Le groupe Rafal a invité le public en début de semaine à une rencontre avec le père Henry Souchon. Un moment d’intense émotion où le prêtre a refait le parcours de sa vie.
Qu’importe leur communauté religieuse, les Mauriciens sont unanimes à reconnaître que le père Henry Souchon fait partie des figures locales incontournables, dont l’apport à Maurice aura été impressionnant à plus d’un titre. Fort de ce constat, le groupe Rafal a invité le public à le rencontrer. L’occasion, surtout, d’écouter le père Souchon narrer quelques épisodes importants de sa vie.
Comme l’explique Raheem Gopaul, du groupe Rafal, l’idée de cette rencontre a germé l’an dernier au cours d’un Forum organisé au Collège Royal de Curepipe pour trouver des réponses à la question : « C’est quoi l’humanisme ? » Le père Souchon, raconte-t-il, était l’invité d’honneur. Il a distillé quelques anecdotes ayant trait à ses années de collège au RCC. « C’était dans les années 40, et le racisme blanc / non-blanc était alors bien ancré dans les moeurs du pays. À cette époque, les élèves du Collège Royal de Curepipe étaient soit blancs, soit de couleur. Et il en était de même pour les professeurs. »
Cette rencontre de mardi au Centre social Marie-Reine de La Paix avec le père Souchon a été des plus chaleureuses. « Venez plus près, car je ne vais rien entendre sinon », lâche-t-il d’emblée. Le prêtre, âgé de 88 ans, a conservé une bonne mémoire. « À Curepipe, au pied du Trou-aux-Cerfs, il y avait la maison de mon grand-père Chazal. Ma mère était la soeur de l’oncle Malcom. La vie était différente en ce temps là. Ene sou, ene gato piment. » Il relate que son père a rencontré sa mère dans un bal. Sur la 11e valse, « c’était inévitable qu’ils étaient faits l’un pour l’autre ».
Le père Souchon se remémore encore ce plant de jambalac qui se trouvait dans la cour de son grand-père. Et aussi de ces parties de pêche aux chevrettes et de ces quatre pommes d’amour qui les accompagnaient en rougaille. « Le football représentait tout pour moi. Je me revois au Dodo Club, jouant une partie de foot sur le terrain. Et surtout de ma rapidité à mettre un goal avec la tête. Et le soir, je n’arrivais pas à dormir. C’était un moment émouvant pour moi. »
Henri Souchon relate les instants où il s’est enrôlé pour la guerre et, à son retour, de son travail à l’usine. « Je me souviens avoir dit avec enthousiasme : ‘je veux faire le travail de tous ceux qui travaillent à l’usine’. Je chargeais des sacs dans le wagon et, en m’apercevant que je les mettais à chaque fois de travers, j’ai vite déchanté. » Il s’attardera ensuite sur cette bourse qui lui a été offerte à Londres, mais qu’il déclinera finalement en disant qu’il voulait se faire prêtre. « J’adorais faire des virées sur la moto du cardinal Margéot. J’étais alors un enfant de choeur. »
Détenteur d’un baccalauréat en philo et d’une licence en théologie, le père Souchon a vécu sa vie de prêtre en précisant en avoir vu de toutes les couleurs. « J’étais plus qu’un prêtre : je me faisais un devoir d’être au coeur de l’actualité. Je me souviens de cet adorable enfant criblé de plombs qui avait été tué par inadvertance par la police à Ste-Croix. Un photographe d’un quotidien avait pris ce cliché. Si cette photo avait été publiée, le lendemain, assurément, cela aurait provoqué des émeutes dans le pays. Heureusement, elle n’est jamais parue. J’ai fait un séjour en prison pour défendre la cause des journalistes. Le fait d’avoir défendu la liberté de la presse, c’était une de mes plus nobles causes. »
Il glissera au passage quelques anecdotes dont la célébration d’un mariage mixte. « Le père de la mariée nous attendait devant le parvis de l’église avec un revolver à la main. J’ai pris le marié à un bars et la mariée à l’autre. Et je les ai conduits à l’église. Le père n’a pas tiré. » Aujourd’hui, quand il repense au parcours de sa vie, le père Souchon reconnaît que l’endroit où il se sent le mieux reste Port-Louis. « Ma fierté est d’avoir pu donner à manger à plus d’une centaine de clochards et d’assurer un avenir à des petits recalés, les 4F. »