Après dix ans de polémique entre le gouvernement et les associations défendant le patrimoine architectural au sujet de la rénovation du bâtiment historique abritant l’école Beaugeard, les travaux ont démarré d’une manière accélérée depuis bientôt un mois. Mais le SOS Patrimoine est monté à nouveau au créneau pour exprimer des sérieuses inquiétudes quant à la nature des travaux. Cette association n’est pas d’accord avec la destruction imminente des « colonnes en fonte » pour être remplacées par du béton. Or le ministère des Infrastructures publiques soutient que ces colonnes imposantes ont été coulées dans du béton armé et qu’un test a révélé que leur structure n’est plus solide. Les architectes du gouvernement promettent que le bâtiment sera rénové « fidèlement selon l’architecture originale ». La nouvelle école Beaugeard coûtera Rs 78 M.
Ce projet de rénovation dont on a entendu parler pour la première fois en 2003 a fait couler depuis beaucoup d’encre en raison du caractère historique du bâtiment en question. Situé à la rue Edith Cavell à Port-Louis et dans un quartier chargé d’histoire, cet édifice date de plus de 150 ans et a servi de résidence à plusieurs personnalités telles qu’Adrien d’Epinay, Robert Edward Hart  et le Dr Onésiphe Beaugeard. L’État en a fait l’acquisition au siècle dernier et l’a converti en école primaire et en y apportant par la suite quelques modifications pour l’ajuster à cette nouvelle mission.
Les ardents défenseurs de la cause architecturale patrimoniale mauricienne et particulièrement les principaux animateurs de SOS Patrimoine surveillent depuis 2006 le move des autorités eu égard au projet de restauration en ne manquant pas de rappeler régulièrement que cet édifice figure sur la liste du patrimoine national. Le Collectif pour la réhabilitation de la Maison Beaugeard créé en 2006 a pu obtenir une injonction en Cour pour empêcher les autorités d’aller de l’avant.
Depuis qu’elle a constaté de visu il y a deux semaines le début des travaux, SOS Patrimoine réclame une copie du plan de restauration afin d’être fixée sur la nature. L’association a interpellé il y a quelques jours le National Heritage Trust Fund à ce sujet. « Ce beau bâtiment classé sur la liste du patrimoine historique est la plus ancienne résidence en pierre du pays. Il inaugura un style architectural mauricien, qui sera par la suite utilisé dans la construction des “châteaux” créoles, que l’on retrouve à travers l’île. C’est un style qui s’exportera ensuite, pour être utilisé dans les architectures de palais à Madagascar. Pour ces raisons, il est essentiel de restaurer et de conserver cet édifice dans son architecture d’origine », insistent les responsables de cette association dans une correspondance au NHTF avec copie au ministère des Infrastructures publiques. Ils ajoutent que les seuls plans qu’ils ont vus datent de 2003 et que ces documents ne seraient pas très rassurants, notamment pour ce qui est « du sort réservé aux colonnes en fonte qui encadrent la terrasse circulaire ».
D’après le plan de rénovation, les douze colonnes de cet édifice historique vont être démolies pour être remplacées par des nouvelles et la polémique perdure justement à ce sujet. « Tout ce qui est ancien ne veut pas nécessairement dire vieux et doit faire de la place à la nouveauté ! » proteste Gérard Maujean de SOS Patrimoine. « Ces colonnes sont en fonte et nous devons les préserver », a-t-il dit énergiquement lors d’une tentative de visite du site, auquel il n’a pu accéder, celui-ci étant cadenassé, il y a une dizaine de jours. SOS Patrimoine suggère que les « colonnes en bon état soient intégrées au projet de restauration de l’édifice, en y ajoutant au besoin des colonnes en béton, pour respecter à moindres frais l’architecture d’origine ».
Mais les architectes du gouvernement donnent une autre indication sur la nature des matériaux et avancent aussi la raison pour laquelle ces colonnes doivent être démolies. « Nous avons découvert que les colonnes sont en béton et non en fonte. On vient de faire un test qui a révélé que la structure s’est beaucoup fragilisée et que les colonnes ne vont pas durer. C’est pour cette raison que nous allons les remplacer », explique Binesh Nepaul, architecte du MIP et qui assure la supervision de ce chantier de rénovation. Raj Dabysing, directeur de Marmobois, entreprise qui exécute les travaux de rénovation, invite les personnes qui douteraient du matériau d’origine de venir s’en rendre compte, afin, dit-il, « de mettre fin une fois pour toute à la polémique ». « Ils doivent faire vite car la démolition de ces colonnes est imminente », dit-il.
Des questions subsistent quant à l’ensemble de ce projet de restauration : les travaux respecteront-ils l’esprit de l’époque ? Est-ce vrai que l’édifice sera rasé complètement pour une nouvelle construction à partir de l’architecture originale ? Qu’en est-il de la qualité des matériaux qui seront utilisés ? Les responsables du ministère des Infrastructures publiques affirment que le NHTF — en principe le chien de garde de la protection du patrimoine – a été partie prenante de toutes les discussions relatives à ce projet et que cet organisme y a donné son accord. « Les gens du NHF sont satisfaits », affirment les officiers du MPI. « Nous n’allons pas raser l’édifice. Tout ce qui est considéré comme patrimoine va être restitué. A titre d’exemple nous allons garder les supports en métal, les murs, la varangue… On va refaire le bâtiment exactement comme il était autrefois, c’est-à-dire un bâtiment résidentiel et dans l’architecture de l’époque. Ce sera beau et les gens vont ressentir l’atmosphère d’un bâtiment historique », promet l’architecte du MPI. En revanche, tous les éléments qui ont été ajoutés lorsque le bâtiment a été converti en école vont être enlevés. Il n’y aura plus de salles de classe dans le bâtiment historique.
SOS Patrimoine, en dépit de ses réserves sur la poursuite des travaux, adopte un esprit d’ouverture envers les autorités. Dans sa récente lettre au NHTF, l’organisation se dit prête à apporter son soutien au constructeur pour qu’il réussisse dans cette mission de restauration de cet édifice.