Les régates font partie d’une longue tradition des gens de la mer. Avec le développement malheureusement, cette activité a perdu de son intérêt. Depuis 1998, une association a été mise en place pour redonner sa valeur aux régates. Après vingt années d’existence, elle veut passer à la vitesse supérieure et promouvoir les disciplines de voile en général dans différentes régions de l’île. Incursion dans un monde où les passionnés persévèrent contre vents et marées.
Le Mahebourg Waterfront a des allures de fête en ce dimanche de régate. La course des pirogues est une tradition dans la région et le public, composé de Mauriciens et de touristes, ne rate jamais une occasion pour apprécier ce défilé haut en couleurs. Certains viennent avec leur pique-nique pour la journée. L’événement revêt un cachet familial et convivial.
Marco Alphonse de l’Association pirogue de voile de l’île Maurice se bat pour redonner sa valeur aux régates. « Selon le livre Patrimoine maritime de l’île Maurice de Jean Marie Chelin, les régates existent à Maurice depuis 1874. Cela fait donc 137 ans qu’on pratique les régates. C’est un patrimoine qu’il faut reconnaître et sauvegarder. »
Pour cela, l’association a constitué un réseau auprès des pêcheurs et autres passionnés de la mer de différentes régions en vue de promouvoir ce loisir et d’autres disciplines de voile (voir hors-texte). « Nous voulons intéresser les jeunes à la voile. Nous sommes entourés de mer, nous avons des plans d’eau magnifiques, c’est dommage que nos jeunes ne connaissent pas cette discipline. »
Un nouveau dynamisme
Marco Alphonse avance que l’Association pirogue de voile veut créer un nouveau dynamisme autour des régates où des événements pourraient être organisés régulièrement dans différentes régions. Il cite en exemple le Festival de la Mer organisé par feu sir Gaëtan Duval en 1987 et qui l’a marqué quand il était jeune. « C’est grâce à cet événement que les régates ont été reconnues et ont eu une dimension internationale. Je me souviens que tôt le matin, on mettait la pirogue sur le camion pour aller dans des villages aussi lointains que Trou-d’Eau-Douce. Il y avait une bonne ambiance. Malheureusement, cette expérience n’a jamais été renouvelée. »
Les passionnés, eux, n’en demandent pas mieux. À l’exemple de Sohrab Nunkoo, vainqueur de la course dans la catégorie Amiré, réservée aux pêcheurs. « Je suis en mer tous les jours, mais participer à une régate c’est autre chose. Cela demande beaucoup de technique et de pratique pour diriger la pirogue. J’aurais aimé participer à de telles compétitions plus régulièrement. Cela me donnerait la possibilité de pratiquer davantage, de me mesurer aux autres et de m’améliorer. »
Louis Pascal Rabais est lui aussi un passionné. Il a découvert les régates alors qu’il n’avait que neuf ans. Il est d’avis qu’il faut donner l’opportunité aux jeunes d’aujourd’hui de connaître et de pratiquer ce loisir eux aussi.
Notre interlocuteur de l’Association pirogue de voile est d’avis que les Mauriciens doivent s’intéresser davantage à la mer et aux sports nautiques. Il relate que lui-même n’est pas né dans une famille de pêcheurs, mais en tant que passionné, il s’est familiarisé à la mer. «J’ai grandi dans un village côtier. Grâce à des amis, j’ai appris à naviguer, à pêcher… Ce sont autant de choses qui devraient intéresser nos jeunes aujourd’hui.»
École de formation
L’Association pirogue de voile veut ainsi créer une école de formation en vue d’initier les jeunes à toutes ces pratiques. « Il n’est pas évident de manoeuvrer une pirogue. Cela demande au moins cinq à six années de pratique. Mais nous sommes disposés à aider les jeunes. » Cette démarche, ajoute Marco Alphonse, vise à préparer la relève. Il cite l’exemple de Bruno Nadal, un jeune de 18 ans, qui représente un nouvel espoir pour les disciplines de voile.
Toutefois, souligne Marco Alphonse, les autorités doivent apporter leur contribution. Il parle de la nécessité de détaxer certains produits qui pourraient faciliter l’accès aux disciplines de voile. Concernant les régates, il souligne que les pirogues de nos jours sont aussi appelés à évoluer. « Par le passé, chacun construisait sa pirogue à des dimensions différentes. Depuis quelques années, nous sommes parvenus à uniformiser les pirogues à 22 pieds pour les régates. Pour la voile, auparavant, les pêcheurs utilisaient de la “toile écrue”, mais de nos jours, ils doivent acheter du tissu imperméable qui coûte beaucoup plus cher. » Pour ces raisons, Marco Alphonse est d’avis qu’ils auraient dû bénéficier de certaines facilités ou être pris en charge par un sponsor.
Le prix d’une pirogue actuellement se situe autour de Rs 125 000. Ceux qui concourent dans la catégorie professionnelle investissent davantage pour embellir leurs embarcations et les rendre plus performantes. Il faut savoir que dans une compétition de régate, les pirogues de la catégorie professionnelle ont deux voiles alors que celles de la catégorie amateur n’en ont qu’une. Marco Alphonse dit son regret qu’à Maurice il n’y a que 16 à 17 pirogues professionnelles.
Soutien des autorités
Se préparer pour une régate relève d’une véritable passion. Les propriétaires des pirogues investissent dans de nouvelles voiles, les unes plus belles que les autres. Ce qui contribue à faire des régates un événement haut en couleurs. « Cela fait partie du folklore », fait remarquer Marco Alphonse.
Il est beaucoup plus difficile cependant de trouver un mât à 19 pieds de long. « Généralement, les propriétaires de pirogue font appel aux propriétés sucrières pour essayer de trouver un arbre à cette hauteur. » Le mettre en place relève de la technique et de la dextérité des gens de la mer. Particulièrement les jours où le vent souffle fort.
Marco Alphonse fait ressortir la nécessité de mettre en valeur les pirogues traditionnelles qui relèvent du patrimoine. « Depuis quelques années, nous avons introduit la catégorie Amiré. Il s’agit de pirogues traditionnelles de pêcheurs. Auparavant, ils allaient pêcher avec jusqu’au récif et sans moteur. »
Le président de l’Association pirogue de voile a contacté plusieurs ministères, dont le Tourisme et la Culture, pour le soutenir dans sa démarche. Pour le moment, seul le ministère de la Culture a signifié son intérêt. Toujours est-il que Marco Alphonse promet une année bien remplie pour 2012, où un calendrier d’activités sera planifié à l’avance afin de donner une nouvelle dimension aux régates et aux disciplines de voile.
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Quelques expressions
Amiré : pirogue traditionnelle des pêcheurs à bord de laquelle se déroulent les courses dans la catégorie amateur
Bareur : celui qui dirige l’embarcation
Bopré : genre de proue à l’avant des pirogues
Acquis : genre de gouvernail qui contribue à la stabilité de l’embarcation
Verde : longue tige de bambou reliant la voile au mât
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Musée de la voile
Marco Alphonse annonce la création d’un musée de la voile sur le front de mer à Mahébourg pour bientôt. Le ministère des Arts et de la Culture a déjà signifié son intérêt pour un tel projet. L’idée est de permettre aux Mauriciens de mieux connaître les embarcations et les pratiques liées à la mer. Un premier pas en ce sens consistera à organiser une journée spéciale le dimanche 27 novembre. Une pirogue sera exposée sur le front de mer de Mahébourg et des vieux « bareurs » seront sur place pour donner des explications.
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Promouvoir les disciplines de voile
Outre les régates, l’Association pirogue de voile veut promouvoir les disciplines de voile. Selon Marco Alphonse, il faut démocratiser la voile à Maurice et donner la chance à tous les intéressés. « Des clubs de planche à voile et de kite surf, entre autres, sont venus se joindre à nous pour aider à promouvoir ces disciplines. »
Ainsi en hiver, lorsqu’il est impossible d’organiser des régates en raison des vents violents, des compétitions et démonstrations de kite surf et de planche à voile auront lieu à Mahébourg et dans d’autres régions identifiées.
Marco Alphonse se dit déterminé à faire en sorte que la voile décolle à Maurice et que le pays puisse réaliser une meilleure performance aux prochains Jeux des îles de l’océan Indien.