Les régates de pirogue font partie du folklore mauricien, particulièrement à Mahébourg. Depuis 1874, ces courses sont organisées à la bien nommée Pointe-des-Régates mais, d’année en année, elles ont perdu leur popularité d’antan. Le Mahébourg Yachting Sports Club tente de donner un nouveau souffle à ce sport traditionnel, à travers une ligue se déroulant chaque dimanche. Reportage.
9 h 30, dimanche. La Pointe-des-Régates à Mahébourg foisonne de monde. Dans moins de deux heures, une régate aura lieu, suivie d’une autre qui débutera aux alentours de 13 heures. Petit à petit, les pirogues rejoignent cette partie de la baie. Des treize participants attendus, la plupart viennent de la région, de Bambous-Virieux et de Roches-Noires. On imagine la longue traversée qu’ils ont dû faire avec tout leur équipement : “Nou ena enn lamour pou regat. Samem ki fer nou vinn ziska la”, dit Jules-France René, barreur. Longtemps pratiquées seulement par les pêcheurs, les régates attirent de nos jours plus largement les amoureux de la mer.
Équipement.
La transformation d’une simple pirogue en vaisseau régatier n’est pas une mince affaire. Bien entendu, l’utilisation d’un moteur est strictement interdite. C’est la force du vent qui propulsera les régatiers vers la ligne d’arrivée. Deux voiles spécifiques sont utilisées pour les régates : la première, plus petite et placée en avant du bateau est appelée la fogue (dérivé du mot “foc”) précise Jules-France René. Pour tenir cette pièce importante, il faut un mat. Pour les deux régates de ce jour, ce long morceau de bois doit faire au maximum 24 pieds de hauteur. Pour maintenir la grand-voile, une vergue (longue tige de bambou plus grand que le mat) est utilisée.
Chef d’orchestre.
Ici et là dans la baie, les voiles commencent à être montées. Les régatiers, une dizaine par pirogue, s’affairent à mettre debout les mats et les vergues à l’aide de cordes. Cette manoeuvre est d’autant plus délicate qu’elle est effectuée alors que la pirogue est en mer et que les petites vaguelettes font tanguer l’embarcation de temps à autre. À la manière d’un chef d’orchestre, Maxime Apollon – figure connue de la région pour ses prouesses lors des régates – dirige les opérations. Le barreur en fera de même quand la course débutera. “Chaque personne à bord de la pirogue au moment de la course aura un rôle spécifique. Pour qu’une équipe fonctionne, il faut que l’équipage fasse tout ce que lui dit le barreur”, dit-il.
Myriades de couleurs.
Tour à tour, les pirogues commencent à s’affairer dans la baie, suivies de près par les spectateurs sur le front de mer. Des myriades de couleurs sont visibles sur les eaux. Chaque équipe de régatiers a sa couleur fétiche. Ainsi, on distingue des voiles jaunes, bleues, rouges, blanches, entre autres, qui donnent des allures de carte postale à la Pointe-des-Régates. Si les pirogues sont déjà au large bien avant le départ de la course, c’est pour “tester le terrain”, ou plutôt la vitesse du vent. Car la taille de la voile choisie par les équipes est tributaire de la vitesse du vent. Ainsi, apprend-on, quand le vent est fort c’est une grande voile qui est utilisée, mais pas en toutes circonstances. Il arrive qu’un barreur décide de mettre une voile plus petite même si le vent est fort. C’est une question de stratégie. Au cas où il pense que le vent va tomber pendant la course ou pour d’autres raisons. Dans tous les cas, plus la voile est grande, plus elle est lourde. Et par conséquent, elle nécessite plus de bras pour la tenir. Ce qui fait que les équipes qui utilisent les plus grandes voiles auront plus de régatiers sur leur pirogue que celles qui utilisent des voiles plus petites.
Ambiance.
11 h 30, le départ a pris du retard mais toutes les pirogues commencent à se présenter sur la ligne. Quinze kilomètres de course les attendent, qu’ils vont parcourir en environ une heure et demie, en fonction du vent. Les régatiers procèdent aux derniers réglages. L’ambiance sur le front demer monte. Plus de deux cents personnes attendent le démarrage de la course avec impatience. Les pronostics vont bon train. Les Mahébourgeois se révèlent particulièrement chauvins, et on peut difficilement leur en vouloir, connaissant la force des locaux dans les régates.
11 h 50, le départ est enfin donné. Les plus rapides montrent déjà le bout du nez. Les spectateurs sont éblouis par la perpétuelle beauté de ce regroupement de pirogues. Leurs yeux ne quitteront plus les voiles colorées qui sont visibles au loin, jusqu’à l’arrivée prévue à l’endroit même du départ.