De nouveaux champions émergent régulièrement sur la scène sportive mauricienne. Quel est le sentiment qui domine lorsque l’on devient un athlète reconnu et que ressent-on dans sa tête ? Richarno Colin, champion de boxe, Aurélie Halbwachs et Yannick Lincoln, cyclistes titrés, ainsi que Judex Lefou, champion mauricien que l’on ne présente plus, nous ont livré leurs impressions.
“On ne réalise pas tout de suite ce qui nous arrive”, confie Judex Lefou. “Le fait de gagner est un sentiment difficile à décrire”, ajoute Aurélie Halbwachs. “C’est bien sûr très positif, et je suis à chaque fois heureuse. La joie est relative à l’importance de l’événement.”
Ils ont travaillé très dur pour en arriver là. Comme l’explique Richarno Colin, être un sportif de haut niveau n’est pas chose aisée. “Il faut travailler très dur, avec des séances d’entraînement quotidiennes. Comptez environ deux heures de séances le matin, et autant le soir, tous les jours de la semaine.”
Satisfaction.
Lorsqu’ils remportent une médaille, la satisfaction est grande, mais c’est surtout celle du travail accompli. “Gagner apporte une grande satisfaction personnelle, celle du travail récompensé. Cela procure une immense sensation de réussite”, souligne Yannick Lincoln.
Se retrouver sur le podium et recevoir sa médaille pendant que l’hymne national mauricien résonne dans le stade est un moment privilégié. “Je me suis senti ému, tellement content ! Cela m’a donné un gros frisson !”, se remémore Richarno Colin.
La joie de leur entourage est aussi importante. “Lorsque l’on gagne, tout notre entourage est auprès de nous et partage notre bonheur. À mon avis, c’est la plus grosse satisfaction : voir la fierté sur leurs visages. Nous ne serions pas si contents si nous n’avions personne pour partager notre joie”, précise Yannick Lincoln.
Fin de l’anonymat.
C’est dans les jours qui suivent sa performance qu’un champion prend conscience de son nouveau statut. De sportif anonyme, il devient soudain un athlète reconnu. Les gens le regardent différemment, et l’arrêtent parfois pour lui parler. “On voit que quelque chose a changé”, déclare Richarno Colin. “Le regard des gens est différent. Lorsque j’ai débarqué à l’aéroport, plein de gens m’attendaient. L’accueil était incroyable ! C’est là que j’ai commencé à réaliser que les choses avaient changé.”
C’est souvent dans le regard des autres qu’ils découvrent leurs nouvelles identités de champions. “À force d’avoir des gens que l’on ne connaît pas qui viennent vers nous pour nous parler de ça, ou avec les médias qui nous contactent, l’on prend peu à peu conscience qu’on est un champion”, souligne Judex Lefou.
Les pieds sur terre.
Dans la vie quotidienne, ces sollicitations pourraient sembler pesantes. Pourtant, nos champions semblent relativement bien les accepter. “Cela ne me cause aucun problème”, soutient Richarno Colin. “Je prends le temps de parler à tout le monde. C’est agréable d’avoir autant de soutien.” Mais leur patience a tout de même des limites : “Le seul moment où cela me dérange un peu, c’est lorsque je suis en plein entraînement, et que je dois me concentrer”, avoue Richarno Colin. À la longue, cette notoriété peut poser problème, confie Judex Lefou : “On a envie d’être parfois un peu tranquille, d’avoir un minimum d’intimité. Ce n’est pas toujours facile d’être reconnu. Mais il faut le prendre de façon positive.”
Il faut surtout savoir garder les pieds sur terre. “Il ne faut surtout pas prendre la grosse tête”, conseille Judex Lefou. “La gloire est éphémère, elle ne dure qu’un temps, et ensuite on nous oublie. Il y aura d’autres champions après nous.” Nos champions nationaux savent donc garder la tête froide. “Je ne suis pas une superstar !”, s’amuse Yannick Lincoln. Même son de cloche chez Richarno Colin : “Je sais très bien que je suis soutenu dans la victoire, mais je sais aussi que dans la défaite, je ne le serai pas autant. Je le déplore, car nous avons besoin de soutien dans la défaite comme dans la victoire.”
Grosse pression.
Nos champions ne peuvent plus se reposer sur leurs lauriers. Remporter un titre met une pression énorme sur leurs épaules. “Le seul inconvénient quand on est champion, c’est d’avoir à toujours être à la hauteur de ce qu’on a pu réaliser dans le passé”, déclare Aurélie Halbwachs. “Je ressens toujours l’appréhension de faire moins bien, malgré une préparation intense.” Judex Lefou confirme cette inquiétude : “Le champion doit toujours répondre aux attentes du public. Et comme nous avons su faire rêver les spectateurs une fois, ils s’attendent à ce que nous réitérions cet exploit à chaque nouvelle épreuve.” Les athlètes n’ont plus le droit à l’erreur. “Il faut tout le temps s’améliorer.”
Quand le champion ne peut plus aller plus loin, n’arrive plus à s’améliorer, il doit apprendre à lâcher prise. “Quand on sent qu’on plafonne et qu’on ne peut plus progresser, il vaut mieux se retirer”, estime Judex Lefou. “C’est vraiment dommage qu’à Maurice, rien n’est programmé pour le suivi d’anciens champions. Pendant notre carrière sportive, nous avons beaucoup de facilités, des aides financières ponctuelles, mais rien n’est prévu à long terme pour nous aider à nous retirer.” Dans les autres pays, les athlètes sont suivis dans leur vie quotidienne jusqu’à un certain âge, bien après qu’ils se sont retirés des stades. “Ici, lorsqu’on se retire, il n’y a plus d’aide, plus rien…”