Le leader du Groupe Réfugiés Chagos Olivier Bancoult a fait une requête au Gouvernement pour qu’une stèle soit érigée en hommage à Lisette Talate et à toutes les femmes chagossiennes qui ont lutté durant ces quarante dernières années pour un retour dans leurs îles natales, l’archipel des Chagos. C’était jeudi après-midi, à l’occasion d’une cérémonie religieuse fort émouvante organisée en l’Église du Saint Sacrement à Cassis pour les funérailles de Lisette Talate décédée à l’âge de 70 ans.
Lors de son témoignage à l’église de Cassis jeudi dernier, Olivier Bancoult est revenu sur les moments forts de cette lutte des Chagossiens qu’il a lui-même embrassée en 1983 aux côtés de sa mère. Il demande ainsi, humblement au gouvernement et à la mairie de Port-Louis, d’ériger une stèle en mémoire de ceux et celles qui ont lutté pour cette cause ; de ce tribun qui a fait des grèves de la faim au Jardin de la Compagnie.
Les personnes présentes à la cérémonie religieuse ont eu l’occasion d’entendre des témoignages fort émouvants de ceux qui ont côtoyé Lisette Talate de son vivant à l’instar de son amie Rosette. Celle-ci ne s’est jamais séparée d’elle depuis qu’elles ont quitté leur île natale. « Partou kot li ti pe ale, mo ti pe al ar li. Kan nou parti nou ti pe dormi dans mem lasam, nou tou letan pe fer tou ansam », affirme-t-elle, fort émue de ses souvenirs, certes douloureux. Elle raconte que Lisette Talate ne mangeait pas beaucoup mais préférait sa tasse de thé et une cigarette. Ce qu’elle retient de cette femme d’apparence frêle, mais si forte, c’est sa sincérité en tant qu’amie et dans sa lutte pour une cause juste.
Une idée reprise par les nombreux témoins qui la qualifient de « Grande dame » comme la directrice du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, Danielle Turner ou encore Fernand Mandarin du Comité social chagossien : « C’est une grande dame que nous avons perdue », dit-il. Fernand Mandarin évoque quelques souvenirs avec Lisette Talate et a un mot spécial pour celle qui fut aussi une décorée de la République. Bien qu’ils soient dans deux organisations militantes différentes, ils entretenaient de bonnes relations, souligne-t-il. Le frère Lourdes s’associe même à ceux qui la qualifient de « Rosa Parks de Maurice » pour lui témoigner sa sympathie.
Au Mauricien, Cassam Uteem, qui soutient la cause chagossienne, affirme : « C’est une grande perte pour la grande famille chagossienne et mauricienne. Elle était un symbole de la lutte chagossienne. C’est malheureux que son rêve ne se soit pas réalisé. » Le voeux de tous ceux présents jeudi est qu’un jour les Chagossiens puissent revoir leurs îles.
Aujourd’hui, selon Olivier Bancoult, des 2 500 qui ont été expulsés de l’archipel au début des années 70, il en reste 747. Parmi, l’on compte la doyenne de Maurice, Emilie Codor qui a fêté ses 110 ans, le 4 janvier, jour de la mort de Lisette Aurélie Talate. Un autre des leurs fêtera ses 101 ans bientôt, souligne-t-il. Cependant, malgré la diminution du nombre des natifs, il affirme que la lutte se poursuit. Ils puisent leur énergie de leurs aînés. « Lisette Talate demeurera notre guide », dit-il. « Elle était un vrai dictionnaire pour nous », affirme Olivier Bancoult. « Une archive de la communauté », selon la député Arianne Navarre-Marie, native de l’archipel.
De nombreux parlementaires avaient fait le déplacement pour l’occasion : outre Mme Navarre-Marie, le leader de l’opposition Paul Bérenger, le ministre des Affaires étrangères Arvin Boolell, Aurore Perraud, Françoise Labelle, Jean-Claude Barbier et Veda Balamoody.