Il était resté plutôt discret depuis le début de l’année, sa priorité affichée étant la réforme électorale, sujet qui a rebondi dans le sillage de la soumission du rapport Carcassonne le 18 décembre dernier mais, on le sait maintenant, les silences prolongés de Navin Ramgoolam sont souvent annonciateurs d’événements et précèdent toujours de grandes décisions.
Ayant du composer une équipe dans l’urgence pour ne pas faire exploser sa frêle majorité gouvernementale après le départ du MSM, le Premier ministre procéderait, en ce moment, à une sorte d’évaluation de performance (performance appraisal) après la période de probation de six mois accordée aux ministres avant de décider d’une recomposition de son Conseil des ministres. Une possibilité qu’il a lui-même évoqué en public l’année dernière et il avait même été jusqu’à dire que certains étaient incapables de se mettre debout à l’Assemblée nationale pour répondre aux questions ou tout simplement pour s’exprimer correctement.
Il aurait pu garder son équipe telle quelle s’il n’y avait pas une grosse épine nommée Kalyanee Juggoo qui, depuis le remaniement d’août de l’année dernière, laisse planer le doute quant à ses intentions, ses plus fidèles soutiens au No 4 sont restés extrêmement frustrés après la nomination de la « transfuge » Mireille Martin et ils ne se font pas prier pour dire leur désapprobation que leur protégée n’ait pas été récompensée pour ses efforts et le mérite qui lui reviennent d’avoir réussi à faire percer le PTr dans une circonscription loin d’être acquise aux rouges.
Le Premier ministre est ainsi à la recherche d’une formule visant à caser la député, actuellement Parliamentary Private Secretary comme ministre avant le congrès annuel du PTr prévu pour février, autour de la date anniversaire du 23, qui devait la voir intronisée secrétaire générale, poste présentement occupé par le ministre de la Santé Lormesh Bundhoo.
L’option Kalyanee Juggoo est importante dans la mesure où le Premier ministre a besoin de tous les députés de Port-Louis pour les municipales, la capitale ne s’annonçant pas particulièrement facile, le conseil sortant ayant volé en éclats avec de multiples défections et des guerres de clan. Port-Louis Nord/Montagne Longue étant une circonscription mi-urbaine, mi-rurale, la présence de Kalyanee Juggoo a été jugée indispensable pour la campagne du PTr. D’autant que la député ne fait pas mystère des sollicitations dont elle est l’objet de la part des deux partis de l’opposition, le MMM, autant que le MSM.
Le problème pour Navin Ramgoolam, c’est qu’il ne dispose plus de portefeuille à distribuer ayant dû satisfaire les uns et les autres afin de conserver sa majorité. Pour pouvoir inclure Kalyanee Juggoo, il va devoir sacrifier un ministre en poste. Les spéculations vont bon train quant à celui qui connaîtrait le même sort que l’ancien ministre des Technologies de l’Information, Etienne Sinatambou, qui avait fait l’unanimité contre lui au point d’être, en 2008, déchu de son poste au profit de Jean-François Chaumière et d’être nommé Deputy Speaker.
Certains noms sont cités, mais seul Navin Ramgoolam sait dans quelle direction il va exactement. Parmi ceux qui pourraient se voir privés de maroquins, il y a celui qui jusqu’ici faisait figure d’intouchable, Rajesh Jeetah, celui qui n’en finit plus de faire parler de lui et qui, en sus d’avoir changé trois circonscriptions, le 7, le 11 et maintenant le 10, a aussi connu trois ministères, l’Industrie et le Commerce, la Santé et, actuellement, l’Enseignement Supérieur, un record pour un élu qui ne compte même pas 10 ans de mandature. Lait Amul, STC, Betamax, mail échangé avec le Dr Malhotra sur la vente de MedPoint, démission du professeur Konrad Morgan, la liste des controverses dont il a été le contre est longue.
D’autres noms sont aussi évoqués, ceux de Lormesh Bundhoo qui avait déjà été rétrogradé du ministère de l’Environnement avant les élections générales de 2010 à celui de PPS après ce scrutin et de Satish Faugoo, même si dans le cas de ce colistier du Premier ministre, la tâche s’annonce autrement plus délicate. Ce qui est sûr, c’est que, s’il va de l’avant avec la recomposition de son équipe ministérielle, il va cibler ceux qui ne sont pas en odeur de sainteté du côté de l’opposition et qui n’auront donc ainsi aucune tentation de rejoindre le camp adverse. Dans cette optique, Rajesh Jeetah fait figure de victime idéale lui qui est systématiquement démonté tant par le MMM que le MSM.
Quoi qu’il en soit, le Premier ministre dispose d’un peu de temps avant de décider. Il rencontre de nouveau ce mardi à 11h30 à Clarisse House l’opposition pour poursuivre les discussions sur la réforme électorale. Cette rencontre devrait permettre de voir plus clair quant aux positions des uns et des autres sur le Best Loser System, sur le seuil de 10% qui permettrait d’obtenir des sièges à la proportionnelle est vraiment acquis et sur ce qui est maintenant connu comme des « wasted votes », et s’il y aura d’autres pourparlers après réception du rapport de synthèse du Dr Rama Sithanen prévu pour le milieu de février. On sera définitivement fixé sur cette réforme le mois prochain.
C’est également en février que le Premier ministre se rend en visite officielle en Inde pour des pourparlers bilatéraux et pour discuter de l’épineux traité de non-double imposition, fréquemment attaqué par les politiques et différents milieux économiques dans la Grande Péninsule. A son retour, Navin Ramgoolam a d’autres rendez-vous, le 12 mars qui marque le 44 ème anniversaire de l’indépendance et le 20ème de la République et la préparation de la rentrée parlementaire du 20 mars.
Si un changement de collaborateurs devrait intervenir avant la date de la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, les municipales, elles, devraient être organisées le 22 avril. Le Premier ministre avait, lors de son intervention sur le Local Government Bill en décembre et pour justifier un nouveau renvoi des élections municipales, indiqué que les consultations locales auraient lieu tôt en 2012 et après les nombreuses fêtes religieuses du début d’année. Comme on le voit, même s’il ne parle pas beaucoup depuis ce début 2012, le Premier ministre n’en prépare pas moins avec minutie son calendrier politique et gouvernemental.