Médine Sugar Estate a fêté cette année ses 100 ans d’existence. Outre la production de sucre, elle a diversifié ses activités dans plusieurs secteurs, dont la distillerie et l’agricole. Avec un patrimoine foncier de 10 700 hectares et quelque 1 800 employés, l’établissement recèle de lieux insolites avec des cavernes. Médine sera transformée vendredi en haut lieu artistique. L’occasion pour nous de visiter la propriété sucrière de l’ouest riche en couleurs et en arômes…
Les insolites de Médine
Kersley Khadoo, chargé de communication à Médine, nous invite à découvrir quelques endroits insolites et historiques de l’établissement. « Quand on parle des terres de Médine, on ne parle pas que du développement agricole ou foncier. Il y a aussi plusieurs petits endroits et monuments historiques encore méconnus qu’il faudrait faire découvrir aux Mauriciens… »
La Caverne Tyack de Petite-Rivière, nichée dans les profondeurs de Médine, en est un exemple. Pour la repérer, il faut se frayer un chemin à travers les champs de canne. Ce lieu, souligne Kersley Khadoo, est connu des habitants de la région, qui se souviennent encore de la gare ferroviaire qui se trouvait pas loin.
À la Caverne Tyack, des hirondelles y ont élu domicile et il se raconte que la bave de ces oiseaux était auparavant utilisée à des fins médicinales. Cette excavation naturelle a aussi servi de refuge aux évadés des prisons de la région et de repère aux esclaves marrons. « C’est dans un silence de cathédrale que cette caverne continue sa route sous terre avant de resurgir à Pointe-aux-Caves, non loin d’Albion », explique le chargé de communication à Médine.
Autre lieu : la Caverne du Docteur Ducasse, qui se trouve à quelques centaines de mètres de la route Royale à Beaux-Songes. « La caverne est constituée de deux galeries, dont une partie, qui s’est effondrée, est désormais exposée “au grand air” »Selon l’historien Magon de St. Ellier, explique Kersley Khadoo, le Dr Ducasse avait aménagé la caverne pour y faire la fête. Appréciant tellement ce lieu, l’ancien propriétaire a même demandé qu’on l’y enterre. Sa tombe s’y trouve toujours. Le four à chaux de Tamarina, datant du 19e siècle et situé à quelques pas du Bar Beach Club, est aussi un site intéressant à découvrir. Kersley Khadoo raconte qu’à l’époque Edmond Icery, un chimiste, utilisait de la chaux dans la transformation du sucre brun en sucre blanc. Depuis, le four à chaux a été restauré et occupe une place privilégiée au sein du Tamarina Hotel Beach, Golf & Spa. Il existe aussi non loin du Cascavelle Shopping Village, une structure en forme de tour pigeonnier ; qui se dresse comme une tour de garde et qui de près ressemble à un moulin à eau. Cette tour sera prochainement restaurée, indique M. Khadoo. « Des travaux sont en cours dans la région entourant ces ruines… Un parcours de santé, voire un green open space network, sera créé à la station-service Shell à l’entrée de l’établissement sucrier de Médine. »
Le Pink Pigeon Rum aux origines de l’histoire des îles
Construite en 1926, la Medine Distillery & Co. Ltd est à ce jour une entreprise qui ne cesse d’innover. Elle produit cinq millions de litres d’alcool brut par an. La moitié de cette production est destinée à l’exportation.
Le Pink Pigeon Rum, fruit d’un partenariat entre Médine Limited, la Société J. Chatel et Berry Bros & Rudd (BBR), a été lancé le 28 octobre 2010. Ce rhum a bénéficié du savoir-faire d’Alain Chatel, créateur d’origine réunionnaise, qui possède une distillerie familiale à l’île Soeur. Il est commercialisé en bouteille de 700 ml et de 1 500 ml. Il tire son nom du célèbre oiseau endémique de Maurice et se veut une synthèse de ce que les îles du sud-ouest de l’océan Indien ont de plus précieux.
Le Pink Pigeon Rum est produit avec du roseau sucré des terres de Médine et de la vanille de Madagascar et de La Réunion. Un sondage du International Wine and spirit Record (ISWR) a d’ailleurs montré que ce produit est un rhum longuement élaboré pour correspondre aux attentes d’un marché niche : le segment haut de gamme. L’élément central de la stratégie de Médine pour ce rhum réside dans sa qualité et dans la rigueur appliquée à tous les stades de sa fabrication.
Alain Chatel avait déclaré lors du lancement l’année dernière : « Le Pink Pigeon Rum n’est pas comparable aux autres rhums qu’on trouve partout ailleurs. L’histoire de ce rhum se trouve intimement liée à celle des îles des Mascareignes, avec des arômes exceptionnels qui agissent comme une mise en scène émotionnelle. »
Effluves des sens à la distillerie de Médine
Le rhum agricole est fabriqué à partir du jus de la canne alors que le rhum industriel est fait avec de la mélasse. La distillerie de Médine fabrique uniquement du rhum industriel. Dans l’air, flotte des effluves d’alcool qui titillent les narines. De grosses cuves sont disposées dans chaque recoin de la distillerie, dont la première est destinée à la fermentation.
Jean Michel Lefort, guide, connaît sur le bout des doigts le procédé de fabrication du rhum. « La mélasse est transformée en vin de canne. Les levures transforment le sucre en alcool, ce qui aide à libérer les arômes. Il faudra ensuite fermenter le tout pour en obtenir un rhum de qualité. À l’issue de cette étape qui se fait à 34° C, on obtient un rhum dont la teneur varie entre 8 et 9 % en alcool et le tout après 24 heures de fermentation. »
L’autre étape est la distillation. « Le distillateur sait comment conserver les molécules aromatiques. Ce sont les colonnes de cuivre ou colonne à distiller qui aident à développer des arômes uniques. L’eau de vie produite par la fermentation est ensuite extraite pour obtenir un rhum de qualité. Le liquide obtenu est chauffé à la vapeur pour obtenir la teneur en alcool requise. Au laboratoire de Médine, on se charge de faire des analyses et de voir si tout correspond à chaque étape de l’élaboration du rhum, soit de la matière première à l’embouteillage », explique-t-il. À la distillerie de Médine, on trouve dans des caves des rhums sous diverses classifications : le rhum blanc et le vieux rhum. Pour qu’un rhum vieillit, il est enfermé dans des fûts de chêne. On apprend au fil de la visite que la distillerie proposait autrefois, à travers le Blue Bay B, un assemblage de rhum de jus de canne et de mélasse. Aujourd’hui, cette étape est révolue… Le rhum est vendu aux sociétés qui se chargent de le convertir en des produits griffés.
Jean Michel Lufor compte plus de 38 années d’expérience à Médine, dont 11 comme guide. Chaque six mois, en période de coupe, il propose des visites guidées à l’usine et à la distillerie de Médine aux Mauriciens, touristes et étudiants. L’activité de la coupe a lieu de juillet à décembre.
Des anecdotes, le guide en a plein dans son escarcelle. Avec sa verve de conteur, il apporte une touche plus colorée à la visite des lieux. Machines, turbines, grands cuves sont autant de choses à découvrir. Jean Michel Lufor explique dans les moindres détails le processus de la canne transformée en sucre ou en mélasse. Le tout est mélangé avec d’autres substances et passe par diverses étapes dans la distillerie jusqu’à l’obtention du rhum. Ces visites d’une heure et demie ont lieu du lundi au vendredi de 9 h à 15 h 30. L’entrée est à
Rs 150 pour les adultes et Rs 50 pour les enfants. Elles attirent chaque année entre 1 000 et 1 200 visiteurs.
« Les 100 bonnes actions de Médine »
Médine encourage ses employés à s’engager dans le volontariat à travers son projet 100 good deeds. Afin de permettre à chacun d’eux de faire 100 bonnes actions, chaque département a été sollicité pour organiser sept à dix actions représentées chacune par au moins un des employés.
Les volontaires, explique la CSR & Communication Officer de Médine Guianella Nuckchady, ont été invités à proposer des activités ou à participer à l’un des événements du comité Médine Volunteers ou de la Foundation Médine Horizons. À ce jour, une cinquantaine d’actions ont été faites. Une cinquantaine d’autres restent à être organisées ou complétées jusqu’à fin novembre.
La capsule temporelle déterrée dans 50 ans
Pour ses 100 ans, Médine a invité le 25 juillet des enfants à imaginer l’île Maurice de demain ou ce que sera Médine dans le futur. Kersley Khadoo explique que le fruit de leur imagination a été compilé pour être placé dans une capsule temporelle qui sera déterrée dans 50 ans. La mise en terre de cette time capsule s’est faite près de la ruine d’un moulin à eau à quelques encablures du Cascavelle Shopping Village.