La pièce Réparer les vivants a été présentée au Théâtre Serge Constantin, le samedi 20 février. Elle a été jouée par le comédien Emmanuel Noblet.
Seul un souffle sépare la vie de la mort. La voix des parents résonne comme un lointain écho fantomatique. La conscience de Simon (19 ans) se dissocie lentement du reste de l’humanité. On ne revient pas d’un tel coma. Le médecin est formel : la mort cérébrale est irréversible. Les organes fonctionnent, mais les neurones ne produisent aucune activité électrique. Une difficile décision est à prendre.
Réparer les vivants aborde la problématique du don d’organes. Un sujet délicat mis en scène d’après le roman éponyme de Maylis de Kerangal par le comédien Emmanuel Noblet. Ce dernier a balisé les étapes. La dure décision des parents, rendus à des présences invisibles. Des voix off ponctuent ce drame seul-en-scène, mais peuplé d’une galerie de personnages, interprétés à un rythme effréné depuis l’accident à la transplantation cardiaque.
La mise en scène réussit à éviter l’aspect didactique des termes techniques et parvient à transmettre des émotions dans l’ambiance clinique et aseptisée du bloc opératoire. On se surprend même à sourire aux blagues d’initiés lancées par un chirurgien gouailleur, lors des interventions sur la “plomberie”. Réparer les vivants est une expérience à vivre. Un moment que seul le théâtre est capable de restituer dans les moindres émotions. La moindre goutte de sueur perlant sur le front captivé, jusqu’au frémissement d’un premier baiser dont le souvenir vous marque à vie.
Thomas Rémige (Emmanuel Noblet) est notre guide dans les pérégrinations du coeur offert. Ce personnage agit aussi en narrateur rompu aux pratiques du bloc, comme des planches. Tantôt en blouse blanche, tantôt en noir. On se laisse guider aux inflexions de sa voix, d’une aérogare aux embouteillages de Paris. Et l’on oublie le temps dans un décor dénudé ou, par moments, dans un entrelacs bleuté des influx nerveux. Seul compte la mise en route du coeur donné. Simon ne sera pas mort pour rien. Le public du Théâtre Serge Constantin a immergé dans une autre réalité ce soir du samedi 20 février. Une course contre la montre; une dissection de la psyché…
Aimer la vie ne veut nullement dire n’avoir jamais songé à la mort. Un drame dont on ne ressort pas indemne. Soulignons que cette adaptation a été présentée, hors compétition, au prestigieux Festival d’Avignon.