Notre compatriote, le maître du tabla Subhash Dhunoohchand, a lancé une série de rendez-vous culturels à l’occasion du Nouvel an tamoul avec l’appui son épouse Bharathi qui anime l’association culturelle Shruti Musique. Cette fête revêt un tour particulier cette année à La Réunion avec la célébration du 350e anniversaire du peuplement de l’île. Des conférences, contes et expositions ont réaffirmé les liens passés et présents avec l’Inde pendant toute une journée au musée de Villèle, et le public a pu vivre un moment rare où Danyel Waro, Mounawar, Ramma Kisnah et Subhash Dhunoohchand ont improvisé un chant à quatre voix tout en finesse, histoire de proposer un intermède exceptionnel entre le bal tamoul et la performance de Sangita Chatterjee.
Le chanteur réunionnais Danyel Waro n’a jamais caché son intérêt à la fois spirituel et artistique pour la culture tamoule. Si moderne soit-elle, sa musique, sa poésie et son chant en sont imprégnés, et l’on peut dire que cette source d’inspiration fait partie de la botte secrète qui nourrit son esthétique. L’artiste a décidé de se poser quelques mois après les nombreux concerts que son prix au Womex et le succès de ses disques l’ont amené à donner à travers le monde. Cette halte au pays lui permet de se ressourcer et de reprendre ses bonnes habitudes, comme par exemple chanter en simple participant à l’occasion du Nouvel an tamoul avec les membres de l’association Sapel la misère, qui animait parmi d’autres artistes, toute une journée faite de conférences publiques, contes, musique, théâtre et chants autour du peuplement et des cultures indiennes que La Réunion a reçues en héritage. Nous l’avons vu conclure ainsi un bal tamoul le dimanche 14 avril dans la cour du Musée de Villèle, dans les hauts de Saint-Gilles.
Puis le chanteur aux boucles d’or est passé à un autre registre pendant quelques minutes histoire d’offrir un de ces moments magiques, que seules les rencontres véritablement désirées peuvent augurer. Le chanteur et guitariste anjouanais Mounawar, une étoile montante de la world musique dans la région, puis le tablaïste et spécialiste de musique carnatique Subhash Dhunoohchand et le chanteur Ramma Kisnah l’ont rejoint. Chacun dans leur style et dans une sympathique maîtrise du dialogue musical, ils ont proposé un jeu de voix exceptionnel qui devenait une invitation au voyage dans quelque pays abstrait où le tabla structure la douceur ascensionnelle d’une voix indienne relayée par les profondes sonorités du swahili et cette voix claire de Danyel Waro qui semble nous appeler de loin et nous entraîner tout aussi loin.
Quelques pas bien frappés
Après ces instants uniques au cours desquels on apprend au passage que Mounawar est en tournée dans l’île pour présenter son nouveau disque, la danseuse indienne Sangita Chatterjee est entrée en scène. Subhash Dhunoohchand et l’association culturelle Shruti Music que son épouse Bharathi anime ont en effet à nouveau invité cette danseuse de New Delhi pour marier explorations musicales et découvertes chorégraphiques. Si le tablaïste d’origine mauricienne a offert en conclusion quelques moments emblématiques de son disque Tablatronic où les percussions indiennes surfent gentiment sur les sons enregistrés, on restera surtout marqué pour cette fois par le dialogue qu’il a entretenu avec la danseuse pendant plus d’une demi-heure. L’expressivité et les mouvements de Sangita Chaterjee sont ponctués par ces moments aussi imprévisibles que possibles, où soudain elle surprend le spectateur d’un regard fixe en se figeant dans une allégorie divine l’espace de quelque dixièmes de secondes.
Alors le visage et les mains de la danseuse entament un dialogue. Le rictus de ses lèvres peintes fait échos au regard en amande, les mains dessinent une figure rouge sombre dans l’espace, puis la danse reprend, vivement, faisant voltiger le voile du sari et cliqueter les ornements aux chevilles. Chaque performance était présentée par la danseuse en anglais puis traduite par le tablaïste, nous apprenant par exemple qu’elle allait nous montrer comment une femme indienne se prépare dans l’imagerie culturelle, afin de rester la plus belle chaque jour… Bien sûr l’humour et la fraîcheur de ces instants pouvaient toucher tout autant que la grâce du mouvement et l’aplomb du rythme créé tout autant par la frappe du pied au sol que par le toucher du percussionniste et de son complice à l’harmonium.