La Nuit du Seggae aura lieu le 7 juin prochain au stade Kaya, à Roche-Bois. Plusieurs artistes seront sur scène afin de célébrer l’anniversaire de cette musique que tous s’accordent à qualifier de 100% mauricienne. Car il faut le rappeler, le seggae est né d’une fusion entre le reggae roots de Jamaïque et le séga, musique purement locale. Un “héritage” musical laissé par Kaya. À l’initiative de Bruno Raya (Live and Direk Entertainment) et en collaboration avec Zanfan Roche-Bois, entre autres, ce concert sera l’occasion de célébrer les “25 an seggae zwe”. Quelques-uns des artistes qui seront sur scène le 7 juin parlent du seggae, qui “véhicule un message d’unité, d’amour, mais aussi qui dénonce les injustices”.
Bruno Raya : “Le seggae : la voix de millions de voix”
Il est l’initiateur de l’évènement. Pour Bruno Raya, le seggae fait indéniablement partie de la culture mauricienne : “Le seggae est 100% mauricien, né après l’indépendance et qui a réuni le peuple. À aucun moment, cette musique n’a été source de division.”Et d’ajouter: “Seggae se lavwa de million vwa, enn lamizik ki dir o e for bann zafer ki pe pase enba. Enn lamizik federatris, ki amenn linite, ek enn lamizik militant an term artistik. Atraver lamizik seggae, mesaz ki bann artis pe rod pase se bann solision a la sosiete. Li adres a tou kominote ek kan li denonse, li denons pou tou kominote.”Ainsi, estime-t-il, le seggae a contribué “politiquement, musicalement, socialement, artistiquement et spirituellement”.
Selon lui, le seggae aurait pu servir de brandingpour l’île Maurice, comme en Jamaïque Bob Marley et Ussein Bolt sont des personnages symboliques qui aident à valoriser leur pays. “L’océan Indien n’a pas dit son dernier mot aux pays européens. Nous nous devons de montrer nos puissances, nos originalités, tel que le seggae. A travers les artistes, le seggae a prouvé sa force”, soutient-il en rappelant le grand concert de Kaya dans les années 90 qui a réuni plus de 40 000 personnes et également l’album de Ras Natty Baby & Natty Rebels (“Nouvel Vision”) qui a été l’album plus vendu à Maurice. Le seggae a également une dimension internationale, rappelle-t-il. “Se enn mari leritaz ki Kaya inn kite pou nou. Si nou pa donn li konsiderasion ki bizin, nou pou gagn linpresion ki li’nn mor, me non. So mama séga ek so papa reggae imortel, e seggae zame pa pou mor”, dit-il avant d’ajouter : “Seggae is still alive and will nerver die!” Après ce premier concert, Bruno Raya compte bel et bien renouveler l’évènement, et considère même l’éventualité d’un Festival du seggae. Outre Kaya, il a une pensée spéciale à Percy Ip Tong et Georges Coret (aka Colonel), “deux personnes pour qui j’ai du respect car ils y ont cru et ont contribué à l’évolution du seggae”.
S’il a choisi la stade Kaya, à Roche-Bois, pour la tenue du concert, c’est pour plusieurs raisons: “C’est le seul stade qui porte le nom d’un artiste! C’est aussi là que Kaya et son cantique nouveau sont nés.
 
Jerry (de Jerry and The Resistance) :“Se to lam ki sant seggae”
Ils font partie de ce qu’on appelle la “jeune génération”. Formé en 2005, le groupe Jerry and The Resistance a sorti son deuxième album intitulé Leritaz seggae en mars 2013, après un premier album de variétés en 2008. Ils seront sur la scène de la Nuit du seggae. “Le concert est une grande opportunité pour le seggae. Nous n’avons eu majoritairement des concerts de reggae mais là ce sera la nuit du seggae qui se produira sur la “terre sainte” de Roche-Bois.” 
Son conseil aux jeunes : “Sak artis bizin saisi sa latmosphere la ek exprim so seggae kouma enn vre santiman. Kan nou dir seggae, se le feeling avant tou. Nou bizin gard sa ligne rastaman la et kan nou koz rasta nou dir respe. Seggae se enn zafer pozitif, se pa enn banalite.” Pour Jerry, lead vocal du groupe, cette musique lui permet d’exprimer ses souffrances et ses difficultés. “Seggae se enn lamizik ki fer pran konsians ek ki koz lasoufrans. Se to lam ki sant seggae, to exprim to feeling.” Le seggae reste un lieu d’expression où le seggaeman “dégage son feeling le plus profond. Comme l’a dit Kaya, ‘sa lamizik enn bon zafer… blie nou la haine ek nou faiblesse.’”
 
Linzy Bacbotte-Raya : “Un honneur pour moi en tant que femme”
Elle sera la seule femme à monter sur scène au concert. “J’ai évolué dans le séga et puis je suis tombée sur le seggae par hasard, mais je suis très contente de ça. Mon premier seggae était ‘Soleil’”.Pour Linzy Bacbotte-Raya, le seggae amène de la chaleur dans le monde de la musique et il est communicatif. “C’est un honneur pour moi de chanter le seggae”, dit-elle. Et d’ajouter que si “c’est, à l’origine, une musique masculine par rapport à son engagement, il y a de plus en plus de femmes qui viennent au-devant de la scène avec le seggae. Aujourd’hui, nous nous devons de remercier ce grand homme qui a su voir le juste milieu entre le séga et le reggae.” De plus,“le seggae véhicule un message spirituel, c’est une façon pour nous de militer et de toucher les gens. C’est un cantique nouveau. En tant que l’unique femme à monter sur scène le 7 juin, je fais appel à toutes les femmes pour qu’elles viennent me soutenir et j’invite toute la population, surtout les femmes et les fans de venir en grand nombre ce soir-là.” Linzy Bacbotte-Raya promet que la soirée sera exceptionnelle et que plein de surprises attendent le public.
 
Ras Natty Baby : “Le seggae représente l’évolution de la musique mauricienne”
Il est un des pionniers du seggae, avec Kaya. “Seggae finn ena enn évolution. An 1989 Kaya ek Racinetatane ti fer tann seggae pou premier fwa apre mwa monn vinn an 1990. Finn ena bokou divergence dan le milieu artistik, notamment la crainte ki seggae pe vin touy sega. Me li ti enn crainte non fonde parski seggae inn ne apartir sega, donk sans sega seggae pa kapav existe. Zordi, avek lavennman de la teknologie, finn ena lezot influence ki’nn grefe avek la base du seggae, notamment raggamuffin ou dancehall, ou ankor lezot. La nouvelle generation li plis friand du moderne ek zot pa tro konn seggae roots. Donc pou sa concert le 7 juin, nou pou fer viv la nostalgie du seggae roots me avek enn touche de modernite de la nouvelle generation.”Ras Natty Baby affirme que le seggae a une place prépondérante dans la culture mauricienne puisqu’elle fait partie du patrimoine. “Le seggae, c’est l’évolution de la musique mauricienne.” Il parle de la complexité de réalisation du seggae, de par son mélange de mesures binaire (reggae) et trinaire (séga). “Cela demande une certaine maîtrise.”
Le pionnier du seggae et l’ambassadeur de ce son 100% mauricien sur la scène internationale revendique sa contribution dans l’évolution du seggae: “J’ai apporté une particularité à cette musique: j’y ai ajouté des sections cuivre, le clavier et le synthétiseur, parmi d’autres apports. J’ai été un des premiers artistes également à donner la chance aux femmes d’être partie prenante du seggae – j’avais des choristes femmes.”Il ajoute:“Certaines lignes de pensée n’aiment pas tellement le seggae pour son côté contestataire. En effet, nous devons nous rappeler que le seggae est né dans une période de contestation et où le pays faisait face à beaucoup d’usures. Mais le seggae, en ce temps-là, a été l’élan de changement aussi bien sur le plan politique qu’artistique. Le seggae transmet des messages forts: il dénonce l’inégalité dans la société et toute la négativité qui existe. Kaya a mis cette musique au-devant de la scène locale, moi à l’international. Nous devons continuer à promouvoir le seggae: c’est à la jeune génération de le perpétuer. Le seggae reste une musique authentiquement mauricienne.”