Les consultations entre le Premier ministre et le leader de l’opposition se sont terminées par un coup de théatre hier lorsque le “fine tuning” attendu sur la réforme électorale et la Deuxième République a finalement été gelé. Tout laisse croire que c’est une proposition de Navin Ramgoolam en faveur d’un Président à la française, élu donc au suffrage universel, qui aurait fait capoter les négociations.
Le Premier ministre a, dans sa déclaration à la presse, expliqué que c’est “l’accountability” d’un Président de la République, avec des pouvoirs accrus, qui auraient été au centre des désaccords entre les deux dirigeants. « À qui serait-il redevable ? Qui l’empêchera d’agir à sa guise ? » avait demandé le Premier ministre hier. C’est dans ce contexte qu’il serait venu avec la proposition d’un président élu au suffrage universel, comme c’est le cas en France. C’est donc toute la question du pouvoir présidentiel et du partage de pouvoir avec le Premier ministre qui divise les deux hommes. Or, le MMM a toujours été contre ce mode d’élection présidentielle à chaque fois que la question est revenue sur la table lors des précédentes discussions entre le parti et le PTr.
Un autre point de désaccord serait le seuil d’éligibilité. Navin Ramgoolam a rappelé hier que le “consultation paper” propose un  niveau de 10%, mais qu’il reste cependant flexible sur la question. Le MSM propose un taux de 7,5%, le PMSD de 5% et d’autres, des taux encore inférieurs. Il semblerait que le Premier ministre ait proposé un niveau de 8,5% et un député élu. Les discussions seraient encore ouvertes sur la question.
Le leader du MMM, Paul Bérenger, n’a pour sa part pas encore fait de commentaires officiels au sujet de la rencontre d’hier en attendant la réunion du bureau politique de son parti cet après-midi. Cependant, à Saint-Pierre hier – lors d’une réunion du comité régional –, il a fait comprendre que la réunion n’a pas été positive. Il a rappelé l’importance qu’il accorde à la réforme électorale, pour laquelle, dit-il, il « milite depuis 30 ans », mais qu’il n’a pu introduire entre 2000 et 2005. Il a reconnu que le MMM et le PTr n’ont pas de grandes différences de vues sur la réforme électorale. Cependant, il a fait part de son impression selon laquelle, pour Navin Ramgoolam, il ne peut y avoir de réforme électorale sans une alliance avec le PTr. Concernant la Deuxième République, Paul Bérenger rappelle que ce projet comprend les pouvoirs du Premier ministre et du Président, les circonstances dans lesquelles ce dernier peut révoquer le Premier ministre autant que sur celui qui présidera le Conseil des ministres. C’est à ce niveau que se trouve le blocage au niveau des consultations. Par ailleurs, Paul Bérenger estime que le Remake, tel qu’on l’envisageait jusqu’ici – avec une répartition 30/30 des candidats – appartient déjà au passé. Il estime ainsi que si le PTr est arrivé au pouvoir en 2010, « c’est grâce au MSM ». Et de déplorer que ce parti veuille donner l’impression qu’il est plus critique vis-à-vis du PTr que le MMM aujourd’hui. Il a reconnu que, depuis janvier, le Remake a « connu des râtés » et qu’il était, à un certain moment, « au bord de la rupture ». La possibilité que le MMM aille aux élections seul, ou avec un “junior partner” – comme en 2010 –, n’est pas écartée. Une réunion du bureau politique du MMM est prévue cet après-midi, suivi d’une réunion du comité central. L’assemblée de délégués, prévue pour le 1er-Mai, est maintenue.
Interrogé ce matin par Le Mauricien, le secrétaire général du MSM, Nando Bodha, n’a pas fait de déclarations. Il a toutefois annoncé une réunion du bureau politique de son parti et une conférence de presse demain.