Vêtu d’un polo et d’un short noir, Karl Brasse est en pleine répétition lorsque nous le rencontrons dans le petit studio de son frère aîné à Roches Brunes. Entouré de Mike Oger (claviers), Priscilla Oger, Joëlle Husseiny et David Grenade (chanteurs/choeurs), il enchaîne les morceaux qui vont être interprétés le dimanche 5 février au centre Swami Vivekananda, en première partie du concert de Frédéric François. Du haut de ses 71 ans, Karl Brasse n’a rien perdu de sa superbe. 
En dépit d’une douleur au genou qui le tenaille de temps en temps, il a toujours le mot pour rire. Lorsqu’il a sa guitare à la main, plus rien ne semble exister. Ses doigts jonglent frénétiquement sur son instrument fétiche, et le voilà dans une sorte d’extase. On ressent le plaisir qu’il éprouve à jouer. “Cela vient du coeur”, nous confiera-t-il plus tard.
Cette passion semble être contagieuse : ceux qui chantent et jouent avec lui sont aussi transportés. Malgré leur jeune âge, ils semblent éprouver le même plaisir à interpréter ces morceaux “que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître”. Mais Karl Brasse confie, en toute simplicité : “J’apprends beaucoup d’eux lorsque nous interprétons des chansons récentes; ils ont également beaucoup appris de moi.”
Bien gâté
En dépit du sérieux de l’exercice de préparation pour ce grand rendez-vous aussi inattendu qu’inespéré, la bonne humeur est présente. Les plaisanteries fusent à chaque pause. La complicité du groupe est manifeste. Sans se prendre la tête, chacun essaye de s’imaginer sur scène en fonction du répertoire choisi. Karl Brasse affirme que les amoureux des chansons des années 60, 70 et 80 vont être servis, avec les Lonely a man without love, Marilou, Couleur café, etc.
Affable et humble, Karl Brasse est un musicien à la fois connu et méconnu, en dépit de sa très longue carrière musicale sur la scène locale et internationale. On l’a souvent vu à la télévision, aux côtés de Gérard Cimiotti, pour des concours organisés par la MBC.
Mais malgré tous ses mérites et la promotion musicale de Maurice à l’étranger, il n’a obtenu aucune reconnaissance à ce jour. En dépit de ses affirmations et même s’il déclare sans ambages qu’il n’a pas besoin de cela pour vivre, on sent que c’est quelque chose qu’il digère mal.
Karl Brasse confie que la vie l’a bien gâté. Sa satisfaction réside dans la joie qu’il éprouve de pouvoir faire plaisir aux autres et leur faire se souvenir de leur jeunesse à travers des morceaux que l’on n’entend que très rarement. “J’ai une épouse qui m’a toujours soutenu et des enfants et petits-enfants formidables. Je suis comblé. Je suis satisfait de mon parcours.”
Souvenirs
Sa virtuosité ne fait aucun doute. Mais on connaît peut-être moins son parcours, qui a débuté alors qu’il avait à peine six ans, sur un instrument de fortune fabriqué par son grand frère – du fil de fer étiré sur une boîte de hareng, faisant office de cordes et de caisse d’une guitare. Ayant hérité de l’oreille fine de sa mère, il a appris à jouer du banjo, avant de se consacrer à la guitare lorsque son frère a délaissé le domaine musical. Il sortait à peine de l’adolescence.
De fil en aiguille, Karl Brasse se fera connaître en jouant dans des boîtes de nuit, pour des soirées d’anniversaires et des cérémonies nuptiales, au sein des différents groupes auquel il a appartenu. Lorsque l’industrie touristique a démarré ses activités dans les années 1970, il a fait partie des premiers musiciens à se produire dans des hôtels. Des souvenirs qu’il évoque avec un sentiment mitigé, car il a dû faire face à certaines difficultés et aussi parce que c’est une activité qui s’est faite souvent au détriment de sa famille.
Mais, en bon vivant, Karl Brasse préfère ne retenir que les bons moments qu’il a connus grâce la musique, ainsi que les rencontres et les voyages qu’il a pu faire.
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À la rencontre de son idole 
Karl Brasse ne joue pas que des reprises. C’est aussi un compositeur qui a écrit plusieurs valses dédiées à ses enfants. Il a également abordé d’autres styles comme la polka, le paso doble et le séga. Il espère pouvoir sortir un CD, qui est en préparation en ce moment.
Le 5 février, au-delà de la joie de pouvoir se produire sur la scène du Swami Vivekananda Centre, Karl Brasse aura le plaisir de rencontrer l’une de ses idoles, Frédéric François.