Programmé sur la scène du Sapin, samedi dernier, Philippe Thomas Syndicate pose ses accords jazzistiques dans une forêt de funk pour faire briller les notes du trompettiste. Pointu comme une flèche, le jeu de cette formation est réglé comme du papier à musique. Un point c’est tout. Rencontre.
La nouvelle formation du trompettiste Philippe Thomas fait sa route musicale sur les airs d’un jazz libre. Une sonorité ouverte vers les autres genres, une recherche constante pour accrocher le funk et son ségajazz dans un répertoire rodé et mesuré. Le trompettiste est ici en quête d’une nouvelle évasion. S’entourant de Christophe Bertin (batterie), Danny Louison (clavier), Steven Bernon (basse) et Samuel Laval (saxo), il donne une nouvelle voie à sa carrière.
Après avoir longtemps été le sideman idéal de nombre de musiciens, Philippe Thomas concrétise une de ses plus vieilles ambitions, monter une formation autour de son nom. Sans prétention aucune, le musicien souligne que cette démarche s’inscrit dans une volonté de mettre ses compositions en musique dans une orchestration qui corresponde à sa vision. Avec le Syndicate, il prend, aujourd’hui, du plaisir à jazzer sa trompette.
Zawinul.
En hommage à Joe Zawinul, mais aussi à Miles Davis, l’appellation de cette formation porte la signature d’un certain Gavin P. Et dans ce clin d’oeil au boss de feu Weather Report, la formation de Thomas cultive l’art de l’exploration. D’ailleurs, dira le batteur Christophe Bertin, le Syndicate est en « phase d’exploration et de découverte ». Après quelques mois de réunions musicales, la bande s’est produite au Blue Bamboo (qui n’est plus) et ailleurs, s’orientant vers un jazz aux accents funk, calculé, maîtrisé et droit. « C’est une structure où on se sent à l’aise. Il y a beaucoup d’ouverture et de richesse dans la composition avec toujours des thématiques », souffle Philippe Thomas.
Répertoire.
Le jeu du Syndicate tourne beaucoup autour des compositions de Philippe Thomas. Il reprend aussi des titres de Segazz (le trio de frères Thomas) sans oublier les standards de jazz. Le groupe privilégie le rythme dans sa prestation. « J’aime donner du rythme à ma musique. Et avec le segazz, on réussit à apporter une dose de dynamisme et de vivacité », conte Thomas. Pour l’heure, en phase de « prestation », les syndiqués du jazz ne pensent pas à un album, même si cette suite logique devrait prendre bouture avec le temps. Mais, il ne fait pas partie de l’actualité de Philippe Thomas Syndicate. Un disque viendra après cette phase de connaissance de l’autre sur un point de vue musical et avec le peaufinage du répertoire. Les « mathématiciens du jazz » sont à l’oeuvre pour trouver la formule qui corresponde à leur équation.
Diversité.
La force de cette formation, observe Christophe Bertin, est dans la diversités des influences de chaque musicien. L’assemblage des genres apporte au final une fraîcheur à la musique du Syndicate. Musicalement ça va dans la voie du « new jazz ». Toutefois, précise Christophe Bertin, « on ne fait pas du new jazz, mais l’esprit de ce concept nous interpelle. On est un peu dans cet état d’esprit mais avec notre vision des choses ».
Sans voix.
Dans ce que propose Philippe Thomas, la construction n’est qu’instrumentale. Mais il ne ferme pas la porte à des voix. Toutefois, il ne veut s’aventurer dans cette voie, préférant structurer et dynamiser la base musicale du groupe pour ensuite être armé pour y ajouter des timbres vocaux dans son écriture. « On reste ouvert à tout. Ce qui compte pour nous c’est l’exploration. On est dans une phase de connaissance de l’autre… en mode découverte », dit le Syndicate.
Restez à l’écoute, le jazz va bientôt syndiquer son monde à coup de trompette.