Si de manière générale Maurice connaît une baisse de fécondité, par contre, dans des régions où il existe une concentration de logements précaires, les grossesses multiples augmentent le nombre de foyers à familles nombreuses. Cette situation qui dure depuis des années a aussi pour conséquence la transmission de la pauvreté intergénérationnelle.
Malgré les différents programmes d’aides sociales que pourvoit l’État pour permettre aux milliers de familles en situation de vulnérabilité économique de vivre avec le minimum vital et de sortir de l’exclusion, la pauvreté dans certains foyers n’a pas reculé d’un iota ! Pourtant, ces mesures — allant d’allocations diverses au logement — instaurées par l’État ne sont pas les seuls mécanismes visant à soutenir les familles vivant dans la précarité. Celles-ci sont généralement complémentées par d’autres programmes de réintégration sociale et économique taillés sur mesure par des organisations non-gouvernementales.
Cependant, force est de constater que malgré les efforts de part et d’autre, des familles pauvres ne parviennent toujours pas à accéder à de meilleures conditions de vie. Non pas parce qu’elles ne bénéficient pasd’aides existantes, mais parce que la volonté de maintenir la tête hors de l’eau, au mieux sortir de l’exclusion, leur fait défaut. Cette situation est réelle dans bien des poches de pauvreté. Et ce, au grand désespoir des intervenants désireux de faire reculer la pauvreté. Conséquence : on assiste à l’aggravation de la précarité matérielle dans certains foyers résultant de la transmission d’une pauvreté (sous toutes ses formes) intergénérationnelle.
Par ailleurs, si l’on se réfère à l’édition de cette année du Family Planning and Demographic Year Book du ministère de la Santé, il est dit que le pays connaît une baisse de fécondité, modifiant ainsi notre profil démographique. Mais lorsqu’on se rend dans différentes régions où il existe une concentration d’habitations précaires, la réalité en matière de fécondité est autre, comme l’atteste les grossesses précoces et les familles nombreuses.
Elle attend son quatrième  enfant à 21 ans
Les naissances multiples dans les familles pauvres renforcent également la probabilité que, sur le long terme, le risque que la pauvreté intergénérationnelle s’installe. Dans cet ordre d’idées, le cas d’un jeune couple rencontré à Surinam interpelle. Elle a 21 ans et lui en a 28. Les deux vivent dans un logement délabré et dépourvu d’hygiène. Elle est tombée enceinte à 15 ans; elle est aujourd’hui mère de trois enfants. “Le quatrième arrive dans trois mois”, dit-elle en caressant son ventre arrondi par cette grossesse, qui serait non désirée. Le dernier né du couple n’a qu’un an et demi, tandis que la cadette, 4 ans, n’a pas été déclarée. Les petits, sales, évoluent dans la même précarité qu’a connue leur mère. Elle confie avoir interrompu sa scolarité pour travailler à l’âge de 12 ans.
Chez elle, la nourriture faisait défaut et sa mère tolérait la présence des amis alcooliques de son père. Et ce serait dans ce contexte qu’elle aurait été “vendue” par son père, à un ami de celui-ci. À 17 ans, elle était déjà mère de deux enfants de cet homme aussi âgé que son père ! Il aurait même, raconte la jeune mère, tenté d’abuser de sa fille âgée alors d’un an. Depuis 4 ans, sans travail, elle a emménagé avec son nouveau compagnon, lui aussi issu d’un milieu familial fragilisé. Lui, affirme avoir toujours travaillé pour le progrès de sa famille. Mais l’état délabré de sa maison construite en partie en tôle, grâce au social housing programme de la National Empowerment Foundation, laisse comprendre les difficultés du couple, malgré le soutien des uns et des autres pour sortir de l’engrenage de la pauvreté.
Quelques mètres plus loin de la maison du couple, une cinquantaine de familles occupent un terrain de l’État. Situé à l’entrée du cimetière de Souillac et non loin de Surinam, ce terrain a vu débarquer les premiers squatters il y a 20 ans. D’ailleurs, ces derniers sont depuis surnommés “squatters cimetière”. Parmi les premiers à s’y être installés, Radha, 48 ans. En quête d’un emploi, cette mère de famille de quatre enfants a des difficultés financières. Son fils aîné, sans emploi, et sa jeune épouse attendent un enfant. Après leur mariage, ils ont élu domicile chez Radha. Ils occupent une petite chambre en tôles. Si Radha et son mari ont amélioré leur cuisine, ailleurs, dans les autres pièces le confort est inexistant. Les toilettes sont en mauvais état. Le revenu irrégulier du mari de Radha et le salaire d’un autre fils servent à rembourser l’emprunt contracté pour organiser le mariage du fils aîné. Ce dernier a épousé une fille qui, comme lui, est issue d’une famille de squatters.
Quand les “squatters cimetière” n’agrandissent pas leur maison (depuis que l’État leur a accordé le terrain à bail) comme ils peuvent, ils font de la place pour les nouveaux membres de la famille. Cela a été le cas pour une autre jeune femme rencontrée sur les lieux et qui a été accueillie par la mère de son mari. À 27 ans, elle attend son troisième enfant. Sa fille aînée a huit ans. “J’habitais déjà là quand je l’ai connu”e, confie la jeune femme, qui accouchera dans quelques jours. Elle travaille dans une école maternelle; lui est maçon. Faute de moyens, dit-elle, le berceau du futur bébé n’est pas encore arrivé. Comme ses parents, le nouveau-né grandira dans un milieu où la pauvreté est une réalité, souvent générationnelle, mais pas une fatalité. À condition qu’il ait accès aux moyens et outils qui l’intégreront dans la société et qu’il sache saisir des opportunités qui le feront sortir de l’assistanat .