. « L’humoriste peut aussi faire pleurer, c’est une corde en plus. J’ai envie de faire cela toute ma vie. Si vous me demandez quel autre métier j’aurai pu exercer, j’avoue ne pas savoir quoi répondre. Quand on a grandi sans rien, on a juste envie de se faire plaisir et c’est cela ma vocation, je fais rire les autres, parce que cela me plaît. C’est vrai, ce n’est pas marrant non plus de faire rire à chaque fin de phrase. Tiens, quand je vais acheter mon pain, on me dit “t’es pas drôle”. S’il fallait être drôle tout le temps, ce serait troublant. Je suis un humoriste qui essaie de rester au plus proche de moi-même, sans me mentir. Moi, je gère bien la célébrité, je ne suis pas Beyoncé. » Et de conclure : « Quand la salle est pleine à craquer, je suis surpris et je me dis que je suis tiré d’affaire, les gens viennent pour que je les fasse rire et c’est mon unique plaisir. »