La Bank of Mauritius Tower a encaissé un sacré coup lundi après-midi, au point d’être victime d’un KO au niveau de son système sécurité quant à la confidentialité des informations de nature économique et financière. Bien avant l’échéance de 18 h 00, lundi, où la décision du Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice sur le nouveau Repo Rate est annoncée, la baisse substantielle de 50 points, ramenant ce paramètre bancaire majeur sous la barre des 5%, soit exactement 4,9%, était publiée sur un website privé. Véritable crime de lèse-majesté pour le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, d’autant plus que cette institution venait de souscrire au Special Data Dissemination Standard (SDDS) du Fonds monétaire international (FMI) en vue de renforcer le Statistical Framework.
Ce lundi après-midi, il semblerait que le point final n’avait pas encore été mis au bas du communiqué officiel de sept paragraphes, que la nouvelle de la baisse substantielle du Repo Rate était connue Urbi et Orbi, pour emprunter une expression chère au Vatican. Manou Bheenick n’avait eu d’autre choix que de se lancer de manière résolue sur la piste de cette taupe, qui vient de s’installer dans les hautes sphères de la Bank of Mauritius Tower.
Après examen de la situation avec les conseils légaux de la Banque Centrale et les premières vérifications quant aux verrous de sécurité, la décision était prise pour demander à la secrétaire du Monetary Policy Committee, qui assume également les fonctions de Head of Economic Analysis Division de la Banque de consigner une déposition en bonne et due forme pour réclamer l’ouverture d’une enquête pénale à l’encontre de l’embusqué au sein du Monetary Policy Committee. Il ne cache pas sa colère et son indignation devant le fait que c’est la première fois en cinq ans d’existence que le MPC se retrouve victime d’une telle grossièreté en matière de confidentialité.
À hier matin, au QG du Central CID, les responsables de cette enquête, en l’absence de l’assistant commissaire de police Pregassen Vuddamalay, en mission officielle à Lyon en France, l’on étudiait tous les détails de la déposition de la secrétaire du MPC et analysait les dispositions de la loi régissant la violation des secrets bancaires avant de passer à l’action dans les prochains jours. Il se pourrait que les limiers du Central CID décident de rechercher des compléments d’informations dans cette affaire avant se lancer sur la piste de l’auteur de la fuite d’informations.
Cette divulgation prématurée de la décision du MPC sur le Repo Rate comporte une connotation politique susceptible d’avoir des collateral damages à l’hôtel du gouvernement. D’abord, cette affaire de fuites d’informations à la Banque de Maurice est suivie de près par le leader de l’opposition, Paul Bérenger, et des membres de son Economic Team. Ensuite, Manou Bheenick ne se cache pas pour affirmer que ce scandale ne peut avoir pour origine la Banque de Maurice, rejetant tout le blâme sur les épaules des nouveaux membres du MPC, nommés par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval. La réunion du lundi dernier était la première pour les nouveaux membres nommés.
« Cette fuite ne peut venir de l’intérieur de la Banque de Maurice. C’est très verrouillé. De plus, les officiers et responsables de la Banque ont l’habitude de traiter avec des informations et des données encore plus sensibles sans qu’il n’y ait de fuites », affirme Manou Bheenick en guise de défense pour ses proches collaborateurs. Il se veut très dur à l’encontre du/des coupables.
« Les données économiques sont publiées selon un calendrier arrêté et connu d’avance, et la publication est attendue par les décideurs et opérateurs économiques et autres analystes en vue de déterminer la marche à suivre que ce soit au niveau du taux de change ou encore à la Bourse. Ce qui s’est passé lundi est extrêmement grave et inconcevable. À Singapour, un haut cadre, qui avait fait état de certaines données économiques quelques minutes avant l’heure prévue, avait été condamné à la prison ferme », rajoute le gouverneur de la Banque de Maurice, comme pour mieux situer la gravité de la situation ou encore pour exprimer sa détermination à aller de l’avant avec cette affaire de fuites, peu importe le statut de ceux qui se trouveraient dans le réseau facilitant ces fuites d’informations confidentielles.
Toutefois, bien avant le coup de la fuite d’informations, la Bank of Mauritius Tower avait été secouée par l’ampleur de la réduction du Repo Rate décidée, surtout après les félicitations du FMI pour la ligne adoptée par le MPC en matière de lutte contre l’inflation. Un ajustement à la baisse du Repo Rate était attendu, mais pas de 50 points, même si le « voting pattern was split with regard to the magnitude of the decrease ». Cette décision, qui avait été entérinée après deux tours de vote, constitue un départ de la ligne adoptée jusqu’ici au sein du MPC.
Mêmes les plus faucons des opérateurs économiques au sein du secteur privé ont été agréablement surpris par cette « générosité » de la Banque de Maurice. « In Mauritius, growth momentum is still postive although expected to slow a little before the signs of recovery in target markets begin to change the outlook for exports », souligne le communiqué de lundi dernier.
Pour l’une des rares fois depuis le début de cette année, la Banque de Maurice se réveille à l’idée qu’un taux de croissance plus proche de la barre des 3% que des 4 % fait partie d’un scénario économique qui peut se matérialiser en 2012. « Growth is expected to decline to 3,8% in 2012, but could turn out to be lower due to the continuing uncertainty in the global environment especially if tensions resurface in critical markets. »
Après analyse des paramètres économiques, le MPC est arrivé à la conclusion que « a cut in the key Repo Rate is warranted in the view of the higher downside risks to the domestic growth outlook compared to the upside risks to the inflation outlook ». La publication des Minutes of Proceedings du MPC le lundi 2 avril devra apporter un nouvel éclairage sur les délibérations pour décider du nouveau Repo Rate, poussant les banques commerciales à abaisser leurs barèmes de taux d’intérêts à leurs clients.