Que l’on dise ou répète que le MMM est «fini» ou «dépassé», cette élection n’en suscite pas moins un vrai débat médiatique depuis plus d’un mois. La raison étant sans doute que le MMM est le seul parti sur l’échiquier politique mauricien à désigner ses dirigeants par bulletin secret, même si le délai de l’exercice qui est censé se dérouler tous les deux ans n’a presque jamais été respecté. La dernière élection au MMM remonte à 2005.
L’élection d’aujourd’hui a, comme celles qui l’ont précédée, été marquée par d’intenses campagnes sur des bases que l’on peut considérer comme généralement saines. Cela n’a pas empêché qu’il y ait eu quelques tentatives très maladroites d’un quatuor composé d’un attelage assez disparate et sans vrais intérêts communs d’essayer de dresser une liste bloquée de 30 élus et de la faire accepter. La manoeuvre a été assez vite déjouée. Et tout ce qu’il a réussi à faire c’est de s’isoler.
Ce quatuor, qui s’est réuni dans un bungalow à Flic-en-Flac, est composé d’un rescapé des dernières élections frustré d’avoir été doublé par un arrivé récent dans ce qu’il considérait comme son bastion, de deux pièces rapportées qui ont adhéré au MMM alors qu’ils avaient commencé leur carrière ailleurs et d’un pur produit mauve qui s’est signalé d’une indulgence extrême avec les travaillistes et son leader en particulier.
Ceux qui ont assisté à cette réunion pilotée par le quatuor sont revenus assez interloqués par les propos tenus par au moins un des membres de ce quatuor qui, selon des renseignements dignes de foi, n’a pas caché ses ambitions ministérielles pour ne pas dire son impatience à retrouver un maroquin.
Quant au leader du MMM, s’il attend le vote de samedi prochain pour s’exprimer, il s’est néanmoins confié à quelques proches pour dire être encore extrêmement mécontent que certains tentent aujourd’hui de remettre en question les décisions prises par un vote démocratique par bulletin secret pour en finir avec le Remake ou pour une alliance avec le PTr, alors que tout le monde sait qu’il n’y avait eu qu’une voix dissidente, celle de Vishnu Lutchmeenaraidoo, après qu’Ivan Collendavelloo eut démissionné sur le même désaccord. Pas question d’imputer les décisions prises à quelque personne, a-t-il insisté.
«Pas dans un mood à              accepter         n’importe quoi»
«Pas dans un mood à accepter n’importe quoi lors du vote de dimanche», aurait aussi prévenu Paul Bérenger qui, selon ceux qui l’ont rencontré ces derniers jours, aurait confié qu’il serait très attentif au sort de ceux qui sont considérés comme proches de lui. Sans se livrer à quelque chantage, il aurait aussi dit que si c’est «la lâcheté politique» qui prenait le dessus, il «prendrait du recul» et laisserait chacun à ses responsabilités. «C’est son état d’esprit», a confié un de ses plus proches confidents.
Il aurait ainsi évoqué, si tout se passe comme prévu, «un changement bien important au niveau du leadership» avec sa reconfirmation comme leader, un vrai, avec «une nouvelle team en tête». L’actuel leader du MMM aurait même prévu que si certains problèmes se posaient, il n’est pas exclu que le vote de samedi soit reporté de quelques jours, mais Paul Bérenger s’est quand même voulu rassurant quant à l’aboutissement du projet de renouveau qu’il a dessiné pour le MMM en commentant qu’il est assez satisfait en général du déroulement de la campagne.
Selon les bribes qui ont transpiré de l’organigramme souhaité, sans que cela ne heurte les sensibilités des parlementaires de carrière qui conserveraient les importantes fonctions qu’ils occupent, il demeurerait leader avec un secrétaire général fort qui aurait trois ou quatre vrais adjoints, une présidente de préférence et un porte-parole à temps plein qui s’exprimerait sur l’actualité locale, régionale et internationale.
À ceux avec qui il a eu l’occasion de discuter, l’actuel leader du MMM a aussi tenu à dissiper les rumeurs qui font état de préférence pour l’un ou l’autre entre Ajay Gunness et Pradeep Jeeha en affirmant qu’ils auront tous deux un rôle prépondérant à jouer. Résumant l’état d’esprit de son leader, un dirigeant du MMM a rapporté ces propos qu’il a tenus : «If we do not shoot ourselves in the foot, the future is ours.»
Les élections au CC ont, rappelons-le, toujours été source de tension au sein du MMM. On se souviendra que celle de février 1993 fut particulièrement mouvementée, avec Jean-Claude de l’Estrac qui avait démissionné des instances après avoir obtenu une modeste 13e place sur les 20 sièges nationaux. Alors ministre de l’Industrie d’un gouvernement MSM-MMM, il avait dénoncé une «monstre à trois têtes» ainsi qu’«un lobby sectaire, une aile radicale aux slogans dépassés et démagogiques et un dernier carré d’éternels frustrés».
On saura ce matin si les temps ont changé ou si les monstres rôdent toujours dans les travées du MMM. Voir sur le site www://lemauricien.com les résultats des précédentes élections au sein du parti mauve.