Sa peinture transpire le mauricianisme. Plasticien engagé, Yanik Durhone fait de son art une arme pacifique pour faire exploser la réalité mauricienne à la face du monde. Raconter le quotidien d’ici à coups de feuilles de tôles rouillées, transformées en oeuvres plastiques pour converger vers un art mauricien.
Un autre souffle, en 2008, avait ouvert la porte sur l’univers artistique de Yanik Durhone. De retour à Maurice en 2006, après des études en communication visuelle, il voulait orienter son art vers l’interpellation. Que sa peinture puisse véhiculer un message et sensibiliser sur un propos.
Son art s’appuie sur trois axes: l’économique, le culturel et l’écologie. “Mon but est de montrer comment on vit à Maurice, dans la réalité la plus crue qui soit. Évitant ce côté pittoresque, “carte postalesque”, qu’on expose pour vanter le pays.” Sa peinture est à ses yeux un miroir renvoyant l’image d’une île qui fait face à beaucoup de problèmes. Parler de ces problèmes n’est pas une mauvaise chose. Au contraire, cela contribue à une prise de conscience, qui mènera par la suite à un changement de comportement. “Comme Triton s’engage en musique pour son île, j’avance dans cet état d’esprit par le truchement de ma peinture.”
Contexte.
Son univers artistique prend forme sur tous les formats, sauf les surfaces blanches du canevas. Yanik Durhone veut promouvoir les supports d’ici. Histoire de bien ancrer sa vision dans un contexte mauricien. Il ne fait aucun lien entre sa technique et les mouvements d’ailleurs comme l’art brut ou le dadaïsme. “J’évite de me renfermer dans une bulle. Chaque art prend forme selon une conjoncture précise. Le mien vit dans un contexte mauricien, s’inspire de mon quotidien et de mon environnement. Mon art reflète ainsi mon expérience.”
L’art, dit-il, doit pouvoir exister, peu importe la situation dans laquelle il évolue. “J’étais sans revenus et sans boulot lorsque je suis rentré à Maurice. J’ai adapté mon art à ma situation pour pouvoir continuer à m’exprimer. Les formats non conventionnels sont devenus mon médium. Cela renvoie aussi à la culture mauricienne et à mon univers.”
Art Moris.
Son approche de l’art aujourd’hui est différente de ce qu’il faisait en France. Le changement de support et le contexte mauricien y ont pleinement contribué. “Ce changement de format et de vision donne une autre dimension à ma pratique artistique. Il y a une interaction entre le support et moi. L’importance du support pour exposer un sujet devient la base de tout. Il faut juste trouver un consensus. Cette manière de faire a changé ma conception et ma perception de l’art. Pour raconter la réalité de mon île, l’envers de son décor paradisiaque, ces formats de tôle rouillée et de planches usées s’adaptent parfaitement à l’esprit du message que je veux diffuser.”
L’artiste privilégie ainsi le propos au détriment de l’esthétisme. Sans être pessimiste ou négatif, il confie être réticent à peindre la joie. Ses créations s’imprègnent de noir et lancent des SOS sur la misère culturelle, économique et écologique de notre île.
Émotion.
“L’art doit avant tout créer une émotion chez le regardeur. Que cette émotion soit triste ou joyeuse, elle doit pouvoir éveiller quelque chose.” La vision qu’il a de son île n’est pas toujours joyeuse, surtout quand il voit l’évolution du béton qui ravage tout l’espace vert. Comme dit Zanzak, “ena enn labsans feeling dan sa karo building”. C’est en cherchant ce qui fait la richesse de notre île que l’on trouvera l’essence de l’art mauricien, observe le plasticien. Le but ultime de son art demeure l’émotion, car c’est là que réside la réalité, la vérité…