La décision qu’adoptera, demain, le Monetary Policy Committee au sujet du Repo Rate est attendue avec impatience que ce soit dans les milieux d’affaires que sur le plan politique. Cela fait treize mois que le gouverneur de la Banque de Maurice tente de justifier la pertinence d’un ajustement à la hausse du Repo Ratemais en vain. Son principal obstacle était jusqu’à tout récemment le Grand Argentier, Xavier-Luc Duval, qui n’a nullement hésité pour croiser le fer publiquement avec Manou Bheenick après chaque réunion du comité de politique monétaire.
Le départ de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances est-il un élément suffisamment puissant pour influencer ce renversement de tendance par rapport à la politique des taux d’intérêts ? Dans les milieux d’affaires, surtout au sein du Joint Economic Committee, et partisan au moins du gel du Repo Rate,l’on maintient que «ce n’est pas si sûr que cela». Pour cause, ils avancent qu’il n’y a eu aucun changement majeur au niveau des membres siégeant sur le Monetary Policy Committee.
«C’est vrai, le départ de Xavier-Luc Duval des Finances est une donne à ne pas négliger. Mais à notre connaissance, la composition du comité de politique monétaire est restée la même. Cette instance opère sur la base d’un mécanisme bien établi, même si ce n’est pas dans un vacuum. Ce mécanisme n’a pas changé non plus. En plus même. Dans le temps, il y avait des échanges entre le ministère des Finances et la Banque de Maurice. Là aussi, il n’y a pas eu de changement dans les interlocuteurs», fait-on comprendre dans le camp des opérateurs économiques.
«At worst, the market expects statu quo for the Repo Rate», souligne officiellement le JEC en prévision de la réunion de demain à la BoM Tower sur les taux d’intérêts bancaires. A ce chapitre, deux facteurs susceptibles de favoriser le maintien du Repo Ratesont mis en avant. «L’Inter-Bank Rate pratiqué sur le marché est inférieur d’au moins 125 Base Points par rapport au Repo Rate en vigueur. Ensuite, il est un fait que des banques ont déjà entériné la décision de baisser le Saving Rate rémunérant les dépôts des clients. Nous ne sommes pas une économie en surchauffe et la correction par le truchement des taux d’intérêts n’est pas de mise dans la conjoncture», poursuit-on.
«Une vive décélération»
Les membres du Monetary Policy Committee seront également appelés à passer en revue les principaux paramètres économiques, dont le taux de croissance. Il n’est pas exclu que la Banque centrale emboîte le pas à Statistics Mauritius avec une révision à la baisse de ses prévisions de la croissance vu que le target de 3,7% de cette année ne sera pas atteint comme ce fut le cas pour les années précédentes.
«Growth rate is a matter of concern», indique-t-on dans les milieux autorisés en citant une récente analyse de la Chambre de commerce et d’industrie à l’effet que «nous constatons, depuis 2009, une vive décélération du taux de croissance de la consommation à Maurice qui est passée de 6,5 % en moyenne sur la période d’avant crise, 2004 à 2008, à 2,5 %, en moyenne, sur la période post crise, 2009 à 2013».
Une autre préoccupation majeure, en l’occurrence l’Investment Rate, devrait également être au menu du Monetary Policy Committee de demain. De 2011 à 2014, cet indicateur est passé de 24 % à 20,7 % alors que «we must ensure to create an appetite for more investment».L’évolution des investissements privés continue à faire l’objet d’inquiétudes et les dernières analyses de la Chambre de commerce et d’industrie ne sont guère positives vu que «les anticipations sur l’investissement pour les douze prochains mois sont en baisse».
40% des opérateurs économiques, sondés par la Chambre de commerce dans le cadre de la compilation du baromètre de confiance, «affirment qu’ils vont baisser le niveau de leurs investissements au cours des douze prochains mois par rapport aux douze mois précédents».Plus loin, le document ajoute que«les entrepreneurs affirment qu’au vu du niveau de la demande et aussi du coût du capital, ils vont limiter leurs dépenses d’investissements».
Avec le baromètre de confiance à son plus bas niveau depuis 2010, la Chambre de Commerce a identifié une série de facteurs inhibitifs, dont entre autres la faiblesse dans la demande interne, car «les attitudes de consommation sont influencées à la baisse en situation d’incertitude économique».Depuis 2009, le taux de croissance à la consommation a connu une décélération, passant de 6,5 % au cours de la période 2004 à 2008 à 2,5 % pour ces dernières années, une compétition féroce sur le marché avec «les opérateurs économiques diminuant drastiquement leurs marges pour maximiser leurs chiffres d’affaires avec une incidence sur les capacités financières, en particulier les dépenses d’investissements»et le coût du capital avec la Chambre de commerce soutenant que «le niveau élevé des taux d’intérêt implique un coût d’usage du capital plus important. Cela, d’une part, affecte la compétitivité des entreprises et, d’autre part, freine les investissements».
La décision du Monetary Policy Committee sur le Repo Rateconstituera-t-elle le signal pour une relance de l’économie, alors que la reprise sur le plan international demeure encore modeste ? La question mérite d’être posée, car en cas de nouvel échec de la ligne Bheenick au sein de cette instance, le gouverneur de la Banque de Maurice devra se tourner vers un autre bouc-émissaire au ministère des Finances.