Valérie Sénèque est une de ses femmes dont le courage est sans égal. Cela s’entend dans sa façon de parler et se lit dans son regard et dans son sourire qui ne quitte jamais son visage. Enseignante de profession, elle est en congé maladie depuis juin. Elle exerce son métier au collège Lorette de Curepipe où elle enseigne le français. Divorcée, elle vit seule à Mahébourg avec Cedric, son fils âgé de 9 ans. Elle se présente comme une personne très positive. À l’occasion de la prochaine sortie du single Kanser, sur lequel elle chante avec Zulu, elle accepte de partager avec les lecteurs de Sunlights son parcours de battante.
Debout sur le pas de la porte, c’est avec un sourire chaleureux et une humeur joyeuse que Valérie Sénèque nous accueille dans la maison de ses parents qui l’hébergent depuis peu. Il y a deux ans, cette enseignante de 42 ans a découvert qu’elle était atteinte d’un cancer ; aujourd’hui, elle croque la vie à pleines dents. Et même si son état de santé reste fragile, elle garde le moral. Depuis qu’elle a appris qu’elle a un cancer, elle s’est donnée pour mission de démystifier le cancer et briser les tabous qui subsistent autour de la maladie. Tout a commencé en janvier 2011, lorsqu’elle souffrait de douleur au dos. Pensant que c’était un nerf coincé, elle a suivi des sessions avec un chiropracteur qui n’ont rien données. Avril  2011, elle arrive aux Urgences, à la clinique, suite à des douleurs insoutenables au dos. Après des tests effectués, les médecins découvrent des éléments suspects dans la colonne vertébrale. Son cancer, explique-t-elle, « est un cancer du sein avec des métastases osseuses. La tumeur au sein était minuscule au point que ce n’est qu’avec la mammographie qu’on l’a identifiée, mais elle s’était déjà infiltrée aux os, donc ça devait être là depuis un bon bout de temps; ça a fait beaucoup de dégâts. C’est là la difficulté. Le fait que c’est dans les os, c’est beaucoup plus difficile à traiter. »
La nouvelle a été pour elle un véritable choc, même si elle pressentait déjà qu’il y avait quelque chose de grave quand les médecins ont commencé à lui dire « there are some findings » et qu’il y avait d’autres tests à faire. « Ils m’ont donc annoncé qu’avec les findings ils pensaient que c’était un cancer mais que maintenant il fallait trouver la source. Mais j’avais déjà pris la nouvelle en pleine figure. C’était assez dur de gérer cette nouvelle toute seule car mes parents qui devaient me rejoindre n’étaient pas encore arrivés. » Mais grâce à sa force naturelle, « j’ai rebondi assez vite. C’était d’abord les grandes crises de larmes, la panique, tu imagines la mort, tu penses à ton petit et tout. C’était aussi dur pour la famille d’apprendre la nouvelle. Mais l’acceptation de la nouvelle est arrivée assez vite. C’est une question de survie aussi. On dit toujours que quand tu es positive c’est 50% de la bataille gagnée, je pense que c’est vrai. »
« Je t’aime maman »
Actuellement ses journées se passent à la maison où elle fait de la lecture et passe des moments en famille. « Et surtout je suis très souvent sur Facebook où je donne de mes nouvelles. J’aime bien sortir, aller au cinéma avec mon petit bonhomme, mais là depuis deux semaines je ne peux pas à cause de mes douleurs aux jambes. » Son fils, Cédric, est un charmant garçon. Sa maman nous explique qu’elle n’a pas hésité à tout lui expliquer dès le départ. Pour se faire, elle a demandé conseil à des psychologues et elle a fait aussi beaucoup de lecture sur le sujet pour pouvoir faire comprendre la situation en douceur à Cédric. Pour elle, c’était important qu’il sache afin qu’il ne reste pas dans l’incompréhension et qu’il ne soit pas dans l’angoisse en voyant les chutes de cheveux, par exemple. « Avec des mots d’enfant je lui ai expliqué ce que c’est que la chimio, la radiothérapie. Et il était capable d’expliquer aux autres ce que c’est. Ce qui a été le plus dur pour lui, je pense, c’est le début de mes chutes de cheveux. Mais Cédric est très bien encadré aussi bien au niveau familial qu’au niveau de l’école. Il a eu beaucoup de chance. Maintenant il m’aide aussi pour les choses simples du quotidien et toujours avec un petit mot d’amour derrière, des ‘je t’aime maman’. »
Le poème du désespoir et de l’espoir
Une de ses passions, c’est l’écriture. Kanser est d’ailleurs, à l’origine, un poème que Valérie avait posté sur Facebook au début de sa maladie. « Pour moi, c’était un petit peu ma mission personnelle de casser le tabou autour du cancer, de ne pas avoir à me cacher la tête parce que j’avais les cheveux qui commençaient à tomber, entre autres. À Maurice, le fait même de prononcer le mot cancer est tabou, même les personnes qui en souffrent ne disent pas le mot, elles parlent de « cette chose-là ». Dans le poème je répète le mot cancer pour dire « n’ayez pas peur de dire le mot » et surtout parce que la personne qui est malade a besoin de soutien, d’écoute et surtout de parler. » Touché par le poème, Zulu, qu’elle a connu à travers Black Men Blues dont elle était fan, propose alors à son amie Valérie de le mettre en chanson. « J’ai trouvé que c’était un grand honneur, j’ai été très touchée par la proposition. Il a trouvé qu’il y avait beaucoup de sentiment. Maintenant que mon poème serait voice out, c’est encore mieux pour ma mission », dit-elle.
Si les paroles du poème parlent de son histoire personnelle, Valérie dédie la chanson à son amie Mélanie Arcante, dans la même situation de santé et familiale qu’elle, mais qui n’a pas survécu à la maladie. « À l’époque, Zulu et moi on s’est dit on fait la chanson pour elle parce qu’elle allait mal, ça aurait été un petit cadeau pour elle mais elle n’a pas tenu le coup malheureusement. Vers fin 2012, on commence à travailler ensemble et Mélanie décède en février. J’étais triste qu’elle n’ait pas pu l’écouter. » C’est lors de ses funérailles que Zulu entend la chorale de Notre-Dame des Anges à Mahébourg dans laquelle Mélanie était très engagée, raconte Valérie. « On a entendu ses amis chanter, c’était hyper émouvant. Zulu les a approchés pour leur proposer de participer au projet en hommage à Mélanie. » Le projet prend forme. « Je ne voulais pas quelque chose de triste bien que ça parle de choses dures et Zulu a compris cela. On a donc fait une mélodie assez joyeuse. » Pour Valérie, le message du single Kanser, qu’elle dédie à Mélanie, c’est un appel à tout le monde, un message à la société : « Ansam anou lite », dit-elle et aussi pour donner courage à toutes les femmes qui sont malades.
Au studio
« Les répétitions se sont passées dans une bonne ambiance, les jeunes étaient très motivés. Le studio était un monde totalement inconnu pour moi. Je ne considère pas que j’ai une belle voix, donc j’ai dû faire et refaire à chaque fois mais j’étais hyper contente et touchée. C’était important pour moi aussi de le faire pour mon p’tit bonhomme pour lui montrer que sa maman avait chanté. Il m’accompagnait par moments. L’enregistrement ne s’est pas passé comme je le pensais parce que quand on regarde les films, les clips et tout ça a l’air facile, mais ce n’est pas le cas. Ça a cassé pour moi un peu la magie dans ce sens-là. Mais le produit final est là. » Ce moment passé dans le studio, elle se sentait dans un autre monde où elle arrivait à oublier la maladie tout en la partageant avec d’autres personnes.
Ses soeurs ont également participé au projet en travaillant sur le design de la pochette. Sur celle-ci on peut voir une femme de dos levant les bras vers le ciel. Valérie explique que cela représente un cri d’espoir. De plus, la couleur rose rappelle également le cancer du sein. À l’intérieur de la pochette, les paroles de la chanson, des photos et une dédicace pour Mélanie. Le single, sponsorisé par l’ONG Link To Life, a été enregistré dans le studio de Richard Hein. Le lancement du single Kanser se fera le 30 novembre à l’occasion de la soirée de gala qui mettra fin au Salon de la mode et des cosmétiques. Il sera en vente à Rs 100 et tous les fonds récoltés lors de cette dernière journée du Salon et avec la vente du CD seront versés à Link to Life pour sa lutte contre le cancer.