Au panthéon des poètes mauriciens, aux côtés des Chazal ou Cabon, un grand écrivain, inconnu pour beaucoup, méconnu de certains. René Noyau fut pourtant considéré comme le pape du surréalisme à Maurice. Ses écrits sont publiés par la cellule Maurice, Culture et Avenir afin de marquer le centenaire de sa naissance. Quelques pistes biographiques pour mieux cerner l’homme…
Un poète. Un homme de plume. René Noyau nous a laissé un héritage littéraire. Qui est désormais valorisé par la publication du premier volume d’un ouvrage qui comprend poèmes, essais, aphorismes et chroniques de presse, ces dernières parues notamment dans Le Mauricien, Le Cernéen ou Advance. Ce contemporain de Marcel Cabon et de Malcolm de Chazal est largement méconnu mais n’en demeure pas moins un des initiateurs du surréalisme à Maurice, dès 1934.
Identité.
Il prend pour nom de plume Jean Erenne. Erenne, en guise de clin d’oeil à ces initiales, R.N. Il est cet écrivain que le pays gagnerait à connaître afin de prendre la mesure du patrimoine littéraire trop longtemps passé sous silence ou relégué aux archives.
Ce poète est aujourd’hui rétabli dans l’ouvrage préparé par Gérard Noyau (son fils), avec la collaboration éditoriale de Robert Furlong, en partenariat avec la cellule Maurice, Culture et Avenir du bureau du Premier ministre.
René Noyau est né le 14 avril 1912. Pour l’année du centenaire de sa naissance, pratiquement trois décennies d’écriture sont données à lire dans le premier volume d’un ouvrage qui en compte quatre. Soulignons que ce poète fut aussi un défenseur du kreol et avait publié dans cette langue alors ignorée par les uns et dénigrée par les autres. On notera par ailleurs que le poème Séga de Liberté est un texte essentiel pour qui s’intéresse aux richesses culturelles du pays qui est le nôtre.
C’est par le truchement de la poésie que René Noyau embrasse la littérature. Il emprunte aux surréalistes les éléments contestataires et revendicateurs. Surréalisme et affirmations identitaires sous-tendent la poésie de Noyau. Cet intellectuel fut également un chantre de l’indépendance.
Ironie.
René Noyau est né à Port-Louis. L’élève de St Jean Baptiste de la Salle n’aime pas l’école mais manifeste un goût prononcé pour l’écriture. Il avait d’ailleurs écrit précocement une lettre d’amour de quinze pages à une camarade de classe ! Le jeune Noyau arrête l’école à quatorze ans, mais cela ne l’empêche pas de prendre par la suite de l’emploi aux docks. Entre-temps, ses écrits paraissent dans la presse et seront publiés dans la revue Vergers. Une parution dirigée par un certain Marcel Cabon.
En 1934, la parution de L’Ange aux pieds d’airain fait l’effet d’une bombe. Cette plaquette de sept poèmes, signée Jean Erenne, illustrée par Cabon, ne manque pas d’exaspérer les traditionalistes. Le présent ouvrage apprend que le poète y fustige avec ironie et franc-parler les bien-pensants aux attitudes bourgeoises. À partir de cette plaquette, Noyau est catalogué surréaliste. Notons que le septième poème de L’Ange aux pieds d’airain fait irrésistiblement penser à la poésie de Léon-Gontran Damas, né lui aussi en 1912.
Critique.
René Noyau prend sa retraite des docks à trente-huit ans afin de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il gagne dès lors sa vie en rédigeant des articles de presse. Être proche du peuple est important à ses yeux. Il passera un certain nombre d’années dans une case en paille, sans eau courante ni électricité, à Grande Rivière Nord-Ouest, où il s’adonne à la peinture. Il sera aussi critique d’art. Le premier volume de ses écrits donne à lire, à ce propos, une critique sans concessions des “oeuvres picturales” de Malcolm de Chazal.
On lira aussi des échanges polémiques engagés contre André Masson ou Aunauth Beejadhur. Des textes à découvrir dans le premier volume de l’oeuvre de René Noyau, qui a écrit non seulement sous le pseudonyme de Jean Erenne, mais notamment sous celui du prosateur Jean-Claude Bouais.
Ouvrage disponible en librairie à Rs 400.