La concurrence déloyale des marchands ambulants a significativement affecté les revenus des commerçants traditionnels, au point que 4 000 commerces ont dû baisser les volets depuis 2013. Beaucoup d’autres risquent de mettre la clé sous la porte, s’alarment-ils. Les premiers responsables de cette situation, en raison de leur indifférence et de leur silence complice à l’égard de ces marchands ambulants, sont les politiciens, affirment les shop owners… Un véritable fléau de culture tiers-mondiste, qui détone sérieusement avec les ambitions affichées de la république de Maurice.
Le Front commun des Commerçants de Maurice (FCCM) a fait une étude récemment et révèle qu’entre 2013 et aujourd’hui, 4 000 magasins dans les cinq villes ont fermé. « C’est un véritable drame humain », affirme Raj Appadu, le président de l’association. Au-delà de la morosité économique, la perte du pouvoir d’achat des ménages, la concurrence des grands shopping malls, le commerce en ligne, les raisons de bouder les comptoirs des commerces sont largement dominées par la présence de marchands ambulants. Ce sont les commerces se trouvant dans le centre-ville qui sont directement affectés par la concurrence déloyale des marchands ambulants, fait-on comprendre.
Face à cette situation, les commerçants en ont le ras-le-bol. « Trop, c’est trop. On ne peut pas tolérer davantage la concurrence déloyale de ces marchands ambulants car la situation est devenue insoutenable. Ils constituent une vraie menace pour notre commerce et pour notre existence même en tant que commerçants. C’est notre survie qui est en jeu et c’?est pourquoi nous devons tout faire pour défendre nos intérêts », déclare un commerçant de la rue Royale, tout près de Chinatown. Rien qu’à Port-Louis, le nombre de ces marchands tournerait autour de 6 000 tout le long de l’année et ce chiffre grossit à l’approche des fêtes de fin d’année. Sans compter les fonctionnaires qui se transforment en marchands ambulants après les heures de bureau.
« Tout le système commercial, économique et politique a été grippé par les marchands ambulants », estiment les représentants des associations de commerçants. Cette situation porte gravement atteinte au commerce local, d’autant plus que les commerçants prennent le soin d’être en conformité avec la législation légale, fiscale et sociale, ce qui n’est pas le cas pour les colporteurs. Les commerçants doivent en effet s’acquitter de différents frais : TVA, trade fees, électricité, loyers, eau, syndic, entre autres. Un commerçant explique à titre indicatif qu’il doit s’acquitter de deux licences pour la vente de ses produits alors que le marchand illégal n’a aucun frais à payer.
Commerces chamboulés
« Le turnover de décembre/janvier permet généralement de se refaire une santé, mais maintenant à la fin de l’année on se retrouve dans l’incapacité de faire des profits », dit Ismet Abdoolah, secrétaire de l’Association des Commerçants de Beau-Bassin/Rose-Hill. « Auparavant, la Pâques, la fête de l’Assomption, la fête des Mères et les fêtes de fin d’années étaient les périodes sur lesquelles les commerces pouvaient compter pour écouler leurs stocks et renflouer les caisses. Mais maintenant on peut se fier uniquement aux périodes de fin d’année ». Mais là aussi les périodes de fêtes de fin d’année ne garantissant pas de bonnes recettes, fait comprendre un commerçant de la capitale. « Le 24 décembre dernier, j’ai dû fermer à 17 h et en une journée je n’avais fait que Rs 900 de recettes. Les fêtes de fin d’années ne sont plus profitables pour nous les commerçants car les marchands se taillent la plus grosse part du gâteau », constate-t-il.
Les difficultés ont par ailleurs forcé les commerçants à revoir leurs habitudes. « Le marchand qui s’est installé devant ma boutique vendait les mêmes choses que moi, j’ai dû arrêter d’en vendre », indique un commerçant de Chinatown. Au Kinoo Square à la gare du Nord, le nombre de magasins ayant mis la clé sous le paillasson est éloquent. Une dirigeante et propriétaire de magasin confirme que ses anciens collègues ont dû abandonner leurs commerces à cause de la concurrence déloyale des marchands ambulants. L’incidence sur son commerce à elle est qu’elle se retrouve dans l’incapacité de renouveler son stock, n’ayant pu engendrer de recettes suffisantes pour se payer un voyage à l’étranger.
La fermeture des magasins a entraîné la suppression d’emplois. « Ce sont des pères et des mères de famille que les commerçants ont dû remercier, faute de ne plus pouvoir garantir la pérennité du business », affirme Raj Appadu. Le déclin dans les affaires a emmené également à la réduction du personnel. Certains magasins employaient au minimum trois personnes, mais ce nombre est réduit à un, voire à faire travailler uniquement les membres de la famille. Le commerce illégal tue également l’emploi et détruit l’esprit d’entreprise, affirment les commerçants. « Les commerces sont générateurs d’emploi, mais le commerce illégal tue cela. Le commerce est une activité de première importance dans n’importe quelle économie », affirme Ismet Abdoolah. « Avec la prolifération des marchands ambulants, personne ne serait intéressé à ouvrir un business ». Le nombre de commerces ayant fermé, dit-il, constitue une véritable perte pour l’économie et les promoteurs immobiliers qui ont investi par millions dans la construction d’immeubles et de bâtiments. Un commerçant de Chinatown explique que son grand-père opère ce business depuis un siècle. Ses enfants ne sont pas intéressés à reprendre les rênes, car ils sont conscients des problèmes générés par le fléau du commerce illégal.
Les commerçants évoquent toute une batterie de mesures et de conditions à respecter pour opérer un business. « Quid de ceux qui vendent dans la rue ? » se demande Raj Appadu. Un d’entre eux se souvient avoir reçu la visite d’un officier du ministère chargé d’inspecter son commerce afin de vérifier si les prix étaient affichés. « Quand il a fini sa visite, je lui ai demandé si cela s’appliquait aussi aux marchands ambulants. Il n’a pas été en mesure de me répondre », dit-il.
Ces marchands ambulants sont également accusés de commercialiser des produits de contrebande, parfois périmés lorsqu’il s’agit de fruits et légumes, à des prix défiant toute concurrence. Le FFCM évoque une session de travail avec le ministre Cader Sayed-Hossen « De nos jours, n’importe qui peut se rendre en Inde et en Chine et ramener des produits et écouler cela sur le marché ». Le Front commun a fait état de plusieurs propositions avant d’accorder une autorisation à ces personnes souhaitant importer des produits en masse, tel que s’assurer qu’elles ont un commerce, un permis d’importation, un entrepôt où stocker les produits, entre autres.