Le gouvernement issu du suffrage universel, même si ce dernier est manipulé, même si son fondement est communal, ethnique et raciste, jouit de la légitimité, supposée démocratique et tire son autorité de l’adhésion de la communauté nationale à cet ordre social. De fait, ce mandat, même entaché par les manquements d’une démocratie pleine et entière, fait obligation au gouvernement d’accomplir un certain nombre de devoirs auxquels il ne peut, en aucun cas, se soustraire sous peine de perdre sa légitimité. Le gouvernement de Navin Ramgoolam sorti des urnes en 2010, c’est-à-dire PTr (comprenant des transfuges MMM et MSM devenus subitement ses aficionados) /PMSD/MSM a perdu sa légitimité une première fois, au moment de l’expulsion du MSM par la récupération des déserteurs de ce parti. Il aurait dû dissoudre et rappeler le pays aux élections.
Un gouvernement a le devoir et la responsabilité de défendre et protéger les personnes et les biens, il doit veiller à l’application de l’Ordre et de la Loi, au respect de la Constitution, il doit garantir la liberté d’expression et la pluralité de l’opinion, comme il doit absolument veiller au fonctionnement, sans entraves, des institutions publiques, garantir l’égalité en droits et faire obstacle à toute atteinte à la dignité humaine. Le gouvernement de Navin Ramgoolam a failli sur ces points. Il n’a plus de légitimité morale pour diriger les affaires du pays.
Un Premier Ministre a la responsabilité, lors de la formation de son gouvernement, de s’assurer de l’intégrité éthique et la probité intellectuelle de ceux qu’il choisit. Quoiqu’il dise, à chaque faute commise par un de ses ministres, à chaque dérapage, à chaque abus, il est atteint en tant que chef de parti et de gouvernement. Et à travers lui c’est la fonction même qui est atteinte. Navin Ramgoolam n’a plus de légitimité morale en tant que Premier Ministre.
Il ne peut plus essayer de nous faire croire que c’est juste un accroc, un banal accident de parcours. Il est inutile de rappeler la longue liste des abus, des affaires, de l’utilisation de l’appareil d’état à des fins partisanes et des tentatives de consolidation de son pouvoir personnel. Ce n’est pas nouveau, il y avait déjà des affaires et des drames lors de son premier mandat, de 1995 à 2000, qui s’est terminé comme on s’en souvient par des jets de projectiles contre lui dans sa circonscription le jour des résultats. Durant son deuxième mandat les affaires succédaient aux affaires et depuis le début de la mandature en cours, de Soornack au dérapage de Bachoo, en passant par les Inondations du 30 mars, Sorèze, Varma, Issack et Allet, et tout le reste, si ce n’est pas une tradition et une culture, un mode de gouvernement, alors comment qualifier toute cette décrépitude, cette décadence ? Il est directement responsable ! Il n’a plus de légitimité morale ! Il doit partir ! Prendre pour cible un de ses ministres, un PPS ou un nominé politique quelconque, c’est surseoir à l’obligation de le mettre face à ses responsabilités.
Mais il n’a rien inventé, fils à papa, il est l’Héritier d’un système de gouvernance politique et d’administration des affaires publiques. Après avoir fait main basse, un rapt sur le Parti travailliste, Seewoosagur Ramgoolam le refaçonnera à son image autoritaire et absolutiste, en éliminant ses rivaux de l’intérieur. Il obtiendra du pouvoir colonial l’Indépendance pour lui-même d’abord et ses amis ensuite avec qui il instaurera la bourgeoisie politique à la tête d’un Etat Travailliste. La Constitution, comme les prérogatives du Premier ministre, seront taillés sur mesure pour lui, en lui confiant tout le pouvoir. Navin Ramgoolam est dans les habits de son père, il est le produit d’un pouvoir qui se voulait perpétuel, mais il n’a plus de légitimité morale pour se maintenir.
Le problème qui se pose à nous aujourd’hui, quand on parle de « légitimité morale », est que cette notion, cette idée que nous nous faisons de la Démocratie et de la République est étrangère à la culture travailliste. Le travaillisme ramgoolamien, ou la culture du « pitay » si vous préférez, de père en fils, c’est le Désir du pouvoir total et sans partage contre la Nation asservie. C’est pour toutes ces raisons qu’il est sourd, qu’il ne peut entendre le Grondement de la rue et la Colère du pays. Il est moralement illégitime comme Premier Ministre.
 Les conditions objectives d’un Soulèvement de masse, d’une Fronde de la rue et de la Vindicte populaire sont là, mais les conditions subjectives manquent ou sont absentes, parce que le peuple a peur de ce gouvernement et qu’il se sent totalement abandonné à son sort, en danger même. Le leadership pour catalyser le ras-le-bol est introuvable, l’opposition est enfermée dans le ghetto parlementaire ne semblant pas prête à assumer ce rôle. Les syndicats ont de leur côté démissionné de leur vocation d’avant-garde politique de la classe ouvrière. Il faut attendre que la situation pourrisse encore. Les conditions qui aboutirent à juin 1982 ne sont pas réunies. Le seul corps organisé qui fait face c’est la presse, à la différence de ce qui mena à ce Juin-82 Historique et Légendaire où les oppositions de gauche, les syndicats, les organisations populaires, les intellectuels, les artistes, les individus sans partis, ont combattu côte à côte, toutes tendances confondues et avec leurs différences certes, mais dans un Elan Patriotique pour évacuer l’espace politique de ce qui l’asphyxiait. Dans les conditions actuelles, même si Navin Ramgoolam et son gouvernement n’ont plus de légitimité morale et sont désavoués, tristement, rien ne permet d’espérer qu’ils n’iront pas jusqu’au terme de ce mandat en 2015.
Il n’est plus question dans le contexte actuel d’idéologie, de dogme économique, de projet de société, de programme de gouvernement, de communauté, ou de classe. La seule question pertinente est comment chasser du pouvoir cet autocrate qui n’aspire qu’à une chose, s’il en avait le courage politique, verrouiller le pays totalement et définitivement. Chaque jour qui passe, il remet un coup de clef sur l’étau, sur notre gorge. « Toute force réactionnaire au seuil de sa perte tentera nécessairement l’ultime assaut, il recourra invariablement à l’aventure militaire ou la tromperie politique. », Mao Zedong – in « Le Petit Livre Rouge ». De toute évidence nous y sommes en plein. Répétons-le encore une fois, Navin Ramgoolam n’a plus de légitimité morale et politique, il doit rendre le pouvoir au peuple.
« La fonction de l’intellectuel est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent… », Jean Paul Sartre.
Cascadelle, ce 24 juin 2013.