Incroyable découverte de l’équipe du Dr Daniel Marie qui travaille au Mauritius Oceanographic Institute. Constat scientifique : les éponges marines dans les eaux mauriciennes ont des vertus curatives. Leur grande force étant qu’elles peuvent lutter, dans une grande mesure, contre des cellules cancéreuses. Pour leur défense, elles produisent des substances toxiques qui se révèlent anticancéreuses.
Derrière la découverte des éponges marines aux vertus curatives, un homme : Daniel Marie, chimiste de formation et Principal Research Scientist au Mauritius Oceanographic Institute (MOI) qui explique que les éponges marines sont des animaux vivant dans des fonds marins. Elles sont parvenues à générer leur propre carapace chimique comme défense pour se protéger des prédateurs.
Daniel Marie insiste beaucoup sur le travail de groupe. Pour lui, le mérite revient à toute son équipe du MOI. Les recherches sur les éponges marines ont démarré en 2004. Elles ont été extraites en haute mer à plus de 40 mètres. La première étape pour la récolte de ces éponges se passe en mer. L’équipe du Dr Marie cible des lieux bien précis comme Trou-aux-Biches, Grand-Baie, Belle-Mare, Balaclava pour aller à la recherche de ces organismes marins aux vertus médicinales qui vivent dans nos eaux profondes.
Le Principal Research Scientist au MOI et son équipe se font accompagner par des plongeurs professionnels de la garde-côte nationale au cours de leur sortie en mer et ont toujours sur eux leurs équipements et le matériel de plongée. Les sorties sont fixées à l’avance – les mardis – et un planning très strict est respecté, aucun plongeur n’ayant droit à l’erreur.
Plongeon jusqu’à 40 mètres de profondeur
Les membres du MOI, délégués pour cette plongée dans les eaux mauriciennes, savent à l’avance le travail qu’ils doivent effectuer. Ils plongent jusqu’à 40 mètres de profondeur… Commence alors l’ultime chasse à l’éponge marine rare connue comme le dragmasidon sp. Cette éponge – lors des vérifications et autres études poussées – a permis aux membres du MOI de découvrir ces vertus anticancéreuses.
La particularité de ces éponges est qu’elles sont d’origine animale. Elles s’accrochent aux rochers et aux coraux grâce à leurs structures poreuses et peuvent être également visibles à marée basse sur les plages de notre île. Le scientifique Daniel Marie indique que lorsqu’il a vu pour la première fois ces éponges, lui et ses assistants ont décidé d’envoyer plusieurs fragments au Centre national de recherches scientifiques (CNRS) à Paris. Aux données recueillies, les chercheurs se sont aperçus que l’un des extraits d’éponges, en l’occurrence le petrosia, pouvait tuer 96 % des cellules cancéreuses.
Ouvrant une parenthèse à cet effet, le Dr Daniel Marie explique que l’activité du petrosia a été testée sur les cellules cancéreuses de l’utérus et s’est avérée concluante. « On a treize différentes espèces d’éponges qui ont des activités sur au moins une des neuf cellules cancéreuses sur lesquelles on a fait des tests. Cinq éponges ont des activités sur sept des neuf éponges cancéreuses. Ces tests in vitro se font à Maurice. Notre protocole de test est identique à celui pratiqué au CNRS. »
Au centre de recherches d’Albion Fisheries Research Centre, Avin Ramanjooloo, Associate Research Scientist, explique que les éponges sèches sont répertoriées, étiquetées et placées dans des sacs en plastique et mises dans les congélateurs. Les éponges non identifiées doivent contenir un numéro de code avant d’être envoyées à Amsterdam pour que le chercheur sache à quelle espèce elles appartiennent. S’il se dégage parfois une certaine odeur forte, c’est parce que les éponges sortent de la mer et contiennent du iode, du chlore…
« Il faut découper, déshydrater les éponges et les placer dans un freeze dryer (congélateur) pour les préserver. Ensuite intervient un procédé de macération à base de méthanol et de dichloromethane pour extraire les molécules de l’éponge. Cela aide à débarrasser l’éponge de toutes substances chimiques. On procède alors à une sélective extraction pour avoir les extraits non–polaires, semi-polaires et polaires. Ce sont ces extraits qui vont être envoyés au laboratoire du Cell Culture Lab Mauritius Oceanography Institute pour être testés sur les cellules cancéreuses », indique Avin Ramanjooloo.
Potentiel thérapeutique
Deuxième étape, direction le Centre de recherches de la culture cellulaire du MOI à Quatre-Bornes, où les Associate Research Scientists Girish Beedesee et Prerna Roy travaillent sur une de ces éponges. Girish Beedesee explique qu’il existe plusieurs variétés et variantes de ces éponges. « Quand on plonge, il y a certains qui ramassent les éponges et un autre qui prend des photos des éponges dans son habitat naturel. C’est intéressant de bien se rappeler les espèces d’éponges rapportées. Au laboratoire, cela se révèle utile pour les distinguer, car il existe des éponges de la même espèce mais de couleur différente, de la même couleur mais pas de la même espèce. »
Girish Beedesee rappelle que les photos prises sous l’eau lors de la récolte de ces éponges sont envoyées à Amsterdam pour leur identification et pour permettre de répertorier chaque éponge selon son nom et son espèce… Montrant la qualité de la variété d’éponge récoltée qui se trouve présentement dans le laboratoire de Quatre-Bornes, Prerna Roy explique que les éponges appartiennent à la classe des porifera, terme grec qui signifie « trous ». Ces trous permettent à l’eau de mer d’irriguer l’éponge, c’est précisément en filtrant l’eau que ces organismes marins se nourrissent.
On distingue des éponges qui changent de couleur et cela est normal confirme notre guide Prerna Roy, le changement étant dû aux mécanismes de défense de ces éponges. Ces mêmes éponges, soutient-elle, sont capables de soigner neuf types de cancer, dont celui du foie, du col de l’utérus, du sein, la leucémie, de la bouche, du poumon, du pancréas, etc…
Revenant sur la manière dont ces éponges sont traitées dans le laboratoire de Quatre-Bornes, Prerna Roy explique qu’en premier lieu les éponges sont reçues du laboratoire de chimie d’Albion et qu’après une première extraction, les scientifiques cherchent à isoler toutes molécules ayant un potentiel thérapeutique. « Ces molécules sont alors acheminées vers le laboratoire de Quatre-Bornes et testées sur les cellules cancéreuses qui ont été grandies dans ce même établissement scientifique. »
Et Prerna Roy de préciser : « On achète les petites ampoules de cellules en Amérique, certains on les reçoit en cadeau et ces ampoules renferment des cellules cancéreuses qui seront grandies dans le labo simplement en les plaçant dans des éprouvettes renfermant une mixture de différents composants qui leur permettent de grandir et qui peuvent être même vues à travers un microscope connecté à un écran d’ordinateur. » Les cellules, poursuit Prerna Roy, peuvent prendre 48 heures ou trois jours pour grandir dépendant des caractéristiques qu’elles représentent.
À la question de savoir le pourquoi de l’agrandissement de ces cellules, notre interlocutrice répond : « C’est pour permettre d’avoir une quantité suffisante pour pouvoir tester l’effet de nos échantillons provenant d’éponges sur ces cellules. » Ces mêmes cellules sont par la suite placées dans des puits et il en est de même pour les échantillons d’éponges obtenus du laboratoire d’Albion qui sont également placés dans les mêmes puits contenant les cellules cancéreuses, et ce n’est qu’à travers un test biologique que ceux affectés sur ce projet obtiendront des données qui leur permettront de pouvoir connaître la capacité de ces échantillons capables de tuer ces cellules cancéreuses.
Jusqu’à présent, indique Prerna Roy, les recherches pour une guérison totale du cancer sont à un stade préliminaire. Il n’empêche que les chercheurs sont sur la bonne voie. « Les échantillons qui peuvent tuer les cellules cancéreuses devront être purifiés et la molécule ayant l’effet de tuer les cellules cancéreuses isolée, mais on se rapproche à un résultat concluant, le petrosia ayant démontré qu’il était capable de tuer jusqu’à 96 % des cellules cancéreuses. »
L’Associate Research Scientist Prerna Roy ajoute que les chercheurs veulent trouver une molécule en mesure de tuer les cellules cancéreuses sans provoquer d’effets secondaires. « Dès que c’est un succès, la mission est de patenter cette molécule et de la proposer à des compagnies pharmaceutiques qui se chargeront de la développer en médicaments qui aideront à vaincre le cancer. »
Daniel Marie indique qu’à Maurice il existe un nombre suffisant d’éponges pour extraire des échantillons. « Dix-huit des éponges identifiées n’ont jamais fait l’objet de recherches scientifiques dans le monde. Huit d’entre elles ont été testées sur les cellules cancéreuses du CNRS. Il y a de grandes possibilités de découvrir des molécules qui d’un point de vue pharmaceutique pourraient aider à guérir les gens atteints de cancer. »
L’équipe du Dr Daniel Marie prépare d’ailleurs un livre « A guide to the spongius » pour dire au monde entier que les eaux mauriciennes renferment certaines espèces d’éponges qui sont intéressantes de point de vue médicinal. Et aussi pour informer les plongeurs qui travaillent avec des touristes qu’ils sachent qu’il y a des organismes marins qui doivent être protégés.
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Caractéristiques
L’éponge orange est une éponge qu’on a récoltée à une profondeur variant entre 12 et 20 mètres en dehors des lagons du nord-nord-ouest de Maurice. Elle appartient au genre Acanthella, très délicate au toucher et facile à prélever de son substrat. Quant à l’éponge bleue, on le voit dans des eaux entre 3 et 7 mètres de profondeur dans le lagon et aussi hors du lagon à l’est de Maurice. Elle appartient au genre Amphimedon. Elle est très délicate au toucher et se casse facilement.
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Lexique des coraux
Une autre étude menée par le Dr Daniel Marie repose sur les coraux mous qui peuvent aussi avoir des vertus thérapeutiques. Le scientifique explique que les coraux font partie de l’embranchement (Phylum) des Cnidaires qui est situé sur les branches basses de l’arbre de l’évolution, dont les méduses, le corail, les anémones de mer.
« Environ 10 000 espèces ont été répertoriées. Ils appartiennent à l’embranchement d’invertébrés des Coelentérés, du grec Coelenteron, qui veut dire “intestin creux”. Ces animaux sont constitués d’une poche creuse où s’opèrent la plupart des phénomènes physiologiques, la nutrition, la reproduction et la respiration. Il existe deux classes de coraux : ceux à 8 tentacules (octocoralliaires), ayant leur propre squelette interne (coraux mous).
« Le groupe des “coraux mous” ne présente pas de squelette rigide, d’où leur nom de mous ; leur structure est maintenue par de simples spicules (petits bâtonnets) calcaires. Leurs couleurs comme leurs formes sont très diversifiées : en forme de champignon, de coupe, de cerveau ou de doigt. Les gorgones, qui sont aussi des octocoralliaires, ne ressemblent pas aux coraux. Ce sont des masses arborescentes charnues aux polypes nombreux, dont le squelette est en corne souple et non en calcaire, mais qui contient des particules calcaires.
« Le test anticancer effectué sur l’extrait d’un de nos coraux mous démontrait une activité de plus de 95 % de cellules du cancer neutralisé. D’ailleurs, plus de 2 500 nouvelles structures chimiques découvertes proviennent de ce groupe d’animaux marins. Ceux aux tentacules multiples de 6 (hexacoralliaires), connus sous le nom de madréporaires ou anémones de mer, sont pour la plupart des animaux coloniaux pourvus d’un squelette externe calcaire (coraux durs). »