De véritables turbulences secouent le secteur tertiaire de l’éducation pour la rentrée 2013. La révocation séance tenante du vice-chancelier de l’Université de Maurice, le Pr Ramesh Rughooputh, mercredi, suite à une réunion d’urgence du Conseil de l’université, est venue se greffer sur une série de problèmes les uns aussi graves que les autres alors que le calvaire des étudiants népalais de la Dimension International Education Group de Pamplemousses se complique car la direction de cette institution a pris la décision de traduire deux des étudiants devant un comité disciplinaire. De son côté, l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) est en présence d’une série de graves allégations de complicité entre deux ministres au sujet du Diploma in Physical Education de l’Université de Maurice non reconnu officiellement. La polémique est également relancée autour de l’Eastern Institute of Integrated Learning & Management (EIILM), avec le ministre Rajesh Jeetah confirmant récemment à l’Assemblée nationale qu’il est un des Trustees de la branche locale de cette université indienne.
Avec la décision du conseil de l’Université de Maurice, réuni d’urgence mercredi, de révoquer Ramesh Rughooputh et son remplacement intérimaire par Toolseeram Ramjeeawon, l’instabilité sur le campus du Réduit devient de plus en plus tangible. Depuis 2012, les deux prédécesseurs de Ramesh Rughooputh à ce même poste, en l’occurrence le Pr Indur Fagoonee et Konrad Morgan, avaient connu le même sort.
Encore une fois, le ministre de l’Education tertiaire, Rajesh Jeetah, se retrouve au centre de la controverse. Le Pr Rughooputh, principal concerné par ce couperet de l’Université de Maurice, n’hésite pas à mettre en cause la responsabilité du ministre de tutelle dans ces développements. “Limaz liniversité Moris tin déza terni. Mwa mo fin met disciplin. Eski minis Jeetah ine vine dir ki fer ine revok mwa ?”, a déclaré le vice-chancelier sanctionné peu après avoir pris connaissance de son limogeage.
Nommé en juin de l’année dernière, l’ancien vice-chancelier Rughooputh confirme avoir subi les mêmes tribulations que son prédécesseur, Konrad Morgan, en ce qui concerne les directives, voire des ingérences, émanant du ministère de tutelle. Il va jusqu’à accuser le Conseil de l’université de Maurice d’être une “marionnette du ministre”.
Toutefois, force est de constater que le Pr Rughooputh était une figure controversable sur le campus. Ainsi, des représentants des étudiants et  des membres du personnel académique n’ont pu s’empêcher de pousser un ouf de soulagement dans l’espoir de pouvoir avoir affaire à un interlocuteur plus accommodant et plus flexible au plus haut échelon de l’Université de Maurice. Le retour du Pr Rughooputh à la faculté d’Engineering est redouté que ce soit parmi ses collègues ou les étudiants concernés au vu des derniers développements.
Entre-temps, la rentrée 2013 à l’université se fait dans des conditions relativement difficiles avec un vice-chancelier suppléant, le précédent parmi le personnel enseignant et les procédures pour le recrutement d’un nouveau vice-chancelier prenant le temps qu’il faut.
Mais il n’y pas que la révocation du Pr Rughooputh qui fait tanguer le secteur tertiaire de l’éducation alors que Maurice caresse l’ambition de se transformer en Education Hub dans la région. Le dernier scandale en date avec des étudiants se retrouvant sans diplôme reconnus après avoir pris part à des examens a été porté à la connaissance de l’ICAC.
Cette dernière affaire concerne le cours menant à un Diploma in Physicval Education. Des fonctionnaires de différents ministères, des institutions publiques et du Mauritius Sports Council, qui ont suivi ces cours dispensés par l’Université de Maurice, ont eu la désagréable surprise d’apprendre que les diplômes ne sont pas reconnus officiellement. Ainsi, ils n’ont pas eu droit à des Increments automatiques comme prévu par les réglements de la Public Service Commission et de la Private Secondary Schools Authority (PSSA) après l’obtention de leurs diplômes.
Graves allégations
Leurs interventions auprès de deux ministres directement concernés par ce problème ont été vaines et vont jusqu’à porter de graves allégations de complicité à leur égard. Ils ne devaient pas être au bout de leur amertume en apprenant par voie de presse que le Jeetah Trust/Wolverhampton allait offrir des Top-Up Courses en éducation physique en guise de rattrapage à leurs diplômes de l’Université de Maurice non-reconnus. De graves allégations sont portées contre les responsables d’un ministère quant à l’utilisation des équipements publics pour les besoins de ces cours payants.
Dans la lettre de dénonciations adressées à l’ICAC, les fonctionnaires/ étudiants s’interrogent à l’effet que “after paying the University of Mauritius for a bogus diploma, the students are now compelled to pay and follow Wolverhampton’s programme in physical education to get recognition. What is the TEC doing ?” Mais les éléments de réponse présentés dans la correspondance à l’ICAC sont encore plus accablants et embarrassants.
L’ICAC est orientée vers la piste du Committee for Quality Assurance à la Tertiary Education Commission pour mieux assimiler les ramifications et les connexions dans le monde de l’éducation tertiaire. Le nom d’un grand manitou est cité à cet effet vu sa position dans le processus de reconnaissance de diplômes post-secondaires.
Ces dénonciations à l’ICAC relancent également la controverse autour de l’EIILM révélant qu’une correspondance transmise en juin dernier à la TEC par l’University Grants Commission de l’Inde. Au terme de cet échange, les autorités indiennes auraient émis de sérieuses réserves quant aux opérations des universités sous l’égide de l’EIILM.
L’ICAC est appelée à ouvrir une enquête sur les raisons pour lesquelles aucune action n’a été prise par les autorités mauriciennes à l’encontre de cette institution tertiaire. “Why is it that TEC cannot do its job ? Is there still no direct conflict of interest ? When will ICAC find the evidence which is clear and within its reach ?”, soutiennent ces étudiants désespérés, qui ajoutent avoir adressé une copie de la lettre au Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour toute mesure de redressement nécessaire.
My family ?undertaking
Au sujet de ses connexions avec l’EIILM, le ministre Jeetah a déclaré à l’Assemblée nationale que, “I do not have any interest in running this Eastern institution… Yes, I am a trustee. That is all… This is my family undertaking. I have nothing to do with what actually happens, with their finance or anything. I have nothing to do with that. It just happens he is my brother”.
Par ailleurs, ces étudiants désabusés en Physical Education ne manquent de dresser le parallèle entre leur cas et celui des étudiants en médecine de Louis Pasteur Ecole de Médecine. Les études entreprises par ces étudiants à Maurice ne sont pas reconnues suite à des problèmes survenus en cours de route. Intervenant récemment à l’Assemblée nationale, la parlementaire du MSM, Leela Devi Dookhun avait soulevé le cas des étudiants de Louis Pasteur Ecole de Médecine.
“We’ve had the case of the Tertiary Education Commission approving the course delivered by the Louis Pasteur Ecole de Médecine and having the same problem at the end. At the end of the day, the students with their diploma had nowhere to go”, avait fait comprendre Leela Devi Dookhun.
Dans un autre ordre d’idées, le calvaire des étudiants népalais de la Dimension International Education Group de Pamplemousses est loin d’être réglé. Il semblerait que le plus dur est à venir car après leur remise en liberté sous caution, les responsables ont pris la décision d’instituer un comité disciplinaire à l’encontre de deux étudiants étrangers suite aux événements de la fin du mois de juillet. Ces étudiants étaient arrivés à Maurice au début de juillet pour suivre des cours en tourisme et restauration avec la promesse d’emplois avec des salaires de Rs 70 000 par mois.
En l’absence d’une représentation diplomatique de leur pays à Maurice ces étudiants népalais souffrent d’un véritable désavantage comparativement aux étudiants indiens de l’Oceana IBS, qui ont obtenu satisfaction avec le remboursement de leurs frais de cours après un mouvement de protestation. La quinzaine d’étudiants népalais protestataires continuent à vivre dans une situation des plus précaires avec l’épée de Damoclès sur la tête : des sanctions de la Dimension International Education Group.