A 44 ans la mère est multiple championne de Maurice en volley-ball et fait partie de l’équipe Goodlands Young Stars. La fille, 19 ans, également volleyeuse, brille au sein du Tranquebar Black Rangers. Ce tandem aussi glamour que sportif exerce aussi le  même métier dans la sphère de la coiffure et de l’esthétique. Stéphanie et Alexie Elmire, c’est l’histoire de multiples passions partagées.

Rivales sur le terrain, associées au travail, complices dans la vie, mère et fille se ressemblent à bien des égards. Le même sourire, la même spontanéité mais aussi et surtout le même souci de se dépasser au quotidien autant dans leur profession que sur le terrain. A 44 ans, Stéphanie Elmire est mère de deux enfants. A son grand dam, son cadet Adriano, 15 ans, préfère le foot au volley. Par contre, Alexie, 19 ans, a le volley dans le sang tout comme elle. Une fille qui lui apporte “énormément de bonheur et fait la fierté de toute la famille.”

La touche glamour.

La famille Elmire est originaire de Madame Azor, Goodlands. C’est justement dans cette localité du nord que les volleyeuses tiennent un salon de beauté depuis trois ans. Stéphanie compte 17 ans comme coiffeuse. Cette dernière a insufflé sa passion pour la coiffure à Alexia, qui s’est à son tour spécialisée dans l’esthétique. “J’ai toujours observé ma mère travailler et je guettais ses moindres faits et gestes quand elle faisait par exemple un brushing, une coupe, une coloration. Du coup, j’ai naturellement développé un amour pour la coiffure depuis toute petite.” Sa mère fait remarquer qu’Alexia n’a suivi aucun cours et qu’elle a appris le métier sur le tas. Souhaitant apporter un plus au salon de coiffure elle a suivi des cours d’esthétique. “Comme pour le volley, la coiffure nécessite énormément de patience et d’amour”, fait remarquer la jeune femme.

Le prix d’une passion

Stephanie Elmire a été médaillée d’or aux Jeux des Iles de l’Océan Indien (JIOI) de 1993. Sa fille a, pour sa part, brillé lors des derniers JIOI dans la sélection féminine de volleyball de Maurice où l’équipe a reçu le bronze. Le premier supporteur d’Alexie, est bien entendu, sa mère. Cette dernière n’a raté aucune des rencontres de l’équipe de volleyball de Maurice. “J’étais dans les gradins pour soutenir mon pays mais avant tout pour encourager ma fille.” Pour Stéphanie Elmire, c’était surtout une fierté de voir que l’élève avait dépassé le maître. “Elle a livré une performance étonnante. Autour de moi, on me disait que ma fille avait pris ma place. J’étais tellement fière qu’elle ait dépassé mon niveau.”

Cette fierté se lit clairement dans les yeux de la mère. Stéphanie Elmire est issue d’une famille très modeste. Au contraire de ses sœurs beaucoup plus réservées, elle raconte avoir toujours “été un peu plus fonceuse et dynamique.” Très à cheval sur la discipline, sa mère n’était pas favorable qu’elle fasse du volley. “Pour toutes ces raisons, je n’ai eu aucun soutien de ma famille. J’économisais mon argent de poche pour payer mon transport et aller à mes entrainements. Faute de sous, j’empruntais les équipements et tenues sportives de mon cousin.” Au contraire des autres volleyeuses dont les proches étaient présents dans les gradins pour les encourager, Stéphanie n’avait personne derrière elle. “ Ils ne sont jamais venus à un de mes matchs. J’ai souvent été en larmes pour ce manque de soutien bien que les choses soient différentes aujourd’hui.”

 

Malgré tout, la jeune femme ne s’est pas laissée démotiver et a foncé vers ses objectifs. Sa ténacité a été payante. Elle a débuté le volley à 14 ans avec l’équipe de son village pour intégrer plus tard le Centre National de Formation de Volley Ball sous la houlette de Georges Appadoo. Stéphanie Elmire sera multiple championne de Maurice avec la Fire Brigade et le Vallijee Citizen. Elle est aujourd’hui à 100% derrière sa fille, “A aucun moment je ne souhaite qu’elle ressente la même chose que moi, qu’elle se sente esseulée ou sans direction.”

Passions partagées

Consciente de l’apport de sa mère dans sa réussite, Alexie fait ressortir que si “elle ne m’avait pas autant encadrée, je n’aurais pas eu le même parcours. Maman m’a beaucoup guidée et encouragée.” Comme dans tout sport, on a souvent des moments de découragements. “Nous habitons Goodlands mais j’étais scolarisée à Pailles. A  un certain moment, j’étais dans une équipe beaubassinoise. Pour m’entrainer, je devais tous les jours me rendre dans cette ville puis faire le trajet retour jusqu’à Goodlands. Cela impliquait me réveiller aux aurores pour rentrer à la maison à pas d’heure. J’ai du faire beaucoup de sacrifices mais heureusement que maman était derrière moi.” Elle avait 10 ans quand toute la famille était partie en Italie pour une durée de cinq ans. Faute de trouver une équipe, Stéphanie Elmire marqua une pause en tant que volleyeuse, alors que la passion de sa fille pour ce sport ne fait que grandir. “Elle a intégré une équipe où elle a appris les rudiments du volley. Si elle est à ce niveau aujourd’hui, c’est aussi grâce à la base qu’elle a reçue en Italie.”De retour à Maurice, mère et fille ont rejoint l’Union Sportif de Beau-Bassin/Rose Hill. Quelque temps plus tard, Alexie est invitée par l’Azur SC pour jouer comme Guest Player à Madagascar. Elle signera par la suite avec cette équipe pendant deux ans avant de rejoindre l’équipe que sa mère avait fondée entretemps à Goodlands.

Pourtant, la joueuse du Tranquebar Black Rangers confie que :“Ce n’était pas le sport que je voulais pratiquer au début parce que je ne voulais pas que les gens disent que maman et fille sont pareilles.” Stéphanie surenchérit : “Elle ne voulait pas entendre parler de volley. Nous avons eu beaucoup de petits conflits à ce sujets.” Aujourd’hui, Alexie est pourtant accroc à ce sport qui est beaucoup plus qu’un jeu pour elle. “En pratiquant le volley, j’ai découvert des facettes insoupçonnées de ma personnalité comme l’esprit d’équipe, la confiance en soi et l’art de se dépasser.”

Duo glamour

Selon Alexia, n’est pas la fille de Stéphanie Elmire qui veut. Cela apporte aussi son lot de pression. Mère et fille se sont retrouvées à deux reprises dans la même équipe. “Ma mère était exigeante, voire plus, avec moi. Je n’avais aucun traitement de faveur.” Stéphanie rajoute que si dans leur métier elles n’ont jamais de conflit, c’est autre chose dans le volley. “Je n’accepte pas forcément les fautes qu’elle peut faire à son niveau.” Par contre, l’expérience était très enrichissante pour Alexia. D’ailleurs, “Ce n’est pas tout le monde qui a la chance de jouer avec sa mère. Elle m’a poussée à me surpasser, m’a fait prendre conscience de mes limites comme de mes points forts.” Les deux femmes sont aussi souvent concurrentes sur le terrain. “Quand c’est le cas, ils sont nombreux à nous charrier. Des commentaires fusent de toutes parts, comme quoi je vais me faire éjecter de la  maison.” Certains entraineurs profitent aussi de cette situation pour tenter de déstabiliser l’adversaire. “On n’hésite pas à me positionner devant pour intimider Alexia” qui avoue pour sa part être parfois dans l’incapacité de jouer.

Smash de fin

Néanmoins, ce tandem mère-fille à une complicité rare. “Alexie est beaucoup plus que ma fille. Elle est comme une sœur, une complice mais aussi une confidente. Nous nous confions tout.” Elles disent également penser souvent à la même chose et se lancent de ce fait sur les mêmes conversations. Outre de travailler des heures dans la même pièce, elles sont aussi inséparables.

Stéphanie qui compte plus de 30 ans d’expérience dans le volley n’est pas prête de lâcher le ballon. Evoluant sein du Goodlands Young Stars, elle y encadre aussi les jeunes pour les aider à s’intégrer mais aussi pour éviter qu’ils ne  tombent dans les fléaux sociaux. La mère souhaite avant tout les voir s’épanouir dans le volley et comme c’est le cas pour Alexie, dépasser leurs limites et atteindre un bon niveau. “Aujourd’hui Alexie a la chance de s’épanouir dans ce sport, elle est reconnu et voyage deux à trois fois l’an.”

Très convoitée par des équipes régionales, Alexie rêve de jouer dans une équipe internationale. Elle attend en ce moment une réponse du gouvernement mauricien pour une bourse. Pour sa part, le rêve de Stéphanie s’est déjà réalisé. Celui de voir sa fille suivre ses pas.