Le MMM a, semble-t-il, la cote auprès des membres du gouvernement. C’est ce qui peut être retenu de la conférence de presse de l’Alliance de l’Avenir tenue hier au Square Guy Rozemont. Au cours de celle-ci, les intervenants n’ont en effet pas manqué de saluer « l’opposition légitime » que représente le MMM et qu’ils retrouveront à la rentrée parlementaire ce mardi. Insistant sur le fait que la nouvelle configuration des sièges parlementaires ne la gène aucunement, l’Alliance de l’Avenir, désormais composée uniquement des députés Ptr et PMSD, se dit sereine quant à la reprise des travaux. Le président du Ptr, Patrick Assirvaden, fait ainsi ressortir qu’il y aura « deux oppositions au Parlement ». D’un côté une « opposition légitime » représentée par le MMM, et de l’autre « une opposition illégitime, composée des membres du MSM, élus pour un programme, et qui ont choisi d’abandonner, de trahir et de cross the floor. »
« La priorité du gouvernement sera de se concentrer sur l’exercice budgétaire », a indiqué Patrick Assirvaden, ajoutant que « le Premier ministre et son équipe montrent leur sérieux dans la gestion du pays, dans des circonstances économiques mondiales difficiles ». « Notre temps doit être consacré à ces problèmes internationaux et sur le développement économique du pays », a-t-il souligné, avant de s’attaquer avec virulence à l’ex-partenaire de l’Alliance de l’Avenir, le MSM. « Le MSM, c’est l’indécence politique. Les défis internationaux et sociaux sont le cadet de leurs soucis », a-t-il affirmé, déplorant « la vulgarité de ses membres qui, depuis deux mois, ne cessent leurs attaques basses contre l’intégrité des membres du gouvernement ».
Pour le président du Ptr, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été les propos tenus par Pravind Jugnauth au rassemblement du MSM à Highlands, jeudi dernier. Des propos jugés « inacceptables et dégoûtants, notamment pour un parti qui se dit responsable ». « Ces propos réduisent le MSM à ce qu’il vaut », a estimé Patrick Assirvaden, notant au passage que « même le MMM commence à être irrité par le MSM ». Selon lui, « ce qui intéresse le MSM, c’est comment regagner le pouvoir et comment se sortir de l’affaire Medpoint ». « Il y a deux mois à peine, le MSM clamait haut et fort qu’il avait une totale confiance dans le Premier ministre et dans l’équipe gouvernementale », a rappelé Patrick Assirvaden, qui s’est ensuite demandé comment serait l’attitude des députés MSM au Parlement à la rentrée « pour débattre d’un programme gouvernemental pour lequel ils ont fait campagne ».
« Des années-lumière séparent le MMM du MSM »
Pour les membres de l’Alliance de l’Avenir, la campagne dans laquelle le MSM s’est lancé ces deux derniers mois n’a produit que des occasions de « drom vid, de bluff, en allant de contradiction en contraction ». Le dernier exemple en date, selon Patrick Assirvaden, est le souhait émis par Pravind Jugnauth de se rendre à nouveau à l’ICAC. « Ti mama li pena confians dan l’ICAC. Ti mama li anvi retourn temwayn l’ICAC. Which is which ? », s’est-il demandé. Il devait également montrer son indignation du fait que le MSM souhaite, selon lui, créer une situation de panique dans le pays. « Me zot pann réussi », a-t-il dit, ajoutant que l’équipe gouvernementale est une équipe qui agit dans la cohérence et qui a des convictions, gravitant autour d’un Premier ministre qui dispose de la confiance de la population.
Le Président du Ptr a également indiqué qu’il existe une différence de culture énorme entre le Ptr et le MSM. Tendre envers le MMM, il a fait ressortir que « comme l’a dit le leader du MMM, des années-lumière séparent le MMM et le MSM ». Selon lui, les propos de Paul Bérenger à cet effet sont « le reflet de la pensée des militants, le fond de la pensée du MMM ».
Opération « zet labou »
Prenant la parole, le directeur de la communication du PMSD, Lindsay Morvan, a toutefois estimé que « c’est une espèce d’opposition gaga qui est en place actuellement à Maurice », considérant qu’il y a trop de « zigzags » dans les propos du MMM. Celui-ci, a ajouté Lindsay Morvan, soutient tantôt que des années-lumière le sépare du MSM, avant de tenir des réunions avec les membres du même parti, pour ensuite déclarer au peuple qu’il n’est pas question d’alliance entre eux.
« Paul Bérenger a déclaré souhaiter un gouvernement sans frictions, comme en 2000-2005. Le gouvernement de 2005-2010 était lui aussi un gouvernement sans frictions, mais qui a apporté des développements dans le pays, contrairement à l’époque MMM/MSM, où 30 000 employés de la zone franche ont perdu leur emploi », devait faire ressortir Lindsay Morvan, soulignant que le gouvernement Ptr-PMSD a gouverné le pays entre 2005 et 2010 en relevant les défis du chikungunya, de la grippe A H1N1, de la crise économique mondiale, etc. Déplorant que l’opposition est, selon lui, en train de mener une opération « zett labou » visant à déstabiliser le gouvernement, il a cependant fait preuve d’assurance : « Cette stratégie ne marchera pas car les chiffres et faits sont là pour démontrer que le pays est sur la voie du progrès. »
Lindsay Morvan a par ailleurs accusé une partie de la presse de faire le jeu de l’opposition, dans le but est de discréditer les membres du gouvernement. Il a cité le cas de sa propre entreprise, TLC (Mauritius), qui se trouve actuellement au coeur de l’actualité pour des pratiques alléguées de sous-facturation, indiquant qu’il compte poursuivre ses détracteurs en justice. Lindsay Morvan a soutenu que le gouvernement ne se laissera pas défaire par « ce type de bassesses », ajoutant que l’Alliance de l’Avenir a entamé une série de rencontres pour dire la vérité au peuple. Le PMSD tiendra ainsi plusieurs réunions cette semaine, pour « montrer les vrais visages de ceux qui ont envie que le pays progresse ». « La crainte de l’opposition, principalement celle du MMM, c’est que le prochain exercice budgétaire dévoile le vrai visage de ceux qui veulent lutter contre la pauvreté et en même temps apporter des développements dans le pays dans un contexte économique mondial difficile », a-t-il encore soutenu.
Intérêts pour les PME
Axant ses propos sur la préparation du discours budgétaire, pour lequel le vice-Premier ministre et ministre des Finances enchaîne actuellement les consultations avec les différentes parties concernées, Nita Deerpalsing a lancé un appel aux institutions bancaires. Celles-ci doivent, selon elle, donner l’opportunité aux PME d’avoir plus facilement accès à des sources de financement. Souhaitant que le prochain exercice budgétaire accorde une attention particulière aux PME, la présidente du comité pour la démocratisation de l’Économie du Ptr a demandé aux banques de revoir à la baisse leur taux d’intérêt pour les emprunts des PME. « La marge de manoeuvre pour ce faire existe », a-t-elle affirmé, estimant que l’écart entre le taux d’intérêt et le taux d’épargne est trop grand.
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À L’HEURE DES QUESTIONS — Nita Deerpalsing : « Less lezot koz lalians. Nou nou ena 4 an ankor pou roul gouvernma »
Les membres de l’Alliance de l’Avenir ont clairement affiché leur confiance au cours de la conférence de presse d’hier. Répondant aux questions des journalistes présents, la directrice de communication du Ptr, Nita Deerpalsing, a déclaré : « Si certains estimaient qu’il n’y aurait pas de rentrée parlementaire, et d’autres ajoutaient que nous ne serions pas au gouvernement mardi prochain, nous serons là pour assumer nos responsabilités au Parlement. »
Qu’en est-il de la majorité fragile ? « Une majorité reste une majorité », a insisté Nita Deerpalsing, ajoutant : « Less lezot koz lalians. Nou nou ena 4 an ankor pou roul gouvernma, e la, nou pe fokaliz lor bidze. » Sur les propos du Premier ministre à l’effet qu’il a besoin d’une équipe forte au Parlement, Nita Deerpalsing a expliqué : « Ce n’est pas à des renforts qu’il a fait appel, mais surtout à une équipe qui n’a pas froid aux yeux, peu importe les tactiques qui seront utilisées par l’opposition dans l’hémicycle. » Selon elle, il s’agissait là « d’un rappel des troupes pour la rentrée ».
De son côté, interrogé sur les informations qu’il détiendrait concernant un membre du MSM qui ne se sentirait plus à l’aise au sein de son parti, Patrick Assirvaden a indiqué que « la personne est toujours mal à l’aise ». « Par respect et par amitié », a-t-il assuré, il n’a pas souhaité nommer ce membre du MSM, mais a souligné que « c’est le sentiment d’être accaparé par un clan familial qui règne au sein du MSM ». Et Nita Deerpalsing de sourire. « Se pa zis enn dimounn ki pa a lez. Ena boukou lezot », a-t-elle rajouté.