L’imam Moosa Beeharry, un des six premiers suspects appréhendés par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) dans l’affaire de la double saisie de 12 kilos d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 180 millions, a subi hier après-midi une première séance d’interrogatoire. Comme il l’avait promis au moment de son arrestation le vendredi précédent, il collabore avec les limiers de l’ADSU de Plaine-Verte en répondant volontairement aux questions. De par l’importance de la version des faits de ce suspect, l’exercice s’est déroulé en présence du Deputy Commissioner of Police (DCP) Vinod Appadoo, responsable de l’ADSU. Des strictes mesures de sécurité autour de ce suspect ont été prises depuis hier.
Une première satisfaction dans le camp de l’ADSU se manifeste avec l’enregistrement de la Corroborative Evidence de l’ancien Morale Instructor à la Prison Beau-Bassin aux accusations et dénonciations du chauffeur de taxi de Quatre-Bornes Ashish Dayal depuis le 12 juillet dernier. A ce stade, tout semble indiquer que cet homme religieux, qui a passé ces 25 dernières années à côtoyer des caïds de la drogue en prison et ailleurs, serait en possession d’informations cruciales sur des trafiquants de drogue et leur entourage impliqués dans des crimes organisés et susceptibles d’intéresser les limiers de l’ADSU dans le démantèlement du réseau opérant dans le pays depuis plusieurs années déjà. Entre-temps, le steward du Mauritius Trochetia Hayeshan Madarbacus, alias Long Laskar, attend toujours depuis 15 jours son interrogatoire sur le fonctionnement du réseau de trafic de drogue sur l’axe Madagascar/Maurice.
Depuis environ 16 h hier après-midi et jusqu’à peu avant 20h, l’imam Beeharry, qui a retenu les services de Mes Shawkat Oozeer, Hishan Oozeer et Twafiq Joomaye, a été entendu sur son rôle et ses missions pour le compte de la mafia. Comme ce fut le cas lors d’une précédente séance de questioning pour les besoins de Dairy Book (DB) Entry, ce suspect a confirmé les révélations d’Ashish Dayal, qui a retenu les services de Mes Hervé Lassémillante et Samad Goolamaully, à l’effet que celui-ci le connaît tout simplement sous le sobriquet “Rashid le Boucher”.
L’imam Beeharry a concédé avoir rencontré le chauffeur de taxi et ancien bras droit de Rudolf Dereck Jean-Jacques, alias Gros Dereck, en pas moins d’une dizaine d’occasions en vue de récupérer d’importantes sommes d’argent allant de 25 000 à 30 000 euros avant de se rendre en mission à Dubaï et dans des pays d’Afrique, dont l’Ouganda, le Kenya et l’Afrique du Sud. Pour chacune de ces missions, la commission versée à Moosa Beeharry, qui avait prétendu partir en mission pour le compte de la Mauritius Meat Authority, se montait à quelque Rs 200 000.
L’officiant religieux de la Prison a aussi été interrogé sur le déroulement de la première rencontre qu’il a eue avec Ashish Dayal. Ce dernier soutient que l’initiative de ce premier contact revient à Gros Dereck sur instructions du trafiquant en prison Alain Emilien, dit Very Good. D’ailleurs, avant la remise du colis contenant les devises étrangères à l’imam, le chauffeur de taxi avait téléphoné à Gros Dereck pour une contre-vérification sur le tas auprès de Moosa Beeharry.
Ramifications
Des sources bien renseignées avancent qu’il faudra s’attendre à voir les hommes de l’inspecteur Assaad Rujub amener le coursier de la mafia de la drogue sous forte escorte policière participer bientôt à une reconstitution des faits sur les lieux. Jusqu’ici, cette option se posait pas en l’absence de la version du principal concerné.
Avec cette étape, le volet de l’enquête de l’ADSU consacré à l’implication de Gros Dereck dans ce trafic de drogue sera sur le point d’être bouclé même si le suspect, défendu par Me Gavin Glover, a fait prévaloir son droit au silence. Les allégations d’Ashish Dayal sont soutenues par un autre suspect majeur, l’imam Beeharry, Au moment opportun, l’ADSU se prépare à verser dans le dossier à charge d’autres Documentary Evidence incriminant le mécanicien tout de blanc vêtu de Richelieu dans le trafic de drogue.
Après cette étape, l’ADSU compte s’attaquer à un très gros morceau avec la poursuite de l’interrogatoire de l’homme religieux, « gardien des valeurs morales » à la Prison de Beau-Bassin. Le lieu de rendez-vous entre l’imam Beeharry et la dénommée Maita, une des proches du trafiquant Very Good, est présenté comme la clé pour confirmer d’autres connexions à haut niveau au sein du réseau de l’Ouest.
L’ADSU serait en présence d’informations à l’effet que le chauffeur de taxi n’était pas la seule courroie pour remettre des devises étrangères à Moosa Beeharry. Maita fut l’une d’elle de même qu’une autre membre de l’entourage d’Alain Emilien. La confirmation de ce lieu de rendez-vous et la présence d’une tierce partie à cette occasion feraient partie des « shocking revelations » sur les ramifications en tous genres de ce réseau.
Toutefois, il n’est pas à écarter que les parties concernées pourraient être emmenées à s’engager dans des discussions autour des conditions de ce témoignage. Certains milieux avancent que la question d’une « full immunity » conférée au suspect Beeharry avec en contrepartie des aveux les uns plus choquants et accablants que les autres ne se pose pas pour l’instant.
Sauf-conduit
« Avant d’envisager d’ouvrir des négociations autour de l’immunité contre des poursuites au pénal, les enquêteurs de l’ADSU ne disposent pas d’une trop grande marge de manoeuvre en ce début d’interrogatoire. Ils doivent évaluer sur pièce les informations obtenues avant de procéder à des échanges avec le Directeur des Poursuites Publiques, la seule autorité habilitée à se prononcer sur l’immunité et ce n’est pas encore le cas », explique-t-on dans les milieux légaux et judiciaires avisés.
Un autre candidat à l’immunité contre sa collaboration à l’enquête de l’ADSU attend encore d’être entendu par l’ADSU depuis bientôt quinze jours. Le linkman sur le Mauritius Trochetia, Hayeshan Madarbacus, alias Long Laskar, dont l’arrestation a donné du fil à retordre à l’ADSU, était initialement convaincu que ses révélations dans cette enquête sur le trafic de drogue allaient lui procurer un sauf-conduit contre des poursuites au pénal.
Des dispositions avaient été prises avec son homme de loi, Me Rama Valayden, pour une importante séance d’interrogatoire pour samedi dernier. Toutefois, Ashish Dayal n’avait pas encore dit son dernier mot dans cette affaire. Les dénonciations de l’imam de la Prison Centrale en tant que courrier de drogue sont venues bouleverser les données pour le steward du Mauritius Trochetia. Il n’a pas encore été interrogé jusqu’ici.
Mais au dire des informations qui ont filtré jusqu’ici, d’autres développements majeurs liés au trafic de drogue ne sont pas à écarter dans les jours à venir avec la poursuite de l’interrogatoire de l’imam, dont l’arrestation n’a pas encore fini de choquer tant qu’il se présentait comme un homme religieux respectable…