Pratiquement toutes les gares routières ont connu au moins un mort. Et on n’est guère parvenu à trouver des moyens pour améliorer la sécurité, si ce n’est des solutions palliatives. Avec les vacances scolaires, il devrait y avoir moins de passagers le matin et l’après-midi aux abords des gares, mais le danger demeure permanent pour diverses raisons : manque de discipline des chauffeurs et des passagers, mais aussi présence des marchands ambulants, qui gênent considérablement le passage des piétons…
“Des dispositions ont été prises aux abords des principales gares pour assurer la fluidité du trafic et la sécurité routière”, affirme l’inspecteur Bijaye Rambhursy de la Traffic Branch. Pourtant, cela n’empêche pas qu’il y ait chaque année des accidents fatals à ces endroits et à leurs abords. Avec un pic en 2009, quand six personnes ont trouvé la mort.
La gare Cardinal Margéot, à Rose-Hill, est parmi les plus fréquentées. Outre les autobus à destination de toutes les villes, on peut aussi se rendre dans les régions de l’est et du nord-est comme Rivière du Rempart. Prendre un bus desservant les quartiers périphériques de Beau Bassin, Rose-Hill et Quatre-Bornes n’est pas sans risque pour les usagers : ils doivent quitter la plate-forme extérieure destinée aux piétons pour traverser la voie utilisée par les véhicules afin d’accéder aux autobus stationnés presque au centre de la gare. Mais il arrive aussi que certains s’entassent sur un monticule juste à côté, avec les risques que cela comporte. Ils se retrouvent alors pris en sandwich entre les bus en stationnement et ceux qui doivent passer pour prendre les passagers en direction de Port-Louis ou qui quittent la gare. Le moindre instant d’inattention peut s’avérer fatal. Faute de place, les bus desservant ces lignes n’ont pas d’alternative.
Parking sauvage.
Autre gare routière, autre situation, mais même danger. Depuis sa rénovation, il y a quelque temps, la gare Victoria à Port-Louis offrait un certain confort et sécurité. Mais au fil des années, l’anarchie s’est installée. Sont montrés du doigt l’indiscipline des chauffeurs et des piétons ainsi que la présence de marchands ambulants. Ces derniers gênent le passage car ils sont installés de manière désordonnée à divers endroits, et particulièrement sur les trottoirs. Les usagers n’ont alors aucun autre recours que de marcher sur la chaussée. C’est ce que dénoncent les chefs de gare, les receveurs et d’autres habitués des lieux. Pour eux, une présence régulière de la police aurait contribué à assainir la situation car marchands et policiers se livrent au jeu du chat et de la souris.
Par ailleurs, il n’est pas rare de voir des autobus arriver ou quitter une gare routière à une vitesse excessive. C’est d’autant plus dangereux que faute de place dans les aires de parking, les autobus stationnent sur les passages réservés aux piétons. Ce qui oblige ces derniers à marcher sur la chaussée ou à slalomer entre les bus pour pouvoir circuler.
Le parking sauvage crée également des embouteillages. Conscient de ce problème, la police ne peut que verbaliser les chauffeurs et faire des recommandations aux autorités concernées : municipalités, conseils de district et Traffic Management Road Safety Unit (TMRSU), pour prendre les mesures qui s’imposent.
Tro bokou bis.
Des solutions sont à l’étude pour trouver d’autres espaces de stationnement pour les autobus. Il est indéniable que pratiquement toutes nos gares routières ne sont plus en mesure d’accueillir le nombre de bus et de passagers qui y transitent quotidiennement, car n’ayant pas été agrandies. “Ena tro bokou bis, lagar-la tro tipti”, déplore une receveuse d’autobus affectée à la Gare du Nord.
Avis que partage Emma, habitante de Quatre-Bornes, qui est témoin régulièrement des dangers qui guettent les usagers de la gare de sa localité. Pour elle, les différentes destinations des autobus ne sont pas clairement indiquées. Les passagers occasionnels sont souvent désorientés et vont d’abribus en abribus pour se renseigner, ce qui peut s’avérer dangereux pour eux.
La conception même des gares est aussi remise en cause. Elles sont dessinées de telle manière que les passagers sont contraints de traverser la chaussée à un moment ou à un autre. “C’est dangereux”, confirme l’inspecteur Rambhursy. Mais la police note également qu’ils sont nombreux à trouver plus pratique de traverser une gare de long en large pour éviter de faire des détours.
Sensibilisation.
Pour nos différents interlocuteurs, des barrières de sécurité auraient dû être installées pour bien délimiter les passages pour les piétons et ceux réservés aux autobus. Des patrouilles policières plus régulières sont également souhaitées car leur présence est dissuasive et fait régner un semblant d’ordre, selon plusieurs passagers interrogés. L’inspecteur Bijaye Rambhursy affirme que les chauffeurs sont souvent verbalisés pour leur conduite dangereuse et que des sessions de travail à leur intention ainsi que pour les receveurs d’autobus ont lieu régulièrement afin de mieux les sensibiliser sur la sécurité.
Une plus grande attention leur est aussi demandée à l’égard des personnes âgées et des écoliers, qui sont les plus vulnérables à cause de leur capacité limitée de réagir face au danger. Mais vu les différentes tâches qu’ils doivent accomplir (prévenir les vols à l’arraché, assurer la fluidité du trafic, gérer le problème des marchands ambulants), les policiers ne peuvent avoir l’oeil à tout, concède Bijaye Rambhursy. Aussi invite-t-il chaque usager à prendre ses responsabilités et à bien se comporter afin de minimiser les risques d’accidents.
Les chauffeurs ne sont les seuls à blâmer. Des campagnes de sensibilisation devraient être menées et des sanctions prises à l’égard des piétons qui marchent avec nonchalance sur les gares, soutient un passager. “Zot pa kas latet ar bis. Sofer ki bizin fer atansion”, ajoute un receveur.