Madame,
Je prends note que vous avez dit avoir consulté le Hansard avant de réagir. Une nouvelle fois, je constate que vos arguments sont étalés dans la presse au lieu de solliciter une rencontre directe avec moi. Avant tout, je tiens à vous rassurer : je ne suis nullement « agacée » par cet état de choses. Permettez-moi cependant de vous dire que si vous aviez entamé la démarche de me contacter, elle aurait été reçue très positivement. Je pense même que plusieurs zones qualifiées par vous « d’opacité procédurière des pouvoirs publics » auraient pu être clarifiées.
Je me vois donc dans l’obligation de vous répondre, bien malgré moi, par le même medium que vous avez utilisé. Car semble-t-il, je suis connue pour ne pas étaler mes propos dans la presse. Rassurez-vous donc madame, je ferai de mon mieux pour ne pas prendre une page de journal entière pour vous répondre. J’espère aussi que dorénavant, nous pourrons communiquer en direct et non par le biais de forum interposé.
Tout d’abord, je commencerai par vous dire qu’initier une enquête sur le mode opératoire du centre OpenMind n’a en soi rien de répréhensible. Cette démarche ne doit pas être considérée avec appréhension, mais plutôt comme une mesure de précaution légitime que nous prenons après le malheureux épisode du Foyer Namasté. Ceci, afin de nous assurer du respect des paramètres de confidentialité, de sécurité et de légalité dans lesquels les enfants sous tutelle de mon ministère doivent évoluer.
Vous dites avoir lu le Hansard : vous semblez l’avoir parcouru avec un oeil émotif et partial. Votre chronologie d’évènements est erronée.
En effet, j’ai clairement indiqué dans ma réponse initiale, ainsi que dans certaines interpellations supplémentaires (donc à plusieurs reprises !), que suite à une information obtenue le 8 avril 2013, à l’effet que le centre OpenMind avait des renseignements sur des abus qui auraient été perpétrés à l’encontre des pensionnaires du Foyer Namasté, j’ai mandaté, le 9 avril 2013, un officier de mon ministère auprès de votre institution. Ce dernier était accompagné d’un officier de police affecté à la CDU.
Vous leur avez remis un document. Pour respecter la confidentialité des enfants qui y sont cités ainsi que les situations troublantes qui y sont mentionnées, je n’ai pas déposé ce document à l’Assemblée nationale.
Cependant, aurions-nous été mis au courant des faits mentionnés par vous – qui toujours, selon vous, auraient été portés à votre attention depuis 2012- au moment où vous en aviez pris connaissance, mon ministère aurait agi en conséquence. Votre désir de protéger les enfants rejoint, certes, celui de mon ministère. Cependant, force m’est de constater que sans la visite de mes officiers dans vos locaux, ce fameux document ne nous serait sans doute jamais parvenu !
Votre lettre ouverte, dans Le Mauricien du jeudi 30 mai 2013, fait état de votre démarche pour informer la PS de mon ministère par téléphone et où on vous apprend qu’elle est en congé. Madame, le ministère est une institution dont le mécanisme prévoit le remplacement des officiers de cadres supérieurs en cas d’absence. La PS étant en congé, est automatiquement remplacée par un officier qui assure la suppléance. C’est donc à l’Acting Permanent Secretary qu’il aurait fallu s’adresser. Vous ne l’avez pas fait contrairement à ce que vous déclarez plus bas dans votre lettre où vous dites que « c’est après avoir contacté le PS de votre ministère … que nous nous adressons à la presse. »
Vous mentionnez aussi Madame, que lors de la session thérapeutique du 20 avril 2013, à laquelle trois enfants, anciens résidents du Foyer Namasté auraient participé dans votre établissement, “le constat est alarmant : grande tristesse et pleurs de leur part… l’équipe thérapeutique est très inquiète de leur état psychologique.”
Ce fait n’a jamais été rapporté à mon ministère. Pourtant, nous avons la tutelle de ces enfants et vous dites vouloir collaborer avec nous. Et permettez-moi de vous dire encore une fois que vous faites erreur sur la date. Ces enfants sont allés au centre OpenMind le 13 avril 2013 et non le 20. C’est à se demander si vous savez quand ils viennent chez vous !
Mon ministère, je tiens à le souligner, n’a jamais refusé de travailler avec votre institution. C’est pourquoi nous vous avons envoyé une lettre en vous disant que votre requête était « under consideration ». De plus, le 17 mai 2013, les officiers de mon ministère ont rencontré vos représentants. Le but était d’explorer les possibilités de coopération avec votre établissement et surtout d’harmoniser vos paramètres de fonctionnement à ceux de mon ministère pour éviter tout macadam. L’éventualité d’un accord a aussi été explorée. Tout cela sont des preuves, si besoin est, de notre bonne foi.
Les détails relatifs aux qualifications de votre personnel ont été requis dans un esprit de transparence et dans le contexte d’une question parlementaire, ce qui explique l’urgence de notre demande. Il n’y a en cela rien de répréhensible pour qui n’aurait rien à cacher. Il m’a aussi été rapporté que vous aviez des difficultés à produire les Certificate of Character de votre personnel. Je comprends que si vous aviez à les obtenir en 24 heures, la tâche eut été impossible. Cependant, étant donné que vos employés interagissent directement avec des enfants, il n’aurait pas été déraisonnable de présumer que vous les ayez déjà en votre possession.
Madame, vous faites référence à notre passé mutuel de journaliste. Maintenant que vous êtes directrice responsable d’une ONG et moi ministre, nous pouvons considérer que nos priorités sont autrement définies.
Mon premier souci est d’agir dans l’intérêt supérieur de l’Enfant. Il me semble que ce n’est pas en étalant les révélations sensibles d’enfants vulnérables dans les médias que nous les protégeons efficacement.
Pour terminer, permettez-moi de vous rassurer. A aucun moment avons-nous tenté de vous couper la parole. Encore moins « celle de ces trois enfants et de les enfermer dans un silence terrifiant ». Depuis leur transfert du Foyer Namasté, ils sont régulièrement suivis par des psychologues de mon ministère. Le « constat alarmant » dont vous faites mention n’est certainement pas le leur ; encore moins celui de la responsable du shelter où ces enfants vivent tous les jours depuis plusieurs semaines.
Mon Ministère porte la responsabilité légale de ces trois enfants qui fréquentaient votre établissement. La responsabilité relative à leur protection, m’octroie la possibilité d’agir au mieux de leur intérêt sans me laisser influencer ni forcer la main.
Mon Ministère porte également la responsabilité du développement et de la protection de tous les enfants mauriciens. En tant que Ministre, je me réserve donc le droit, à l’instar de tout parent, avec l’aval de la cour de justice, de décider des établissements où le ministère confie les enfants sous sa tutelle.
PS : Sur une autre note, je ne sais pas si c’est vous qui avez dessiné la caricature, mais je la trouve très amusante. Dommage qu’elle soit accompagnée d’un adjectif qui reflète le mindset de l’auteure !
31 mai 2013